Demain, l’Inter-LGBT défilera avec le mot d’ordre suivant: « La PMA sans conditions sans restrictions, c’est maintenant! ». A quelques jours de la publication de l’avis du Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) sur la procréation médicalement assistée, ce mot d’ordre ne peut tomber mieux.

Lors de la campagne présidentielle, Emmanuel Macron s’est engagé à ouvrir la PMA à toutes les femmes, mais après avis du CCNE. Sans que l’on sache bien s’il passerait outre un avis négatif. Le président du Comité, le Pr Delfraissy a d’ores et déjà prévenu que cet avis ne contenterait pas grand monde (Lire PMA: Le CCNE rendra son avis avant fin juin, promet son président). On sait aussi que les réformes économiques seront la priorité de son quinquennat, au détriment des loi dites « sociétales ».

On sait enfin que le contexte parlementaire n’est pas des plus favorables. A l’Assemblée Nationale, la majorité présidentielle se compose de personnalités issues de la droite comme de la gauche. Lors du quinquennat précédent, la droite s’est arc-boutée contre le mariage pour tous au motif que celui-ci ouvrirait notamment à la PMA. Pour ne citer qu’un seul exemple, le Premier ministre Edouard Philippe s’était abstenu pour cette raison précise (Lire Edouard Philippe, un nouveau Premier ministre opposé à la PMA). Celles et ceux qui étaient contre la PMA pour les couples de femmes et les femmes seules hier y seront-ils favorables lorsqu’il s’agira de voter une loi qui préconise justement d’aller dans ce sens? Chez une partie de la gauche tétanisée par la manif pour tous, cette mesure ne fait pas l’unanimité non plus. Les vétérans de la bataille contre le mariage pour tous, à l’image de Xavier Breton, tentent déjà de mobiliser contre le futur projet ou la future proposition de loi. Rien n’indique donc que la bataille parlementaire serait gagnée d’avance.

URGENCE SANITAIRE
Faut-il le rappeler? L’ouverture de la PMA est d’abord une urgence sanitaire. A l’heure actuelle, de nombreuses femmes se mettent en danger en n’ayant pas le suivi médical adéquat ou en ayant recours à des méthodes « artisanales » qui comportent des risques. De plus, seules les femmes bénéficiant de moyens financiers conséquents peuvent se permettre les nombreux aller-retours en Belgique ou en Espagne. Comment tolérer une telle situation?

On a pu lire ailleurs que cette revendication était égoïste parce qu’il existe des situations plus graves, comme la persécution des gays en Tchétchénie, par exemple. Comme si les deux étaient opposés, alors que c’est justement tout l’inverse. Plus les pays seront nombreux à aller vers l’égalité des droits, plus les pays rétrogrades sur ces questions seront isolés. L’arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme sur la loi de « propagande homosexuelle » russe en est une parfaite illustration (Lire « Propagande homosexuelle »: La Russie condamnée par l’Europe). Ajoutons que la première façon de lutter contre l’homophobie, c’est d’instaurer une égalité devant la loi. Comment faire comprendre que nos vies ont la même valeur que celles des hétérosexuels si la loi affirme le contraire?

On avance également que militer pour la PMA, c’est faire fi des gays, qui, eux, n’ont pas accès à des moyens de procréation, comme la GPA. C’est peut-être l’argument le plus stupide. Ne doit-on militer que pour sa propre chapelle? De nombreuses lesbiennes se sont tenues aux côtés des gays au moment des années noires de l’épidémie de VIH/Sida. Puisqu’on parlait de Tchétchénie tout à l’heure, les lesbiennes ou les femmes bi se mobilisent également alors que seuls les hommes font l’objet d’une persécution active en ce moment (on ne doute pas qu’il y a de la lesbophobie également en Tchétchénie, mais ce sont les hommes qui sont pourchassés et tués, selon les infos qui nous parviennent). Aux gays de se montrer solidaires à leur tour. D’autant que comme on l’a répété au moment du mariage pour tous, les mesures d’égalité profitent à la société toute entière. Et soyons réaliste, en l’état actuel de la société française, on n’ouvrira pas le débat sur la GPA avant d’avoir réglé la PMA.

RAPPORT DE FORCE
L’Inter-LGBT a donc eu raison de choisir un mot d’ordre sur la PMA, car c’est maintenant qu’il faut mettre la pression. L’avis du CCNE va ouvrir une courte fenêtre de tir pour le débat sur la question. Plus nous serons nombreux à exiger la PMA plus il y aura de chances que le gouvernement – ou le parlement – se saisisse de la question. La politique est avant tout une affaire de rapport de force. A nous tous ensemble de peser pour que le président de la République, le gouvernement et les parlementaires entendent notre revendication. Les homophobes, eux, ne se demanderont pas s’il y a un sujet de mobilisation plus important. Ils et elles s’opposeront de toutes leurs forces à toute évolution du droit en notre faveur. Ils et elles s’y préparent déjà, et depuis longtemps. Ne leur laissons pas le champ libre.