Arnaud Alessandrin n’avait pas prévu que son mariage défraie la chronique. Un site d’extrême droite en a décidé autrement. Le sociologue spécialiste des questions de genre – il a été notamment rédacteur en chef de la revue Miroir/miroirs, aux Editions Des ailes sur un tracteur –  a épousé son compagnon Philippe le 11 septembre dernier à la mairie de Bordeaux. Robe longue et ombrelle d’inspiration japonaise pour Philippe, robe et cage créée par Hervé Poeydomenge, qui travaille pour la série Versailles, pour Arnaud.

Infos Bordeaux, un site marqué très à droite, a repris l’information, s’est permis de voler ses photos à Arnaud Alessandrin, et a commenté le mariage – qualifié de « provocation » – en utilisant des guillemets au mot marier et en précisant que tout le « lobby homosexuel » bordelais était présent, ajoutant même cette info fantaisiste à la fin : « Les jeunes « mariés » ont reçu à la fin de la cérémonie « un mot de félicitations de la part d’Isabelle et Alain Juppé » ! »

L’ETERNELLE « MAUVAISE IMAGE »
Le post a ensuite tournée sur les réseaux sociaux, suscitant des commentaires de soutien, mais aussi beaucoup de commentaires très négatifs. «Ce qui est violent c’est qu’elles sont de l’ordre du dégoût plus que de la réprobation», réagit le sociologue. Les réactions négatives ne viennent pas toutes d’hétérosexuels d’extrême-droite, comme le remarque Arnaud: «Il est quelque part assez désespérant de voir encore surgir des attaques de gays qui critiquent « la mauvaise image » que renvoie ce mariage à leurs yeux»

C’est Marik Fetouh, adjoint au maire de Bordeaux qui a célébré le mariage. «J’ai interrogé les services de l’Etat civil, qui m’ont répondu qu’il n’y avait aucun problème, la mairie ayant déjà célébré toutes sortes de mariages, des mariages « discos », où tout le monde était habillé à la mode des 70’s, en passant pas celui de personnes déguisées en supers-héros, nous indique-t-il avant d’ajouter: De plus, et à titre plus personnel, je suis pour la liberté de s’habiller comme on le souhaite, dans les limites de la loi bien entendu. Ce principe de la liberté personnelle nous a été rappelé il y a peu par le Conseil d’Etat au sujet de l’affaire des « burkinis ».»
UN ÉVÉNEMENT PRIVÉ
L’adjoint s’étonne que cela choque certains: «Arnaud étant sociologue du genre et des discriminations, on peut comprendre qu’à l’occasion de son mariage, qui est un évènement privé pour lequel aucune communication officielle n’a été faite (seuls quelques amis du couple ont partagés des photos sur Facebook), il ait voulu interroger les stéréotypes de genre.»
Enfin, Marik Fetouh se dit «très heureux» d’avoir célébré ce mariage. «J’ai beaucoup de plaisir à travailler avec Arnaud au sein de l’Observatoire bordelais de l’égalité, et il était donc tout à fait logique que j’accepte de le faire. J’ai célébré 6 mariages ce jour-là, avec des mariés de toutes origines, de tous milieux sociaux, de toutes religions, homos et hétéros, et c’est toujours pour moi un moment à la fois très émouvant et marquant.»
 L’affaire va au delà de l’homophobie, estime Arnaud Alessandrin: «Dans de nombreux commentaire, qui pour certains d’entre eux vont jusqu’à frôler les menaces de mort, on aperçoit également des propos racistes qui mettent en lien  » les dégénérés non catholiques et les dégénérés non hétérosexuels ». Pour le sociologue, «il s’agit la plus d’un révélateur que d’une affaire purement personnelle. Notre joie avec mon mari n’en étant que partiellement affectée.»