La marche des fiertés LGBT de Paris célèbre ses 40 ans. La première véritable marche a lieu à New York en 1970, pour commémorer les événements de Stonewall survenus un an plus tôt. Il faudra un peu moins de dix pour que Paris s’y mette également.

Certes, au début des années 70 les homos français.es marchent, mais en s’intégrant à d’autres cortèges, comme la manifestation du 1er mai. Il faut attendre le 25 juin 1977 pour voir une première marche autonome. Organisé par un groupe de lesbiennes du MLF, l’objectif de l’événement est entre autres de protester contre la chanteuse américaine Anita Bryant, qui de sa Floride, livre une guerre sans merci aux homos américains.

Il n’y a pas de marche en 1978, mais le Groupe de libération homosexuelle (GLH) en organise deux à Paris en 1979. La première a lieu en mars, contre l’intolérance religieuse. La deuxième a lieu le 29 juin. «800 personnes défilent de Jussieu à Saint-Germain des Prés sous la banderole de tête : « Pédés, Lesbiennes, prenons la rue et vivons nos amours », note le site Hexagone gay. Pour la première fois, la marche fait référence explicitement aux commémorations des émeutes de Stonewall de 1969 dont on célèbre le 10ème anniversaire.

SEULEMENT UN MILLIER DE MANIFESTANTS EN 1986
Dans les années 80, les marches rassemblement à peine quelques milliers de manifestants. Mais pour celles et ceux qui marchent, l’effet est puissant. Christophe Martet, journaliste et co-fondateur de Yagg se souvient de sa première marche en 1981: «C’était quelques semaines avant l’élection de François Mitterrand qui avait promis de supprimer les lois discriminatoires et homophobes.
Se retrouver entouré de milliers de gays et de lesbiennes et terminer la nuit dans les bras de nombreux amants donne un boost à votre niveau de fierté.»

En 1983, les premiers chars commerciaux participent à la marche, comme le note Hexagone Gay. Au milieu des années 80, les désaccords associatifs, la montée en puissance de l’aspect commercial de la marche (notamment grâce au « Citizen gay » David Girard) et les premiers ravages du sida démobilisent les homos. En 1986, ils et elles ne sont qu’un petit millier à défiler entre Bastille et le Louvre.

Lors de la gay pride de 1989, Act Up-Paris, tout juste créé, marque un grand coup avec son premier die-in. La conscience politique du sida fait son entrée dans la marche. Les années suivantes, alors que la maladie continue à faire des ravages, les rangs de la marche grossissent de plus en plus.

« La joie de descendre dans la rue et de sentir cette énergie communautaire et cette envie d’être visible me sont revenus lors de ma première participation à une gay pride au sein d’Act Up, en 1990 d’abord à New York, puis en 1991 à Paris, note Christophe Martet. Marcher avait à nouveau du sens. »

« C’EST PEUT-ÊTRE MA DERNIERE GAY PRIDE »
En 1993, Act Up défile avec le slogan « C’est peut-être ma dernière gay pride ». La genèse de ce slogan est évoquée dans le film 120 battements par minute, de Robin Campillo, qui a été primé à Cannes récemment. Les médias nationaux commencent à évoquer la Pride, qui fait des petits. En 1994, des collectifs à Rennes et Marseille organisent en effet les premières marches en régions. En 1995, l’appellation « Gay Pride » est remplacée par « Lesbian & Gay Pride ».

L’année 1996 marque un autre tournant. C’est la première fois que la participation dépasse les 100 000. Mais ce succès ne suffit pas à remplir le Palais Omnisports de Bercy, où se tient la soirée officielle. La soirée est un gouffre financier et coule l’association organisatrice de la marche, la Lesbian and Gay Pride de Paris. « Il est décidé la création d’une société, la SOFIGED, pour le financement des futures marches, l’association Lesbian and Gay Pride de Paris ne conservant que le coté militant et politique de la manifestation. », note le site Hexagone Gay.

