Personne dans son lycée ni dans sa famille ne sait que Simon est gay. Jusqu’au jour où… On pourrait résumer ainsi le pitch de Love, Simon, le teen movie qui a séduit les spectateurs américains en montrant le coming out de son jeune héros. Ce film phénomène, qui a provoqué l’enthousiasme de Xavier Dolan et aidé de nombreux jeunes LGBTI à  franchir le pas aux Etats-Unis, arrive sur nos écrans ce 27 juin. L’occasion de jeter un œil sur les œuvres qui ont abordé avant lui, avec plus ou moins de légèreté, cette question…

 

A cause d’un garçon (2002),

de Fabrice Cazeneuve, avec Julien Baumgartner, Jérémie Elkaïm, Julia Maraval…

C’est souvent sous la contrainte que l’on fait son coming-out : la menace d’être « dénoncé », les rumeurs malveillantes… Pour Vincent (Julien Baumgartner), l’ado sportif au centre de ce téléfilm, c’est la découverte de graffitis dans son école juste après sa rencontre avec le joli nouvel élève avec lequel il vient d’entamer un flirt. Alors il prend les devants auprès de ses amis, de ses profs, de sa famille, acceptant avec courage d’affronter les conséquences pas toujours simples de sa décision : « La liberté, ça se prend, les rencontres ça se programme pas, faut être fort car après on peut plus reculer« , comme le lui dit son amant.

 

Beautiful thing (1996),

de Hettie MacDonald, avec Glen Berry, Scott Neal…

Beautiful thing

Combien d’adolescents gays des années 1990 n’ont-ils pas trouvé dans cette épatante et sensible romance britannique le modèle dont ils avaient désespérément besoin ? Le film qui prouvait enfin qu’on pouvait être gay et heureux, même dans un milieu à priori hostile : la banlieue ouvrière de Londres. Deux garçons vivent dans deux appartements contigus d’un immeuble de banlieue: Jamie, peu aimé par ses camarades qui se moquent de lui, et Ste, sportif régulièrement battu par son père. Un soir, Ste, pour échapper à la violence paternelle, trouve refuge chez Jamie. Ils partagent un lit et découvrent, à leur grande surprise, que leur amitié pourrait bien être autre chose. La suite va se dérouler sans grands drames, et même le soutien de tous. « T’en fais pas », dit à son fils la mère de Jamie lorsqu’elle découvre leur relation. Et quand Jamie annonce qu’il est « une tapette » à son beau-père, celui-ci réplique : « C’est cool. Bonne nuit petit ». Dès lors, les deux garçons peuvent s’enlacer dans la cour de l’immeuble sous le regard attendri du voisinage…

 

 

Coming out (1989),

de Heiner Carow, avec Matthias Freihof, Dirk Kummer…

Tourné juste avant la chute du Mur de Berlin dans l’Allemagne communiste (et sorti à l’Est le lendemain de cette même chute !), Coming out est une rareté qui a certes veilli mais qui n’en reste pas moins importante. On y suit un jeune enseignant dont la vie rangée est bouleversée par ses retrouvailles avec un ex-amour de jeunesse et sa rencontre avec un bel adolescent. Histoire d’affirmation et de libération d’un homme qui choisit, à ses risques et périls, de se libérer du mensonge, Coming out évoque la lutte contre les préjugés et contre les refoulements imposés par la société communiste. Il s’agit de l’un des seuls films à montrer la vie gay en Europe de l’est.

 

Comme un garçon (1998),

de Simon Shore, avec Ben Silverstone, Brad Gorton…

Dans la dernière séquence de cette jolie comédie britannique située dans un collège chic, Steven, 16 ans, est applaudi par tous les autres élèves lorsqu’il décide d’utiliser la cérémonie de remise des diplômes pour faire son coming out. Ce happy end n’en est pourtant pas tout à fait un puisqu’une seule personne, le beau John dont Steven est amoureux et qui n’assume pas du tout ni son homosexualité ni leur liaison, détourne le regard. Si Steven se libère, John, lui, reste prisonnier du placard et de sa haine de lui-même…

 

Garçon d’honneur (1993),

de Ang Lee, avec Winston Chao, Mitchell Lichtenstein…

Signée par le futur réalisateur du Secret de Brokeback Mountain, cette comédie entre New York et Taïwan s’amuse du secret que tentent de préserver Simon et Wai-Tung, heureux couple gay lorsque les parents du second (qui vivent à Taïwan) décident de venir passer plusieurs semaines chez leur fils aux Etats-Unis, ignorants l’homosexualité du jeune homme. Les deux amants vont donc multiplier les mensonges pour maintenir l’illusion. Evidemment, après de multiples quiproquos, la vérité finira par s’imposer, le coming out de Wai-Tung auprès de sa mère permettant au couple de reprendre sa vie beaucoup plus sereinement, avec en plus la perspective d’un enfant en ligne de mire…

 

Love, Simon (2018),

de Greg Berlanti, avec Nick Robinson, Josh Duhamel, Jennifer Garner…

La vie sans problème de Simon se trouve chamboulée lorsqu’il tombe sur internet sur un message anonyme d’un garçon de son école incapable de parler de son homosexualité. Simon est dans la même situation. Il s’éprend bientôt de cet inconnu avec lequel il a entamé des discussions, et se met à l’imaginer sous les traits de tous ceux qu’il croise. Cette idylle virtuelle aurait pu durer longtemps, mais un ami de Simon intercepte ses messages et entreprend de le faire chanter pour obtenir son aide dans sa conquête de la meilleure amie du jeune homme. Et si le coming out était le seul moyen de sortir de ce piège ?… C’est sur un ton volontairement dédramatisé que cette comédie pleine de fraîcheur aborde ce thème. Ni dans son école très open, ni dans sa famille très moderne, ni avec ses ami·es très cools, Simon ne risque grand-chose à parler de son homosexualité. Ce qui le paralyse, c’est lui-même, et c’est contre cela qu’il doit lutter, c’est cette incapacité à s’accepter qu’il doit surmonter ici. Pour trouver l’apaisement, l’amour et le bonheur, il doit trouver en lui le courage d’y parvenir. Le suspense n’est pas très grand, mais le film fait un bien fou…

