En 1791, l’Assemblée nationale législative adopte le premier Code pénal français. Ce code définit les crimes et les punitions. Parmi les crimes recensés, une absence notoire : la sodomie. Ce texte de loi est le fondement-même de la première dépénalisation de l’homosexualité au monde. Cet acte –révolutionnaire- sera très vite étouffé au XIXe siècle par La Monarchie de Juillet et sa police administrative qui inaugurera le « fichage des homosexuels » qui se poursuivra jusqu’en 1981 et surtout le régime de Vichy qui, le 6 août 1942, établira (par l’article 331), une différence dans l’âge de consentement entre hétérosexuels et homosexuels (13 ans pour les premiers–modifié à 15 ans à la libération- et 21 ans pour les seconds).  Cette discrimination perdurera jusqu’en 1982 (avec l’adoption de la dépénalisation de l’homosexualité défendue par Robert Badinter). En 1960, le député gaulliste Paul Mirguet propose un amendement qui vise à classer l’homosexualité parmi les « fléaux sociaux » comme l’alcoolisme, la toxicomanie, le proxénétisme, la prostitution ou la tuberculose. Cet amendement, adopté, doublera la peine minimale en cas d’outrage public à la pudeur si l’acte en question est avec une personne de même sexe. L’article ne sera abrogé qu’en 1980.

 

Arcadie (1953-1982) : Discrétion et respectabilité…

En 1953, nait, ce qu’on a coutume d’appeler le premier mouvement LGBT en France, Arcadie. Son fondateur, André Baudry, ancien séminariste, préférait le terme d’« homophilie » à celui peut-être trop sexualisé d’homosexuel. Autour d’une revue du même nom, Baudry appelait de ses vœux une homosexualité qui s’intègre le plus discrètement possiblement à la société sans faire de bruit pour devenir des « citoyens comme les autres ». Et par là, il rejette en bloc les attitudes trop efféminées, le  travestissement, voire les quartiers gays (Saint Germain des Prés, à l’époque)… Les contributeurs de la revue écrivent d’ailleurs pratiquement tous sous pseudonyme. Avec des personnalités comme Roger Peyrefitte (Prix Renaudot en 1944 pour Les Amitiés particulières) ou Jacques de Ricaumont et le parrainage de Jean Cocteau (qui offrira un dessin pour le numéro Un de la revue), Arcadie a traversé les années 50 et 60 comme étant l’unique mouvement LGBT.

Son positionnement a longtemps été critiqué, notamment à la fin des années 60, quand les grands mouvements sociaux commençaient à faire parler d’eux… Au sein même du groupe Arcadie. En 1971, par exemple, quand la féministe Françoise d’Eaubonne, pourtant membre du mouvement dans les années 60, interpelle André Baudry : « Vous dites que la société doit intégrer les homosexuels, moi je dis que les homosexuels doivent désintégrer la société », cette dernière est tout simplement exclue du mouvement. Elle rejoindra le MLF et participera à la création du FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire). On reprochait également à Baudry ses relations étroites avec la Préfecture de police. Un représentant était d’ailleurs systématiquement invité au banquet annuel du mouvement. Autant de signes d’une militance timorée qui est toutefois à nuancer compte tenu de l’époque particulièrement tendue entre la communauté et les institutions françaises. Julian T. Jackson, un universitaire anglais, ancien membre du mouvement raconte (dans Arcadie : Sens et enjeux de « l’homophilie », 1954-1982), : « À l’été 1955, une procédure fut instruite contre Baudry sous le chef d’outrage aux bonnes mœurs, pour neuf articles parus dans Arcadie  entre janvier 1954 et avril 1955. Le 17 mars 1956, le Tribunal de Première Instance du département de la Seine jugea les articles incriminés « dangereux pour les lecteurs en général et la jeunesse en particulier ». Elle ordonna la confiscation des épreuves saisies, et soumit Baudry à une amende de 40000 Francs – mais, à son grand soulagement, la revue ne fut pas interdite. » De quoi refroidir toutes les ardeurs militantes.  Arcadie n’est pas restée muette pendant cette période. En 1960, quand Paul Mirguet lance son amendement à l’Assemblée nationale, André Baudry lui écrit personnellement, dans un style tellement « Arcadie » : « L’homosexualité désigne une nature, une façon d’aimer, une façon de vivre, une “vocation” au sens le plus impérieux du terme. Être homosexuel, ce n’est pas se prostituer Place Pigalle, ni corrompre les lycéens. » Et d’en appeler ensuite les grands écrivains et philosophes homosexuels… En vain.

