On a appris dans les colonnes du Monde la disparition d’André Baudry, fondateur de l’association Arcadie (1954-1982) le 1er février à l’âge de 95 ans à Naples.

Ancien séminariste, André Baudry fonde la revue Arcadie en 1954 avec les écrivains et personnalités mondaines Jacques de Ricaumont, Roger Peyrefitte et André du Dognon. La revue reçoit le soutien de Jean Cocteau, puis plus tard de Michel Foucault.

En plus de la « revue littéraire et scientifique » où se côtoient tribunes, compte-rendus de lecture ou poèmes, Arcadie organise des soirées conviviales, des conférences, des débats. Il doit dès le début lutter contre la censure. La revue est interdite à la vente aux mineurs et en 1955, il est condamné pour outrage aux bonnes moeurs. Mais la revue est un succès, elle comptera jusqu’à 30 000 abonnés.

André Baudry est l’une des rares personnalités homosexuelles visibles dans les années 60 et 50. Comme le rappelle les amis d’Yves Navarre, il participe à la première émission télévisée grand public sur l’homosexualité.

Sa vision assimilationniste des homosexuels — qui devraient selon lui ressembler aux hétérosexuels « respectables » pour mieux être acceptés par la société — prend un sérieux coup de vieux à partir de l’ère post-Stonewall, avec l’arrivée en France de groupes comme le Fhar ou les GLH, qui le critiquent sans ménagement.

En 2009, nous avions rencontré Julian Jackson auteur de Arcadie, La vie homosexuelle en France, de l’après-guerre à la dépénalisation (Autrement).

Dans l’entretien vidéo qu’il a accordé à Yagg, Julian Jackson décrit en détail la personnalité du charismatique André Baudry, qui créa le mouvement en 1954 et qui vit aujourd’hui reclus près de Naples. Il analyse également l’héritage d’Arcadie (où les femmes lesbiennes étaient quasi-absentes) et son écho sur les combats homosexuels d’aujourd’hui.

Interview de Julian Jackson, auteur d’Arcadie – La vie homosexuelle en France, de l’après-guerre à la dépénalisation:

À l’occasion de la sortie du livre, Julian Jackson avait invité le 21 octobre dernier d’anciens arcadiens à une présentation de l’ouvrage. Il y a dans cette rencontre avec la génération qui nous a précédés quelque chose d’unique: dans le milieu gay, il est extrêmement rare de croiser des hommes de 70 ans et plus!

Écoutons ces témoignages. Même s’ils sont parfois nostalgiques d’une époque que leurs cadets détestaient – celle où l’homosexuel devait faire preuve de respectabilité et de discrétion pour être toléré – ils nous parlent aussi de leur combat, dans une France où militer n’était pas aussi facile qu’aujourd’hui. Et ils décrivent un mouvement « sérieux », mais où la drague et la séduction n’étaient pas absentes.

Témoignages d’anciens d’Arcadie: