Changement de direction à Têtu. Julien Maquaire et Yannick Le Marre fondateurs de la société Idyls, propriétaire de la marque Têtu et éditrice du titre du même nom, ont fait savoir à Yagg qu’ils allaient quitter la tête de l’entreprise d’ici la fin de l’été.

« Faisant suite à des évolutions dans les équilibres entre les actionnaires de sa société éditrice, Yannick et moi-même avons en effet notifié ces derniers de notre choix de quitter Têtu et ce, d’ici à la fin de cet été, nous ont-ils affirmé. Etant nous-mêmes actionnaires (les co-fondateurs détenant 39% du Capital de iDyls, la société détenant Têtu), nous continuerons à garder un oeil bienveillant et vigilant sur Têtu, média que nous affectionnons tant, et à conseiller la nouvelle équipe dirigeante.  »

Et les deux hommes d’ajouter: «Nous sommes particulièrement fiers du nouvel élan que nous donné à Têtu, de nos choix dans son re-positionnement éditorial et dans le recrutement des talents qui en ont aujourd’hui la destinée entre leurs mains. Nous nous félicitons par ailleurs que notre vision pour Têtu, qui est de nouveau disponible en kiosque, reçoive un accueil si encourageant au delà même de la communauté LGBTQ».

C’est l’entrepreneur Christophe Vialle (ci-contre), 50 ans, qui leur succède, d’abord « détaché par le CEO d’Idyls Media pour diriger la société avant de la rejoindre plus officiellement à la fin de l’année comme directeur général ». Lui-même reconnaît que son arrivée à Têtu n’est pas forcément évidente. « C’était le souhait des associés majoritaires [qui préfèrent rester anonymes pour le moment] de faire un casting un peu improbable en choisissant quelqu’un qui n’est pas du sérail de la presse, mais qui a une culture d’entrepreneur et de développement d’une entreprise ». Il précise toutefois que la presse ne lui est pas tout à fait étrangère puisque « [son] épouse travaille dans la presse féminine depuis vingt ans ».

FAIRE EVOLUER LE MAGAZINE
Pour lui la tâche est claire: « Ma mission est de développer la marque, faire évoluer le magazine et faire en sorte que tout cela soit rentable. Têtu est une marque passionnante, très forte, mais elle reste sous exploitée.»

Adrien Naselli, le rédacteur en chef, est confirmé à son poste. En revanche, la ligne éditoriale et la maquette vont être amenées à évoluer. Un nouveau directeur artistique est d’ores et déjà au travail. «Il y aura trois grands pôles, un pôle dédié à la communauté, c’est à dire aux activités militantes propres à l’univers LGBT, un pôle culture et un pôle lifestyle.», indique Christophe Vialle, en précisant que tout cela est encore en cours de réflexion. Et surtout, le nouveau directeur veut « ouvrir » du magazine à un nouveau lectorat. « Nous voulons faire valoir le point de vue de la communauté auprès de tous. », affirme-t-il. Une démarche qui rappelle celle de Gilles Wullus, le dernier directeur de la rédaction de l’ère Pierre Bergé. Ce dernier avait alors tenté de faire de Têtu d’aller au delà de la cible gay pour faire un magazine « masculin ».

Christophe Vialle a également des ambitions pour le web. « Il y a une grosse nécessité d’y travailler », estime le nouveau patron du magazine. « Le site va devenir une plateforme avec un certain degré d’autonomie et nous développerons les réseaux sociaux. » Y aura-t-il de nouveaux investissements pour mener ce chantier à bien? Christophe Vialle refuse pour l’instant de le confirmer.

Têtu a été fondé en 1995 par Didier Lestrade et Pascal Loubet, avec l’argent de Pierre Bergé, qui est resté propriétaire du titre pendant dix-huit ans. Jean-Jacques Augier l’a racheté en 2013, mais face aux difficultés du titre, l’homme d’affaires a dû placer la société éditrice du titre en redressement judiciaire. Faute de repreneur, l’entreprise a été liquidée le 25 juillet 2015. La marque Têtu a ensuite été rachetée par Julien Maquaire et Yannick Le Marre, avec leur entreprise Idyls, en novembre de la même année (Lire «Têtu»: Les coulisses d’une vente à rebondissements).

Une levée de fonds courant 2016 a permis au magazine d’être relancé en kiosque en février 2017. Les deux premiers numéros du Têtu nouvelle ère se sont vendus respectivement à 16 000 et 13 000 exemplaires. « Il y a de bons retours pour le numéro actuellement en kiosques », précise Christophe Vialle, qui promet que des changements seront visibles très rapidement.