André Baudry a toujours voulu peser à sa façon dans le champ militant mais il refusait la « révolution ». Il n’a jamais compris le virage sociétal de la fin des années 60, son « activisme » restait feutré, voire inexistant et se cantonnait à des tables rondes ou à des banquets convenus et très parisiens. Même si il y a reçu des personnalités prestigieuses comme Michel Foucault ou Robert Badinter, il ne faut pas oublier que les membres d’Arcadie venaient souvent d’horizons complètement opposés : on y rencontrait par exemple, Jacques de Ricaumont, ami personnel de Jean-Marie Le Pen et sympathisant d’extrême droite ou l’écrivain révolutionnaire Pierre Guérin, membre de l’équipe fondatrice du FHAR, Marc Oraison, un prêtre catholique (réformateur certes) ou Pierre Hahn, un des premiers militants homosexuels. L’ambiance de salon « clandestin » dans lequel Arcadie se complaisait allait bientôt être bousculé par un mode de pensée et d’action issus des mouvements de  Mai 68…

 

 

FHAR (1971-1974), Gouines Rouges (1971-1973), GLH (1974-1979), CUARH (1979-1987) : Prolétaires de tous les pays, caressez-vous !

En mai 68, deux étudiants collent des affiches à la Sorbonne et distribuent des tracts signés d’un certain « Comité d’action pédérastique révolutionnaire » (le CARP). C’est le seul acte revendiqué LGBT connu pendant les événements de Mai 68. Il faudra attendre 1971 pour voir émerger un mouvement homosexuel, fortement inspiré d’ailleurs par les militantes du MLF. Le 10 mars 1971, ce groupe composé majoritairement de lesbiennes, intervient dans l’émission de Ménie Grégoire, salle Pleyel (retransmis sur Radio Luxembourg), dont le thème est « L’homosexualité, ce douloureux problème » et dont l’un des intervenants était… André Baudry d’Arcadie. Les activistes envahissent le plateau. Le direct est interrompu.  C’est le premier fait d’armes d’un nouveau mouvement radical qui se crée le jour même et s’appelle le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire, le FHAR (le nom déclaré à la préfecture est Front Humanitaire Anti-raciste pour des raisons évidentes de sécurité). Le 23 avril, le magazine Tout ! dirigé par Jean-Paul Sartre publie un numéro coordonné par Guy Hocquenghem intitulé « Libre disposition de notre corps ». Jean-Paul Sartre sera d’ailleurs poursuivi un temps pour la parution du numéro.

