[Mise à jour, 14h40] Communiqué de Cineffable

Le torchon brûle entre l’Inter-LGBT et certaines de ses associations membres. Après ce week-end, plusieurs d’entre elles, et non des moindres, ne devraient plus en faire partie. Pourquoi cette rupture? Comment en est-on arrivé là?

L’Inter-LGBT ne s’attendait sans doute pas à une rentrée aussi agitée. Les adhérent.e.s se réunissent ce vendredi soir pour aborder cette épineuse question des départs de plusieurs associations, dont la très puissante APGL, qui, avec 2 000 adhérent.e.s, est un poids lourd du paysage associatif LGBT. D’autres associations devraient faire de même, le MAG Jeunes LGBT, Caelif, Glup et Cineffable.

«UN MANQUE DE LEADERSHIP»
Jeudi 8 septembre, l’APGL a diffusé un communiqué expliquant pourquoi elle avait décidé de quitter l’Inter-LGBT. Elle y explique que cela fait maintenant un an qu’elle a émis des «réserves sur les effets du fonctionnement inter-associatif tel qu’il existe au sein de l’Inter-LGBT. » Au téléphone, Dominique Boren, un des coprésidents (avec  Marie-Claude Picardat) explique plus précisément à Yagg ce qui a motivé cette rupture. «La clarification n’a jamais été menée sur ce qui doit être fait et comment le faire. L’Inter n’a jamais tranché entre les tenants d’une ligne généraliste et une ligne «gauche radicale» de contestation systématique du gouvernement. Il y a aussi un manque de leadership et une incapacité de l’Inter de se projeter à l’international.»

Nicolas Rividi, qui en a été un temps porte-parole, connaît bien l’Inter-LGBT de l’intérieur. Il n’est pas surpris par cette hémorragie des associations. «Cela fait plusieurs années que de nombreuses voix critiquent le manque de cohésion de l’Inter, le peu de travail d’équipe et un problème de respect des personnes, explique-t-il à Yagg. Trois ans après le mariage pour tous, il y a un manque cruel d’objectifs.»

Dominique Boren confirme aussi l’ambiance parfois tendue des débats. «Sur certains débats, il y a eu beaucoup d’attaques personnelles et nous nous sommes sentis ostracisés.» Une observatrice explique ainsi que les tensions étaient fortes au sein de l’interassociative et que les clashes entre associations, notamment homoparentales (APGL, Enfants d’Arc-en-Ciel) étaient fréquents. Un constat tempéré par les Enfants d’Arc en ciel, qui cite « seulement eu un désaccord sur l’organisation d’un débat en juin pour lequel chaque association a exprimé posément son point de vue sur la situation par un mail sur la liste interne de l’Inter-LGBT » »  Malgré tout, pour Nicolas Rividi, «deux tiers des réunions servaient à régler des problèmes personnels ou de fonctionnement. Pendant ce temps-là, on ne parle pas idées et stratégie.»

«ON NE VA PAS À L’ÉLYSÉE POUR FAIRE DES SELFIES»
Un épisode qui a marqué le début de l’été, la rencontre entre Hollande et certaines associations, dont l’Inter-LGBT, n’a pas été bien perçue par certains. «C’était une erreur d’y aller, affirme Dominique Boren. On ne fait pas ça à la veille d’une Marche des fiertés. Sur la PMA, ce qui a été dit par l’Inter est complètement en deçà des revendications. Tant mieux si les personnes trans ont pu arracher quelque chose mais sur le reste, c’est une réunion pour rien.» Nicolas Rividi va dans le même sens. «C’est une des gouttes d’eau qui ont fait déborder le vase. On ne se rend pas à l’Élysée pour faire des selfies. Le communiqué de presse de l’Inter aurait dû être envoyé durant la réunion. Ce qui s’est au contraire passé, c’est que l’association a attendu presque 48 heures pour communiquer, laissant toute la place à l’Élysée.»

Pour beaucoup, le problème vient en grande partie de la dernière mouture des statuts. Auparavant, il fallait avoir le parrainage d’une association pour participer aux activités de l’Inter. Aujourd’hui, quiconque veut s’impliquer peut le faire, en tant qu’individu. Pour Nicolas Rividi, «cela écarte les associations d’une direction de l’Inter et désagrège l’interassociatif.» Pour Dominique Boren, «l’avenir de l’Inter n’a jamais été discuté: doit-elle devenir une fédération d’associations ou être une association elle-même. Aujourd’hui, l’Inter est une réunion d’individus et plus d’associations.»

Les autres associations qui doivent quitter l’Inter n’ont pas toutes communiqué publiquement sur les raisons de leur départ. Selon nos informations, Cineffable était souvent mis en cause par certain.e.s de son principe de non mixité, qu’ils jugeaient “excluant», en particulier  pour les personnes non binaires. D’où des discussions à n’en plus finir… C’est ce qui transparaît du communiqué de Cineffable sur Facebook. «Nos préoccupations lesbiennes et féministes ne sont plus en adéquation avec celles de l’Inter LGBT actuelle », affirme l’association citant plusieurs points de discorde:  « les combats lesbiens et féministes ne sont pas suffisamment portés et défendus par l’Inter LGBT » ou « les commissions, ainsi que les diverses assemblées, ne garantissent pas l’équilibre et la représentation des voix lesbiennes et féministes ». Cineffable regrette enfin « que des règles de débats, d’échanges et de prise de parole ne soient pas respectées de vive voix lors des réunions ou par écrit via emails au sein de l’Inter LGBT afin que toutes et tous puissent s’exprimer à part égales, être entenduEs et respectéEs.»

 Ces départs font suite à deux autres retraits importants: celui en 2014 de la Coordination Lesbienne en France, puis celui de FièrEs, en mai 2015 puis d’Homosfere en octobre de cette même année.

Dans son communiqué, l’APGL explique qu’elle «continuera à porter haut et fort les revendications qui sont les siennes, à soutenir les initiatives des associations partenaires, et à mener des combats collectifs porteurs dans la perspective des élections de 2017 et pour la défense de toutes nos familles.» En clair, elle est prête à faire cavalier seul.

PAS DE RÉACTION DE L’INTER-LGBT
Contactée, Clémence Zamora Cruz, porte parole de l’Inter-LGBT, n’a pas souhaité s’exprimer pour l’instant et nous a annoncé qu’un.e représentant.e de l’Inter allait nous recontacter à l’issue du week-end. Mais nous nous sommes procurés la lettre que l’Inter a fait parvenir à ses adhérent.e.s. On y apprend que les Concerts Gais ont aussi fait part de leur volonté de quitter l’Inter et que d’autres associations émettent des réserves quand à leur participation à l’interassociative. L’Inter-LGBT appelle l’ensemble des associations a venir à l’Assemblée générale de clôture, ce soir et les convoque aussi à une Assemblée générale extraordinaire samedi matin.

L’Inter-LGBT revendique toujours une soixante d’associations membres, mais selon des observateurs, elles ne seraient plus qu’une trentaine, ce que nous n’avons pas pu vérifier. Combien seront-elles demain?

Que faire et comment rebondir? Nicolas Rividi émet une piste. «ll ne faut surtout pas attendre l’homme ou la femme providentielle, analyse Nicolas Rividi. Il faut que l’Inter-LGBT affiche des idées nouvelles, un programme et une stratégie à mettre en œuvre.»

Cette crise au sein de l’Inter n’est pas une bonne nouvelle dans une période charnière marquée par l’élection présidentielle puis les élections législatives. Comment le mouvement associatif va-t-il peser dans les débats s’il part en ordre dispersé? Pas sûr que la réponse sortira des discussions de ce week-end.