Quelques semaines après celle qui s’est ouverte à Reading, une nouvelle exposition consacrée à Oscar Wilde débute aujourd’hui au Petit Palais à Paris. Parsemée des célèbres aphorismes plein d’esprit de l’auteur, elle se présente en sept sections et est servie par une scénographie élégante aux couleurs sobres. Oscar Wilde, l’impertinent absolu constitue la première grande exposition parisienne sur l’auteur irlandais, plus de 110 ans après sa mort dans la capitale française, une ville qui l’a marqué à bien des égards. L’exposition dirigée par Dominique Morel retrace son enfance, ses premiers pas en tant que critique d’art (on appréciera autant les œuvres que les extraits des critiques présentées), le voyage en Amérique et les célèbres photos de Napoleon Sarony où on le voit poser portant chapeau et manteau de fourrure, l’écriture et la publication de son seul roman, Le Portrait de Dorian Dray, et bien sûr la chute du dandy, le procès en diffamation contre Lord Queensberry et l’incarcération deux ans à la prison de Reading après une condamnation pour homosexualité.

Exposition "Oscar Wilde l'impertinent absolu" au Petit Palais

L’exposition a plusieurs originalités, celle notamment de ne pas être une succession d’écrits d’époque, comme on peut s’y attendre dans une exposition consacrée à un écrivain. Œuvres picturales, extraits de films, dessins (ceux de Salomé, pièce écrite en français et censurée outre-Manche à l’époque, sont sublimes), analyses de Robert Badinter, ainsi que de Merlin Holland, petit-fils d’Oscar Wilde (il est l’unique enfant du fils cadet d’Oscar Wilde et Constance Lloyd, Vyvyan Holland) et conseiller scientifique de l’exposition. Et même en appréciant de ne pas voir essentiellement des manuscrits dans cette exposition, on ne peut nier une certaine émotion en découvrant un aphorisme autographe signé de la main d’Oscar Wilde ou en lisant «Dear Bosie…» en en-tête du manuscrit de De Profundis, lettre écrite à Reading et adressée à Lord Alfred Douglas, son amant.

Exposition "Oscar Wilde l'impertinent absolu" au Petit Palais

L’HOMOSEXUALITÉ AU CŒUR DE L’EXPOSITION
Pour Robert Badinter, ancien garde des Sceaux et auteur de la pièce de théâtre C.3.3. (1995, Actes Sud), l’affaire Oscar Wilde est un exemple parfait d’injustice: «La justice est relative, elle tue et punit des crimes qui disparaissent», explique-t-il dans un entretien présenté dans l’exposition, en prenant pour exemple les procès pour sorcellerie, et bien entendu ceux pour homosexualité. Il raconte avec passion la machination fomentée par Lord Queensberry, le père de Lord Alfred Douglas, pour détruire Oscar Wilde, un piège dans lequel l’écrivain va se jeter et qui le conduira en prison. Une affaire digne d’une tragédie.

La figure d’Oscar Wilde est en elle-même un paradoxe: «Il est aujourd’hui plus connu parce qu’il était homosexuel que parce qu’il était marié et avait deux enfants», estime Merlin Holland avant d’ajouter avec humour: «… sinon je ne serais pas là.» Lorsque Vyvyan Holland, son père, a produit une autobiographie d’Oscar Wilde, il a reçu des centaines de courriers de personnes tombant des nues en apprenant qu’Oscar Wilde avait été marié. Selon Merlin Holland, si Oscar Wilde était effectivement homosexuel, il était profondément attaché à son épouse et à ses enfants et il lui était douloureux d’être séparé de sa famille.

«OSCAR WILDE, L’IMPERTINENT ABSOLU» EN IMAGES
Exposition "Oscar Wilde l'impertinent absolu" au Petit Palais
Le peintre américain Robert Goodloe Harper Pennington a peint Oscar Wilde en 1883.

Exposition "Oscar Wilde l'impertinent absolu" au Petit Palais
Oscar Wilde n’était pas épargné par ni par la caricature ni par les critiques, celles qui le jugeaient pas assez sérieux, qui raillaient le courant de l’esthétisme dont il était une figure de proue, ou celles qui se moquaient de son extravagance comme ici, dans The Entr’acte un journal américain: «Frère Jonathan après avoir jeté un coup d’œil à Oscar Wilde. “Eh bien! L’Angleterre nous a envoyé bien des phénomènes mais lui, c’est le pompon! Qu’on l’emmène.»

Exposition "Oscar Wilde l'impertinent absolu" au Petit Palais
Les photos de Napoleon Sarony, lors de la tournée de conférences d’Oscar Wilde en Amérique en 1882.

Exposition "Oscar Wilde l'impertinent absolu" au Petit Palais
Dans le compte-rendu du procès d’Oscar Wilde en 1895, un échange particulièrement croustillant avec l’avocat de Lord Queensberry, Edward Carson, qui cherche à lui faire avouer ses relations avec des hommes. Son sens de la répartie coûtera très cher à Oscar Wilde:
Carson: «L’avez-vous embrassé?»
Wilde: «Oh non jamais de la vie, c’était un garçon très quelconque.»
C: «Comment avez-vous dit?»
W: «J’ai dit que je le trouvais malheureusement bien trop laid – et j’en avais pitié pour lui.»

Exposition "Oscar Wilde l'impertinent absolu" au Petit Palais
Un des nombreux aphorismes d’Oscar Wilde qui ornent les murs de l’exposition.

Oscar Wilde, l’impertinent absolu
du 28 septembre 2016 au 15 janvier 2017

Plus d’informations sur le site du Petit Palais.