Guy Hocquenghem deviendra une des figures emblématiques des mouvements LGBT jusqu’à sa mort du sida en 1988. En 1972, il fera un coming-out tonitruant dans le Nouvel Observateur avec son désormais célèbre «Je suis homo, et alors ?». Il sortira la même année Le Désir homosexuel, livre fondateur des luttes LGBT.  Le discours et la rhétorique du FHAR sont clairement inspirés par mai 68.  On voit apparaître un vocabulaire propre qui se réapproprie ou détourne celui utilisé par ceux qui discrimine : « pédé », « gouine », « Jule », « tapette »… Les bêtes noires du FHAR sont le « phallocrate » et « l’hétéro-flic ». Son fonctionnement est antiautoritaire : pas de responsable, de groupe de décision, pas de porte-parole. Les Gazolines sont le symbole de cette liberté révolutionnaire propre au FHAR. Travesties, transgressives, provocatrices, elles cherchent la polémique pour mieux la ridiculiser… Le FHAR est aux antipodes de ce que représente Arcadie. L’homosexualité y est révolutionnaire. Le mouvement n’hésite pas d’ailleurs à écorcher aux passages les différents partis et syndicats de gauches… On peut lire dans Tout ! : « Pour ce qui en est de la hiérarchie des luttes révolutionnaires selon l’urgence, les homosexuels ne prétendent pas que le combat contre la sexualité et la culture bourgeoises doit être placé au premier plan. Ils pensent seulement que ce combat est inséparable de la lutte contre l’exploitation socio-économique. L’un sans l’autre reste lettre morte. » Le FHAR prône le coming-out, l’anti placard d’Arcadie : « Nous avons découvert que notre homosexualité dans la mesure où nous saurions l’affirmer envers et contre tout nous amènerait à devenir d’authentiques révolutionnaires… » Le 1er mai 1971, le FHAR défile aux côtés du MLF derrière une banderole : « A bas la dictature des normaux ! ». La publicité suscitée par le numéro de  Tout ! va attirer nombre d’homosexuels hommes aux Assemblées Générales de l’amphithéâtre des Beaux-Arts… Au point que les lesbiennes des Gouines Rouges (mouvement radical lesbien créé en avril 1971 autour de Monique Wittig, Marie-Jo Bonnet ou Christine Delphy, entre autres) deviennent inaudibles et ressentent surtout une forme de misogynie dans les discours des hommes. Elles décident de quitter le FHAR pour rejoindre le MLF. Les Gouines Rouges disparaissent petit à petit en 1973. Le FHAR quant à lui est interdit de réunions à l’Ecole des Beaux-Arts par la police en février 74. Le mouvement disparaît progressivement la même année.

Jean Le Bitoux

Des militants créent alors le Groupe de Libération Homosexuelle (GLH), notamment en province. Autour de Michel Heim et Jean Le Bitoux (le futur fondateur du magazine Le Gai Pied en 1979) à Paris, Jean-Paul Montanari (qui prendra la direction de Montpellier Danse en 1983) à Lyon, Gilles Barbedette (qui participera à la création de l’association Aides en 1984) à Rennes ou Jacques Fortin à Marseille, ses revendications pleinement issues du FHAR perdureront jusqu’en 1979. Cependant, le GLH abandonnera progressivement la rhétorique « révolutionnaire » du FHAR et ses actions seront éloignées de l’activisme provocateur des gazolines par exemple. Le discours sur l’égalité des droits fait son apparition. En 1979, le GLH de Marseille organise à Marseille la première UEH (Université d’Eté Homosexuelle). Ce sont plus de 400 militants qui se rendent dans la cité phocéenne pour des groupes de discussions et de réflexions sur les questions LGBT. A cette occasion, sera créé le successeur du GLH, à savoir le Comité d’Urgence Anti-Répression Homosexuelle (CUARH). Ses créateurs sont Geneviève Pastre (future présidente de l’association Fréquence Gaie qui deviendra Radio FG), Jan Paul Pouliquen (à qui on doit le long travail de préparation d’un projet de loi de ce qui deviendra le Pacs), Jacques Fortin (du GLH Marseille) ou encore Hervé Liffran (journaliste qui intègrera en 1989 la rédaction du Canard Enchainé). Constitué comme une fédération d’associations, le CUARH comptera dans ses rangs les GLH, bien sûr mais aussi le MIEL (le Mouvement d’Information et d’expression des lesbiennes)  ou des associations d’appartenance religieuse comme David et Jonathan (mouvement créé en 1971 après une table ronde Christianisme et homophilie organisée par Arcadie) ou le Beit Haverim (qui regroupe des juifs homosexuels depuis 1977). Les revendications du CUARH sont plus pragmatiques et précises que celles du FHAR : par exemple, la lutte contre l’homophobie apparaît. Le 4 avril 1981, à son appel, plus de 10000 personnes manifestent un mois avant l’élection présidentielle pour mettre la pression sur les candidats. François Mitterrand annoncera d’ailleurs quelques jours plus tard qu’il s’engage à dépénaliser l’homosexualité (engagement tenu en 1982). En juin 1982, le CUARH organise une manifestation qui deviendra la première Marche des fiertés (Gay Pride à l’époque) avec plus de 10000 participants. Le mouvement LGBT des années 70 et son énergie radicale et joyeuse vont être stoppés net par l’arrivée de l’épidémie du sida au début des années 80. Une nouvelle manière de militer va puiser dans les discours, les modes de fonctionnement et les revendications du FHAR ou du CUARH et les adapter face aux urgences liées au sida…

