Dans ses spectacles, la comédienne Rébecca Chaillon (de la compagnie Dans le ventre) met son corps à l’épreuve, elle se nourrit, se met à nu, surprend, émeut, dérange, nous fait rire aussi. Bientôt en préparation de Pourvu que cela se passe sans spectateurs, un spectacle consacré au football féminin, Elle présentera cette année au festival Jerk Off une performance lors de la soirée d’ouverture, Cannibale, mais aussi Monstres d’amour, spectacle aussi beau que fascinant sur le cannibalisme amoureux. Elle a répondu aux questions de Yagg sur ce spectacle hors normes.

En quelques mots, comment décrirais-tu Monstres d’amour? C’est une création en deux parties, autour de l’amour et de la violence qui découle de ce sentiment. Le désir de posséder l’autre, le besoin de l’autre, le manque de l’autre… La monstruosité de ce sentiment tel que je le vois et tels que certains l’ont éprouvé. Pour nourrir mes fantasmes, on s’appuie sur la réalité de faits divers: l’histoire du cannibale japonais Issei Sagawa et du cannibale de Rottemburg.

Festival Fragment(s) #3 au Centquatre. MONSTRES D'AMOUR (JE VAIS TE DONNER UNE BONNE RAISON DE CRIER) - de Rébecca Chaillon - Cie Dans Le Ventre © vinciane verguethen/voyez-vousMonstres d’amour – Photo Vinciane Verguethen/Voyez-vous

Comment est venue l’idée de créer un lien entre les relations amoureuses et le cannibalisme, une idée que tu exploitais déjà dans L’estomac dans la peau? L’estomac dans la peau a ouvert la voie, j’avais envie d’explorer le désir qui dévore, de proposer les images qui m’obsèdent à la fois sensuelles et répulsives et de traiter le rapport manger/être mangé dans une relation d’amour. J’avoue que l’idée vient d’une de mes relations amoureuses assez intense, où j’avais retrouvé mon ex-amoureuse, un soir de dispute violente, devant un documentaire sur Armin Meiwes, le cannibale de Rottemburg, qui avait mangé son amant consentant, et j’ai tout de suite pensé qu’elle aurait pu me manger, et que j’aurais pu accepter. Une fois réconciliées, nous avions fait une performance ensemble, Cannibale, où je mangeais des abats et de la viande crue sur son corps nu dans un restaurant (performance qui sera donc présentée en ouverture de Jerk Off, ndlr).

cannibale performance - rebecca chaillon
Extrait de Cannibale

Il y a quelque chose de très fort dans tes spectacles. Est-ce que tu cultives le fait de mettre le spectateur à l’épreuve et de le déstabiliser, ou au contraire, c’est quelque chose que tu ne prends pas en compte du tout? J’aime craindre et espérer quand je vais voir un spectacle. J’aime qu’on me remue et oublier le théâtre. J’essaie donc de m’approcher de ce que j’aimerais voir en me mettant en danger publiquement, en livrant des émotions à travers des textes très personnels ou en exposant mon corps en le transformant, en le maltraitant. Je m’utilise avec mes facilités et mes limites pour manier une certaine violence avec une certaine douceur… et toujours avec un brin d’humour. Je ne veux pas heurter le public, je lui montre ma normalité intime fantasmée, en espérant que ça l’interrogera à l’endroit le plus simple qui soit: quel est mon rapport à la nourriture, à mon corps, à mon désir…?

Cannibale
avec Rébecca Chaillon et Elisa Monteil
le 15 septembre à 22h (soirée d’ouverture)
au Cirque électrique

Monstres d’amour
avec Rébecca Chaillon et Elisa Monteil
le 16 septembre à 19h30
au Carreau du Temple