La première cérémonie des Out d’or va se tenir ce soir jeudi 29 juin à la Maison des Métallos à Paris. L’Association des Journalistes LGBT va décerner des récompenses aux journalistes, mais aussi aux artistes ou aux politiques qui font avancer la visibilité LGBT (Lire Première cérémonie des «OUT d’or»: découvrez la liste des nommé.e.s).

La soirée sera précédée d’un débat « Out et politique », avec l’adjoint à la maire de Paris Ian Brossat (PCF), les députés Franck Riester (LR) et Pacôme Rupin (LREM), ou la sénatrice Corrine Bouchoux (EELV).

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A quelques heures de cette première édition des Glaad awards à la française, nous sommes revenus avec la co-présidente de l’AJL, Alice Coffin, également militante au sein de Oui Oui Oui et de la Barbe, sur la genèse de la cérémonie et la question de la visibilité LGBT dans les médias français.

Comment est née l’idée des Out d’Or? C’est une évolution de la démarche que nous avons au début de l’AJL. Nous étions davantage dans la veille, pédagogique mais critique. Il s’agissait de pointer tout ce qui n’allait pas dans le travail accompli par les journalistes. Au contraire, avec les Out d’or, on va pointer ce qui va bien dans le travail des journalistes qui travaillent sur les questions LGBTI. C’est un changement de focale, qui n’empêche pas de continuer à travailler sur ce qui ne va pas. Par exemple, nous avons fait un communiqué samedi sur le traitement de la PMA par les médias qui continuent à n’inviter que des hommes pour évoquer le sujet.

Les Out d’or sont inspirés de ce qui se fait aux Etats-Unis, avec les Glaad Awards. Mais aux Etats-Unis, c’est scindé en deux. Il y a d’une part une association de journalistes, la NLGJA, et d’autre part les Glaad awards qui font le travail de remettre les prix aux acteurs et actrices de la sphère publique. Nous avons commencé à en parler sérieusement il y a un an. Nous avons ensuite voulu élargir un peu la sphère sur laquelle travaille l’AJL habituellement, pour passer de la sphère médiatique à la sphère publique. Si une partie des prix récompense évidemment les documentaires, les enquêtes, les rédactions, une autre élargit le spectre et récompense aussi les entreprises, les politiques, les créations artistiques qui font avancer les choses en matière de visibilité LGBT et de lutte contre l’homophobie.

Est-ce compliqué du coup de se retrouver en position de manier à la fois la carotte et le bâton? Ce n’est pas si simple. Il me semble par ailleurs que l’association des journalistes LGBT aux Etats-Unis a elle-même une remise de prix, mais qui est moins dans le côté spectacle que les Glaad Awards. Un côté spectacle que nous voulons avoir avec les Out d’or. Cela nous pose des questionnements. Quand on est militant.e ou activiste – c’est mon cas – on a tendance à aller plutôt contre, à être en dénonciation, en critique. Ce n’est pas évident de se retrouver aussi à devoir être au contraire dans le positif. C’est un équilibre à trouver, mais ça fonctionne plutôt bien. Je trouve qu’en fait finalement, c’est bien que ça doit l’AJL qui ait pris cette démarche en charge. Parce qu’on a la crédibilité pour le faire. Cela aurait été moins facile pour d’autres.

Il y a eu une petite polémique au sujet de la présence de Nathalie Kosciusko-Morizet dans la catégorie politique. Que répondez-vous à cela? Nous avons conservé la catégorie politique, mais elle a été à deux doigts de sauter, comme la catégorie sport, qui a dû être abandonnée faute de combattant.e.s. On ne trouvait personne ou trop peu qui avait fait un bon travail de ce côté là. Pour la catégorie politique, cela a été un long travail. Nous avons aussi contacté nombre de centre LGBT pour leur demander leur avis et voir s’ils avaient des personnalités à nous recommander. Le choix de NKM a été beaucoup discuté au sein de l’AJL. C’est une séquence qui a été retenue. Le fait qu’elle aille dire aux gens de sa propre famille politique « vous êtes une sacrée bande d’hypocrites d’aller défiler pour la Manif pour tous », veut dire deux choses. C’est d’une part se positionner clairement contre le courant homophobe de sa famille politique et d’autre part dénoncer  la Manif pour tous. Cela paraît important de relayer ces voix-là.