 

Aides (1984-…), Arcat Sida (1985-…), Act Up-Paris (1989-…) : Silence = Mort 

Lorsque le 25 juin 1984, le philosophe Michel Foucault meurt du sida, son compagnon, le sociologue Daniel Defert crée l’association Aides, la première association de lutte contre le sida. Son expérience de la stigmatisation acquise lors de la création du Groupe d’information sur les Prisons avec Foucault lui a donné de suite une volonté : il fallait sortir les malades du sida de l’isolement face à un corps médical qui la plupart du temps les traitait assez mal et un milieu politique qui ne voulait pas les voir. En 1984, les seringues n’étaient disponibles que sur ordonnance et la publicité pour les préservatifs était interdite. Dès la création de l’association, Daniel Defert a voulu que Aides soit indexée sur les problèmes de santé publique et non sur l’identité sexuelle. Contrairement aux associations anglo-saxonnes qui revendiquaient leur statut d’associations homosexuelles. C’est Aides qui utilisera, comme les anglais d’ailleurs, en premier le terme de « volontaires » pour désigner les militants. Le problème urgent de Aides est que l’Etat socialiste est aux abonnés absents sur le sida. Ce n’est qu’en 1986 et avec l’arrivée de la droite et de Michèle Barzach au Ministère de la Santé qu’Aides trouve un écho politique dans son action. La ministre autorisera la publicité pour le préservatif et l’année suivante, la vente libre de seringue en pharmacie. En 1987, une partie de Aides fait scission et rejoint Arcat-Sida.

Ci-dessous: Daniel Defert évoque l’héritage de Michel Foucault pour les LGBT

Deux ans plus tard, le 9 juin 1989, trois journalistes, Luc Coulavin, Didier Lestrade et Pascal Loubet crée Act Up-Paris, sur le modèle d’Act Up, une association de lutte contre le sida américaine. Act Up-Paris est radicalement différente de Aides. Elle se définit au départ comme une association de militants issus de la communauté homosexuelle. Elle alertera les médias avec des coups d’éclats retentissants et surtout efficaces : l’interruption de l’office de la Toussaint à Notre-Dame de Paris en 1991 ou encore l’encapotage de l’Obélisque de la Concorde en 1993 dont l’image a fait le tour du monde…

Affiche de 1994

Bien qu’elles s’en soient longtemps défendues, il est évident aujourd’hui que les trois associations ont joué un rôle complémentaire dans la lutte contre le sida, concrétisée dans la création du TRT-5 en 1992, un collectif d’association essentiellement concentrés sur les traitements et la recherche thérapeutique. Philippe Mangeot, ancien président d’Act Up-Paris et coscénariste de 120 battements par minute, résume dans un article de Vacarme : « Cette dimension de la lutte contre le VIH n’a véritablement gagné sa reconnaissance — c’est-à-dire aussi son efficacité — qu’après la création du TRT-5, où se rassemblent entre autres Act Up, AIDES et ARCAT, chacune travaillant à formuler son savoir respectif dans un lexique commun. » Avec l’arrivée des trithérapies en 1996 et les perspectives positives en terme de durée de vie, c’est tout le mouvement de lutte contre le sida qui se retrouve à devoir repenser ses objectifs. L’urgence est ailleurs : la lutte contre le sida devient sociétal, on se bat pour l’accessibilité des médicaments, sur leur prix, on se concentre sur toutes les populations à risques, on s’ouvre sur le monde et notamment sur l’Afrique et les Caraïbes. Pendant ce temps-là, les homosexuels, eux, commencent à aspirer à une société plus inclusive et surtout plus égalitaire. L’expérience dramatique de la fin des années 80 et du début des années 90, rend légitime la demande de reconnaissance du couple homosexuel.

