Ainsi donc la «Manif pour tous» s’apprête à nouveau défiler dans Paris, bien déterminée à peser de tout son poids dans la campagne de la présidentielle, forte de son fait d’armes durant ce quinquennat: avoir fait reculer le gouvernement sur la PMA.

Il se trouve encore des responsables politiques – et sans doute des individus – pour affirmer qu’être contre le mariage pour tous, la PMA et la GPA ce n’est pas être homophobe. Voici pourquoi ils ont tort.

Tout d’abord il faut lire les 40 propositions publiées il y a quelques semaines par la «Manif pour tous». ce document fait une soixantaine de pages. Un rapide pomme+F nous apprend que le mot « famille » y figure 262 fois. Répété de manière obsessionnelle, il sert surtout à rappeler qu’en creux les familles homoparentales n’en sont pas. Si cela n’est pas insultant, qu’est-ce qui l’est?

Le mot « enfant », lui, est répété 339 fois. C’est donc qu’il doit être important. Pourtant, lorsqu’on lui parle des prêtres qui abusent d’enfants et de la hiérarchie catholique qui les couvre, Ludovine de la Rochère n’a « aucun commentaire à faire ». Il y a pourtant là des faits incontestables, des enfants qui ont vraiment souffert, des adultes qui en gardent les séquelles. Mais non, ce n’est pas leur « sujet ». Parce que leur sujet ce ne sont pas les enfants, c’est l’homophobie. Et puis, comment mordre la main qui vous nourrit? La «Manif pour tous», c’est l’Eglise Catholique. Et inversement.

CHEVAUX DE BATAILLE
Revenons maintenant sur les différents chevaux de batailles de LMPT. L’abrogation du mariage pour tous, qu’ils nomment bien « Loi Taubira » (14 occurrences dans les 40 propositions, 0 pour l’expression « mariage pour tous ») pour jouer sur la fibre raciste des militant.e.s (souvenez-vous de la « gueunon » et de sa « banane »). A part François Fillon – qui estime que la colonisation était du « partage de culture » (cf. ce qui précède) – et Jean-Frédéric Poisson, aucun candidat à droite ne défend sérieusement cette abrogation. Frigide Barjot militait pour l’union civile. Elle a été virée. Donc la simple idée d’union semble insupportable au collectif «Manif pour tous»: parce que pour ses partisans, les couples homos et les couples hétéros ne sont pas égaux. Etablir une hiérarchie des personnes en fonction de leur orientation sexuelle, c’est la définition même de la discrimination. Et comment appelle-t-on la discrimination en raison de l’orientation sexuelle, déjà? Un indice: ça commence par un « h » et finit par « omophobie ».

Sur la PMA. Selon LMPT, les études montrant que les enfants élevés par des couples gays et lesbiens vont bien sont « biaisées ». Leur source? L’enquête du chercheur américain Mark Regnerus qui n’a enquêté que sur des enfants élevés dans le cas où l’un des deux membres d’un couple hétéro avait refait sa vie avec une personne de même sexe… Comme étude non-biaisée, on fait mieux. Depuis, le chercheur a été désavoué par son université.

Puisque rien de sérieux ne vient démontrer que les enfants élevés par des homos vont mal, l’opposition à la PMA ne peut être basée que sur des préjugés. Et les préjugés liés à l’orientation sexuelle, ça s’appelle, on vous le donne en mille, de l’homophobie.

Concernant la GPA, soyons sérieux et regardons qui parle. La «Manif pour tous» est composée de nombreux anti-avortement. Ludovine de la Rochère a été chargée de communication de la Fondation Jérôme Lejeune, la figure de proue des anti-choix en France. Ces gens-là voudraient faire revenir les femmes au temps où elles devaient se servir d’un cintre pour avorter et il faudrait leur donner du crédit lorsqu’ils posent en défenseurs du corps des femmes?

Dernière obsession, la fameuse «théorie du genre». La présidente de la «Manif pour tous» l’a reconnu : elle n’existe pas. C’est simplement un concept fumeux pour lutter contre l’égalité hommes-femmes et les personnes trans. Cela porte un nom, ou plutôt deux: la misogynie et la transphobie. Ce n’est pas très difficile à comprendre et, malgré tout, de nombreux médias sont à nouveau tombés dans le panneau lorsque le Pape a remis le sujet sur la table il y a quelques jours, avec un sens du timing impeccable.

#MANIFDELAHONTE
Alors que faire ce dimanche? Rester chez soi? Ouvrir un bon bouquin et laisser les réseaux sociaux de côté? Pourquoi pas. Certains diront qu’il faut ignorer la haine, qu’y répondre c’est lui donner de l’importance. Ce n’est pas faux. Mais c’est aussi lui laisser le champ libre et le monopole du discours.

Alors ne restons pas les bras croisés. Il y a ce samedi la marche Existrans à Paris, la Pride de Montpellier et une « manif pour touz » à Lyon. Dimanche, il y a un kiss-in à Paris. Certains appellent sur Facebook à contre-manifester plus frontalement. Avec une police sur les dents, ce n’est pas forcément quelque chose à conseiller, donc ce sera à vos risques et périls. S’il n’y a rien près de chez vous et que vous êtes sur les réseaux sociaux, vous pouvez les utiliser pour combattre en ligne les opposants à tout ce qui touche de près ou de loin l’homosexualité. En commençant peut-être par appeler un chat un chat et l’homophobie l’homophobie. En son temps, le hashtag #manifdelahonte sur Twitter avait connu un certain succès. C’est un exemple parmi d’autres.

Celles et ceux qui défileront dimanche veulent une nouvelle fois s’attaquer à nous et à nos droits. Défendons-nous, faisons le ensemble et soyons le plus nombreux possible.