De même, Jean-Luc Mélenchon est nommé, et on ne peut pas dire qu’il n’ait dit que des choses superbes sur la question, je pense à l’interview dans Famille Chrétienne.  Après, je comprends que cela puisse poser problème vu le parti auquel elle appartient et son choix de s’abstenir lors du vote sur le mariage pour tous. Mais elle n’est pas nommée pour ça, elle est nommée pour cette séquence précise. On a pensé cette catégorie là avec un critère, qui est aussi un critique des Glaad Awards, qui est « quel impact? ». NKM a prononcé cette phrase dans On n’est pas couché, une émission très écoutée. Si cela avait été juste une prise de position dans un livre, cela n’aurait pas été pareil.

La soirée sera co-présentée par Shirley Souagnon et Marie Labory. Nous avons interrogé Marie Labory plusieurs fois à Yagg et à chaque fois, elle regrettait d’être la seule journaliste ouvertement lesbienne à la télévision. Cela semble toujours être le cas. Qu’est ce que cela vous inspire?  C’est aussi une des choses qui j’espère évolueront dans les éditions à venir. Les Out d’or ont un côté célébration, mais l’un des buts de l’événement c’est de déverrouiller tous les blocages qu’il y a sur le coming-out en France et de partir du constat que par rapport à d’autres pays, il y a encore un nombre assez élevé de gays ou de lesbiennes qui préfèrent ne pas révéler leur homosexualité.

J’espère que le fait de voir sur scène d’autres personnes qui ont passé cette étape là donnera envie et courage à d’autres de le faire aussi. C’est une chose que nous avions déjà pointé avant même les débats du mariage pour tous. Avec un certain nombre de personnes qui se sont retrouvées ensuite à l’AJL comme Mathieu Magnaudeix ou Lucas Armati, nous avons signé une tribune dans Le Monde qui s’intitulait « Sortons du placard ». Elle disait que nous allons avoir besoin de personnalités publiques out pendant ces débats là parce que ce sera important d’avoir une parole forte et visible dans les médias et ce, sans encore soupçonner l’ampleur de la Manif pour tous. Le manque s’est fait cruellement sentir ensuite. Cela aurait été une aide précieuse.

De même, il y a 45 député.e.s ouvertement LGBT dans la nouvelle Assemblée britannique, alors qu’il n’y en avait que deux en France dans la précédente législature et cinq dans la nouvelle. C’est un signe qu’il reste de gros blocages. L’idée n’est pas de pointer du doigt celles et ceux qui ne sortent pas du placard, mais de constater le poids et la force de l’injonction manifeste au silence en France sur ces questions, qui est bien plus large d’ailleurs que la sphère LGBT. Cela peut s’étendre à toutes les minorités que l’on incite à rester discrètes.  J’espère que les Out d’or serviront à faire avancer les choses de ce côté là.

Si on prend le cas de l’audiovisuel, pendant la campagne de Donald Trump aux Etats Unis, il y avait des journalistes à qui ça ne posait pas de problème de parler aussi en leur nom. Il y a l’exemple du journaliste latino Jorge Ramos, qui en conférence de presse, pose sa question « en tant que représentant de la communauté latino ». Et ce n’est pas pour ça qu’il fait mal son boulot. Tout comme Rachel Maddow, qui peut prendre la parole en tant que journaliste et en tant que lesbienne. Et on ne dit pas derrière que cela contrevient gravement à une supposée objectivité ou neutralité journalistique. En France, dès qu’un député, un universitaire ou un journaliste évoque son homosexualité, il/elle est confronté à un soupçon qui pèse sur ses activités parce qu’il/elle aurait un point de vue biaisé.

Depuis le rendu de l’avis du CCNE , on a l’impression en regardant le traitement médiatique de la PMA d’être reparti d’être à nouveau en 2013. C’est un sentiment que vous partagez? A l’AJL nous avons fait un kit qui pointait toutes les erreurs qui avaient été commises par les médias au moment du mariage pour tous. On a l’impression qu’on est en train de recocher toutes ces cases là. Il y a un chapitre qui s’intitule « En finir avec l’invisibilisation des lesbiennes » qui contient une phrase qui dit « attention, lorsque des journalistes invitent des personnes pour parler de PMA sur leur plateau, très souvent ce sont des hommes. » J’ai regardé les plateaux télé hier soir, ça ressemblait fort à ceux qu’on voyait en 2013. Il y a eu une tribune dans le Monde de l’Eglise Catholique, qui appelle à ne pas réveiller les « passions » sur la PMA. Donc même processus. Publication à nouveau dans les journaux des tenants de l’homophobie. Je pense en revanche qu’on arrive davantage solides et préparés.