 

CUC, CVS, CUS, PIC, Pacs, Mariage : Oui, Oui, Oui !

Dès la fin des années 80, les homosexuels ont commencé à envisager la reconnaissance officielle de leurs couples. D’abord par la voie juridique qui a du très vite affronter un mur législatif infranchissable. Ainsi dans une audience du 11 juillet 1989, alors qu’une lesbienne désirait bénéficier de la couverture sociale de sa compagne avec qui elle vivait maritalement, la Cour de Cassation a rappelé « qu’en se référant dans l’article 13 de la loi du 2 janvier 1978 à la notion de vie maritale, le législateur a par là même entendu limiter les effets de droit, au regard des assurances maladie et maternité à la situation de fait consistant dans la vie commune de deux personnes ayant décidé de vivre comme des époux, sans pour autant s’unir par le mariage, ce qui ne peut concerner qu’un couple constitué d’un homme et d’une femme ». L’année suivante, en 1990, le premier projet de loi instituant un contrat de partenariat civil est déposé par le sénateur socialiste Jean-Luc Mélenchon. Dans une interview dans La Vie en 2012, il se rappelle : « En 1988, le hasard de la politique m’a mené dans une réunion avec une association appelée Gays pour la liberté. Les membres m’avaient interpellé sur les drames affreux que certains vivaient à la mort de leur compagnon. C’est pourquoi j’ai déposé le premier texte de loi sur le partenariat civil […]. J’ai répondu à un appel humain. »

Ce projet de loi est le premier d’une série dont la viabilité à l’Assemblée dépendait en grande partie des forces au pouvoir. Le partenariat civil changera de nom au gré des changements de mouture du texte : CUC (contrat d’union civile, 1991), CVS (contrat de vie sociale, 1995), CUS (contrat d’union sociale, 1995), PIC (pacte d’intérêt commun, 1998) et enfin Pacs (Pacte civil de solidarité, 1998)… On a l’habitude de mettre en avant les femmes et les hommes politiques qui ont œuvrés à légiférer autour de l’union des couples homosexuels, mais sans les pressions exercées par les associations, aucun texte n’aurait vu le jour. A commencer par les associations politiques qui font un travail de lobbying au sein même des partis depuis le début des années 80 : Gays pour la Liberté (GPL) ou Homosexualité et Socialisme (HES) à gauche, Mouvement des Gays Libéraux (MGL) à droite. Jan-Paul Pouliquen, (avec Gérard Bach-Ignasse) le premier président de HES sera d’ailleurs l’un des principaux contributeurs aux différents projets de loi d’union civil (il présidera également l’association Pacs et caetera). Mais l’enthousiasme pour le partenariat homosexuel n’est pas flagrant chez les politiques.  A droite l’opposition à toute forme d’union légale est claire. Jacques Toubon, Garde de Sceaux, déclare en 1995 à l’Assemblée nationale : « Il n’est pas question de créer le contrat d’union civile, il est au contraire question de favoriser dans le pays les mariages et les naissances ». La résistance est moins farouche à gauche mais, comme le soulignent Daniel Borillo et Pierre Lascoumes dans Amours égales : Le Pacs, les homosexuels et la gauche : « Les réticences du Parti socialiste se traduisent concrètement par une série de non-décisions ou d’abstentions. » Au point que le Pacs ne figure même pas explicitement dans le programme du PS des élections législatives de 1997. Le climax est atteint le 9 octobre 1998 quand la loi instituant le pacs est déclarée irrecevable : les députés de droite sont plus nombreux que ceux de gauche ; seuls une cinquantaine de députés socialistes (sur 260) ont fait le déplacement pour le vote. La loi sera reproposée en 1999.

