L’essai ICCARRE (pour Intermittents, en Cycles Courts, les Anti Rétroviraux Restent Efficaces), est la suite d’une étude pilote menée à l’hôpital de Garches par le Pr Leibowitch et ses équipes, depuis 2003. Les patients en succès virologique contrôlé se voient proposés de diminuer la prise de médicaments, de 7 jours sur 7 à 4 jours sur 7. Selon le Pr Leibowitch, 75% de sa file active est sous ce régime thérapeutique, sans aucun échec.

A quoi pourrait ressembler l’essai ICCARRE?
Le principe est d’inclure des séropositifs traités efficacement, avec une charge indétectable depuis un an, des CD4 à plus de 200 depuis au moins six mois, un virus sensible, sans antécédent de résistance. Les volontaires seraient ensuite randomisés (tirés au sort) la moitié continuerait à recevoir le traitement à l’identique et l’autre moitié recevrait le traitement 4 jours par semaine. Deux charges virale détectables à plus de 50 copies seraient considérées comme un échec. Il faudrait inclure 220 patients.
Pour Pierre de Truchis, l’essai ICCARRE «n’est pas un essai d’interruption du traitement, mais un essai d’efficacité continue du traitement, avec des prises réduites». Les mots ont un sens, car les essais d’interruption de traitement («vacances thérapeutiques») se sont soldés par des échecs.

Qui pourrait en bénéficier?
Selon Pierre de Truchis, médecin à Garches, et qui travaille sur ICCARRE, avait fait une communication lors de la journée scientifique du TRT-5, le 12 décembre dernier. Ceux qui pourraient bénéficier du traitement en 4 jours sur 7:
– des patients qui ont une charge virale complètement contrôlée
– qui suivent une trithérapie adaptée (pas de raltégravir Isentress ou d’étravirine Intelence)
– pas de résistance préalable aux antiviraux utilisés et donc pas d’échec préalable avec les médicaments pris

Existe-t-il d’autres études avec des prises réduites?
En 2000, Mark Dybull de l’université de Georgetown aux États-Unis avait testé un traitement pris 7 jours puis arrêté 7 jours. Deux échecs sur dix patients, des échecs dus au fait que les deux patients avaient arrêté leur traitement 10 jours. Autre étude du même chercheur, avec un échec sur huit patients observés. Autre étude, FOTO, réalisée en 2008. Une soixantaine de patients sous Atripla (qui contient trois molécules actives) sont tirés au sort pour soit recevoir Atripla 7 jours par semaine, soit 5 jours par semaine. Résultats: 100% de succès au bout de six mois et tous les patients mis sous le régime 5 jours par semaine. Après un an de traitement, 90% sont en succès virologique. Le Pr Leibowitch est déjà passé à l’étape suivante: après 4 jours sur 7, certains de ses patients sont à 3 jours sur 7, voire deux jours.
Dans toutes ces études, on constate chez les patients qui reçoivent une dose réduite de traitement une diminution des effets des traitements sur les bilans sanguins, notamment sur la baisse du cholestérol et des triglycérides.

Quel est l’avis des associations?
Le collectif interassociatif TRT-5 a rencontré Jacques Leibowitch et son équipe à deux reprises en 2011. Le 16 janvier dernier, le TRT-5, qui réunit neuf associations de lutte contre le sida a exprimé publiquement « son intérêt et ses questions » vis-à-vis de l’essai, mettant en ligne un courrier adressé en novembre 2011 à l’équipe des investigateurs. Évoquant l’intérêt d’une telle stratégie en termes de « moindre lourdeur dans la vie quotidienne » et de « meilleure tolérance à long terme », le TRT-5 estimait « essentiel que l’essai soit conçu de façon à assurer la meilleure prise en compte de ses résultats dans l’intérêt des personnes vivant avec le VIH ».

Pourquoi a-t-on besoin d’un nouvel essai?
Le Pr Leibowitch insiste: «Diminuer les prises de soi-même, c’est pour un séropositif la meilleure façon de se planter». Tant que cette hypothèse de recherche n’est pas validée par un essai contrôlé, il n’est pas question de tenter quoi que ce soit. La diminution du nombre de prises ne se fait pas sans suivi médical strict et peut ne pas correspondre à l’histoire thérapeutique de tous les séropositifs. L’étude pilote qui a montré des résultats très prometteurs a été conduite dans un seul hôpital, par une seule équipe. Comme l’expliquait l’épidémiologiste de renom Dominique Costagiola, une étude pilote multicentrique (dans plusieurs hôpitaux) présentent souvent des résultats moins flatteurs. C’est sans doute une des raisons qui pousse l’Agence nationale de recherches sur le sida a demandé une nouvelle étude pilote à plus large échelle.

Lire sur ce sujet notre enquête «VIH: Un essai de traitement «4 jours sur 7» divise les chercheurs français»