Moonlight (2017),

de Barry Jenkins, avec Trevante Rhodes, Ashton Sanders, Andre Holland…

Qu’il est long, qu’il est difficile le chemin de Chiron vers l’acceptation de son homosexualité, vers le moment où il va enfin se sentir capable de la révéler à l’objet de son désir, et donc, sans aucun doute, ensuite au monde entier. En trois étapes, ce film exceptionnel couronné d’un Oscar (le premier pour un film sur un sujet gay), s’attarde sur trois moments de la vie de ce jeune africain-américain confronté à sa différence, de l’enfance à l’âge adulte, trois moments où il est rejeté, harcelé, battu, où il tombe amoureux et où le garçon qu’il vient d’embrasser se joint à ses agresseurs pour ne pas être soupçonné d’être homo, où il se construit une carapace de muscles pour enfermer ses pulsions jusqu’à ce moment où, face à celui qu’il désire en secret depuis si longtemps, la vérité ne peut plus se dissimuler. Et c’est bouleversant.

 

Omelette (1993), de et avec Rémi Lange…

Dans ce journal intime réalisé en Super8 avec des bouts de ficelle, Rémi Lange fait le choix audacieux, pour son premier film, de filmer son coming out familial et d’enregistrer les réactions successives de ses proches. S’il enregistre ainsi la bienveillance à peine surprise de sa mère, de son père ou de sa grand-mère, il capte surtout les conséquences inattendues de cette vérité révélée : d’autres paroles se libèrent, et de drôles de secrets de famille réussissent enfin à se dire.

 

Pourquoi pas moi ? (1999),

de Stéphane Giusti, avec Bruno Putzulu, Julie Gayet, Amira Casar…

Dans cette comédie fantasque et colorée, un groupe de jeunes homos (deux lesbiennes, un gay, une sympathisante) décident, après moult atermoiements, de réunir leurs parents (joués par quelques guest stars comme Johnny Hallyday, Marie-France Pisier, Brigitte Roüan ou Elli Medeiros) pour leur annoncer leur homosexualité. Le ton est volontairement léger, l’énergie et la solidarité du groupe permettent de surmonter la peur, et les réactions hostiles de certains parents sont vite noyées par la bienveillance des autres.

 

Pride (2014),

de Matthew Warchus, avec Ben Schnetzer, George MacKay, Bill Nighty…

Au centre de ce film, Queer Palm 2014 plus que méritée, on trouve bien sûr ce moment historique singulier et enthousiasmant qui vit, en 1984, des LGBT britanniques soutenir les mineurs en grève contre le pouvoir thatchérien avant de recevoir la réciproque. On trouve aussi le parcours personnel de Joe, jeune fils de bonne famille qui va trouver, en accompagnant, fasciné et émerveillé, ces mouvements politiques et militants, le courage de s’affirmer et d’affirmer aux yeux de ses parents si coincés et du reste du monde qu’il est gay. Et qu’il en est fier !

 

Les roseaux sauvages (1994),

de André Téchiné, avec Gaël Morel, Stéphane Rideau, Elodie Bouchez…

Le coming out est un processus sans fin : une fois qu’on a commencé, il faut, à chaque nouvel interlocuteur, le refaire. Mais par qui commencer, si ce n’est d’abord par soi, en identifiant et en acceptant son désir. C’est ce que fait le sensible François (Gaël Morel), dans ce film très autobiographique d’André Téchiné dont l’action se situe durant la guerre d’Algérie. Avant de dire au beau Serge qu’il l’aime, avant de dire à sa meilleure amie qu’il est homosexuel, avant d’aller demander conseil au seul « inverti » qu’il connaisse dans sa petite ville — le vendeur de chaussures —, François, face à son miroir, doit se répéter « Je suis pédé, je suis pédé, je suis pédé ». Tout le reste, tous les coming-out à venir de cette histoire où chacun est toujours amoureux de celui qu’il ne faut pas, déculeront de celui-là. François, et donc ce cinéaste reconnu qu’était alors Téchiné et qui faisait là un acte fort, est pédé. Sa vie peut commencer… Vingt-deux ans après ce film, Téchiné reviendra, sur un autre mode, sur la question de la découverte de son homosexualité avec Quand on a 17 ans.

But I’m a Cheerleader (1999),

de Jamie Babitt, avec Natasha Lyonne, Clea DuVall, Michelle Williams

Arriver à parler d’un sujet dramatique (les thérapies de conversion) avec la légèreté d’une bulle de champagne (ou de coca) n’est pas le moindre des mérites de cette belle comédie sortie juste avant le XXIème siècle. Meg a tendance a préférer la compagnie de ses copines pom-pom girls à celle de son petit ami footballeur. Ses parents qui la suspectent d’être lesbienne décident l’envoyer dans un camp de redressement… Mais c’est là qu’elle va pleinement réaliser qui elle est! Autre mérite du film, nous avoir permis de faire la connaissance de deux actrices qui vont devenir des icônes lesbiennes, Natasha Lyonne (Orange is the new black) et Clea DuVall (Argo, La caravane de l’étrange, Heroes).

Cet article a été publié grâce au soutien de la Dilcrah