Ces dix années de débats, de réflexions sur le partenariat des couples homosexuels aura vu l’émergence de personnalité de droite surtout, foncièrement opposés à toute forme de reconnaissance des unions des couples homosexuels comme Christine Boutin, Philippe de Villiers puis Christian Vanneste. En 1999, lors de manifestations anti-pacs, on crie « les pédés au bûcher ». Les débats réactionnaires contre l’adoption du Pacs n’étaient qu’une sorte de préambule de ce que la communauté LGBT allait vivre lors de ceux pour le Mariage entre personnes de même sexe. En 2012, François Hollande est élu Président de la République. Le mariage entre personne de même sexe et l’adoption était dans son programme (engagement 31). Mais un calendrier particulièrement long et des maladresses du gouvernement ont réveillé une partie de la population farouchement opposée au projet de loi : le collectif La Manif pour tous avec Frigide Barjot et Ludivine de La Rochère. Et c’est bien la partie « famille » de la loi qui va focaliser le débat. Au point que la PMA est très vite mise de côté en attente d’un avis consultatif du Comité d’éthique. Après l’élection de François Hollande, le monde associatif LGBT pensait que la loi serait très vite adoptée, le Président bénéficiait d’une majorité à l’Assemblée nationale mais aussi au Sénat. La violence des débats a surpris mais elle a permis un rassemblement de la communauté derrière notamment les associations des familles homoparentales (APGL, l’Association des Parents et futurs parents Gay et Lesbien créé en 1986 et ADFH, l’Association Des Familles Homoparentales, créée en 2010) et les associations lesbiennes comme le collectif Oui Oui Oui, … La loi est promulguée le 17 mai 2013. Mais la communauté en paye le prix fort : SOS Homophobie dans son rapport annuel dénonce une hausse de 78% des actes homophobes et transphobes en 2013 par rapport à 2012. Et c’est bien là le nouveau défi des associations LGBT : lutter contre toutes les formes de discriminations.

 

Trans, séropos, migrants, travailleurs du sexe, racisés : Tous (vraiment) égaux !

La PMA, promise par le candidat Emmanuel Macron, élu Président en 2017, devrait être le prochain projet sociétal qui sera proposé à la loi. Mais la violence homophobe et transphobe pendant les débats autour du projet de loi pour le Mariage pour tous a été telle que beaucoup de militants d’associations de tous horizons se sont rendu compte que les discriminations se cristallisaient, voire s’amplifiaient autour d’une partie de leur communauté. Notamment envers les personnes déjà les plus vulnérables et souvent les moins concernées directement par la loi : personnes transgenres, racisées, migrantes, séropositives ou travailleuses du sexe. Souvent, elles cumulent les discriminations et les oppressions. Ainsi, la communauté transgenres rencontre souvent les mêmes problématiques que les personnes racisées ou les séropositifs… En parallèle de leur lutte première pour le droit à l’autodétermination (revendication primordiale des personnes transgenres), les associations trans comme Acceptess-T et OUTrans sont de tous les combats : lutte contre le VIH ou contre le racisme. Au même titre, Aides ou Act Up-Paris, les associations historiques de lutte contre le sida ont des actions ciblées privilégiées sur les populations trans ou migrantes. De son côté, l’Ardhis (Association pour le Reconnaissance des Droits des personnes Homosexuelles et transsexuelles à l’Immigration et au Séjour) a pour objet de faire reconnaître les droits au séjour et à l’asile des personnes LGBT étrangères, que ces droits soient demandés au motif des persécutions dans leur pays du fait de leur orientation sexuelle ou de genre. Tout comme le BAAM (Bureau d’Accueil et d’Accompagnement des Migrants) qui intègre dans ses actions et revendications une permanence LGBT, dédiée au soutien juridique des demandeurs d’asile LGBT et aux actions de anti-LGBTphobies. L’intersectionnalité des luttes est intégrée dans les actions de ces associations. Quid du reste de la population LGBT ?

Manif pour les homos en Ouganda, janvie 2014 – Photo Xavier Héraud

En 2019, nous fêterons les 50 ans des émeutes de Stonewall. 50 ans de combats partout dans le monde mais aussi en France. Quelles sont les idées qui correspondent le plus à la situation de la communauté LGBT aujourd’hui ? Celles d’Arcadie et son droit à l’invisibilité ou celles du FHAR et sa visibilité révolutionnaire? Telle est peut-être la vraie question…

Cet article a été publié grâce au financement de la Dilcrah