Nous avons interrogé plusieurs associations de lutte contre le sida, à partir de deux chiffres issus de l’Enquête Presse Gays et Lesbiennes (plus de 11000 hommes y ont répondu):

  • En 2011, 17% des répondants HSH de l’enquête déclarent être séropositifs pour le VIH, soit une prévalence déclarée plus élevée que lors de la précédente édition EPG (13% en 2004)
  • Les comportements sexuels à risque ont également augmenté en 2011 avec 38% des HSH déclarant au moins une prise de risque dans les 12 derniers mois avec des partenaires masculins occasionnels de statut VIH inconnu ou différent contre 33% en 2004.

 

logo-Act-Up1LES RÉPONSES D’ARTHUR VUATTOUX, VICE-PRÉSIDENT D’ACT UP-PARIS
Que faut-il comprendre de ces chiffres?
Ces chiffres sont inquiétants à plus d’un titre. 17% des répondants déclarent être séropositifs, cela concorde parfaitement avec les chiffres avancés dans l’enquête PREVAGAY (17,7%), dont on disait à sa parution qu’ils étaient non-représentatifs, car limités aux lieux de sociabilités parisiens. Là, une enquête de portée nationale avec peu de biais (le biais principal étant le support, internet, toutefois beaucoup utilisé par les gays) livre les mêmes résultats… Concernant l’augmentation des prises de risques, elle ne fait que confirmer une tendance au relâchement observée dans d’autres études et dans d’autres contextes, et très palpable dans la communauté gay lorsque l’on fait de la prévention de terrain. Indéniablement, et conjugués à des données d’incidence (nombre de nouvelles contamination chaque année) chez les gays inquiétantes, ces résultats doivent nous alerter. Quand allons-nous prendre enfin la mesure de l’épidémie, se donner les moyens d’avoir un discours simple et cohérent de prévention et une politique de dépistage vraiment efficace?

Quelles actions prioritaires pour peser sur la dynamique de l’épidémie chez les gays?
Justement, sur le dépistage: force est de constater que le dépistage rapide, aujourd’hui présenté comme une solution miracle, n’est pas adapté pour résorber «l’épidémie cachée», c’est à dire les 30 à 50000 séropositifs qui s’ignorent et qui échappent encore à l’offre de dépistage… Et puis, il faut faire le constat que la réduction des risques n’a pas atteint son but. C’était évident, mais dire à des personnes qu’elles peuvent «moduler leurs prises de risques en fonction des situations», «limiter certaines pratiques», etc…, dans un contexte où les prises de risques sont importantes et répétées (grand nombre de partenaires) ne pouvait qu’avoir des effets désastreux…  Il faut donc remettre le préservatif au centre des débats, c’est essentiel…

Selon vous, la communauté a-t-elle pleinement conscience de l’importance du VIH chez les gays?
C’est difficile à affirmer, mais je ne pense pas… On rencontre toujours cette remarque lancinante selon laquelle «on en aurait marre de tout ça», et qu’au fond, «on sait déjà tout»… L’importance du VIH dans la communauté est certainement connue, mais elle n’est pas immédiatement mise en relation à ses propres comportements, où on pense bien gérer, bien «calculer». Or, en la matière, les calculs sont souvent très hasardeux.

Quels discours publics devraient être tenus?
Les discours publics doivent absolument éviter de brouiller les messages, de faire des sous-entendus. Par exemple, aujourd’hui, une nouvelle méthode de prévention, la PrEP, est envisagée pour des individus prenant beaucoup de risques. Tout pousse à penser que cette méthode est destinée à rester limitée à un groupe d’usagers très restreint, car les résultats actuels et des considérations économiques et éthiques ne permettent vraisemblablement pas d’en faire un outil pour tous. Dans le même temps certains messages semblent insinuer que la PrEP serait l’avenir de la prévention, voire qu’elle serait la solution à «l’échec» du préservatif. Il faut se méfier de ces simplifications, car leurs résultats le plus immédiat pourraient bien être de provoquer une baisse de l’usage du préservatif, sans autre garantie de protection.

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