L’année suivante, Paris accueille l’Europide. La foule répond présent. Plus de 250 000 personnes défilent entre République et Bastille derrière la banderole « Pour tous et pour toutes, une vraie citoyenneté européenne ».

En 2001, la marche est ouverte par le premier maire gay de Paris. Le socialiste Bertrand Delanoë a été élu quelques semaines plus tôt.

MOINS DE CHARS COMMERCIAUX
La SOFIGED perd peu à peu de son influence et l’Inter-LGBT devient la seule organisatrice de la marche. Cela n’est pas sans conséquence et les chars commerciaux vont se raréfier. « Quand la marche est devenue Marche des Fiertés LGBT [en 2002], et que l’Inter-LGBT s’est détachée de la marque Gay Pride, des règles ont été mise en place : les chars associatifs devant, les commerciaux derrière, se souvient Alain Piriou, porte-parole de l’Inter-LGBT à partir de 2002. Cela avait été mal accueilli par les établissements commerciaux dont plusieurs ont pris prétexte de ce changement de règles pour renoncer à une participation très coûteuse, alors qu’il devenait plus difficile pour eux de trouver des marques acceptant de les financer comme dans les années 90. »

La participation explose. Les marches attirent désormais plusieurs centaines de milliers de participant.e.s et de badauds. Cela devient la plus grosse manifestation récurrente en France.

En 2009,  la légendaire Liza Minnelli, fille de l’icône gay absolue Judy Garland, ouvre la marche qui commémore le quarantième anniversaire de Stonewall. C’est aussi la première marche pour Yagg, créé quelques mois auparavant.

LE COQ ET SON BOA

En 2011, l’affiche de la marche, qui montre un coq portant un boa provoque une violente polémique. « Homonationaliste », « raciste », « pétainiste »: les accusations fusent. « Un symbole de la république ou de la nation ne doit pas être la propriété de l’extrême droite ou de la droite extrême », rétorque Nicolas Gougain, porte-parole de l’Inter-LGBT sur Yagg. Cela ne suffit pas à apaiser les esprits et l’Interassociative finit par abandonner le visuel.

En 2013, on célèbre le mariage pour tous, voté dans la douleur le 23 avril. Mais le collectif Oui Oui Oui « zappe » le carré de tête pour réclamer la PMA.

 


Manifestation pour la PMA à la Marche des… par yaggvideo

En 2015, l’affiche fait à nouveau scandale. Elle représente un buste de marianne, incarné par un garçon métis, avec le slogan « nos luttes vous émancipent ». « Raciste » là encore, critiquent certains. 2015, c’est aussi la première Pride de Nuit. Un collectif de militant.e.s organise une marche radicale, quelque jours avant la marche « officielle » de l’Inter-LGBT, jugée trop timorée politiquement (Lire En photos: Une Pride de nuit où les «fiertés ne sont pas racistes»). Ce n’est pas le première initiative de ce type, mais avec trois défilés consécutifs en 2015, 2016 et 2017, c’est la première qui dure. Pour Aurore Foursy, actuelle présidente de l’Inter-LGBT, cela ne pose aucun problème. « C’est un espace de visibilité supplémentaire », commente-t-elle.

En 2017, l’Etat finance pour la première fois la marche des fiertés, via la Dilcrah. L’Inter-LGBT fonctionne avec un budget de 100 000 euros, et reçoit 10 000 euros de la ville de Paris et 25 000 euros de la Région. Un budget bien en dessous des grandes prides étrangères comme Madrid ou Montréal. Dans les recommandations qu’il rend à la maire de Paris Anne Hidalgo sur les moyens d’améliorer l’attractivité de Paris comme ville LGBTQI-Friendly, Jean-Luc Romero-Michel propose de renforcer la marche parisienne, notamment financièrement (Lire Paris capitale LGBTQI-Friendly: les recommandations de Jean-Luc Romero-Michel). Bientôt une nouvelle étape de l’histoire de la Pride de Paris? Rendez-vous aux prochaines éditions.