C’est une rentrée particulière qui s’annonce pour le jeune Éloi, 11 ans, dans quelques jours. Alors qu’il rentre au collège, pour la première fois, ce jeune trans sera introduit en classe en tant que garçon. «Je me suis toujours considéré comme un garçon, raconte Éloi à l’Avantage. La nuit, je faisais des rêves où j’étais un champion de natation olympique, et j’étais en bedaine, dans un maillot de gars»

«J’AI PAS EU UNE TRANSITION DIFFICILE»
Le jeune garçon a pu bénéficier d’une loi récemment votée au Québec, qui permet à un mineur de pouvoir changer son état civil et son nom, mais aussi d’entamer le processus de transition s’il le souhaite. Si le mineur a moins de 14 ans, c’est à un responsable légal d’en faire la demande. «On bénéficie du travail que d’autres parents, d’autres jeunes, d’autres activistes ont effectué ces dernières années, on arrive vraiment dans un bon timing» raconte Isabelle Blouin-Gagné, la maman d’Éloi à Radio Canada. «Je suis vraiment chanceux, tout le monde me soutient, j’ai vraiment pas eu une transition difficile», ajoute le jeune garçon.

Éloi a pu débuter sa transition cet été à Montréal. Il prend des bloqueurs d’hormones afin de stopper sa puberté et l’apparition des règles et de certaines modifications corporelles. «J’ai toujours eu peur de vieillir, raconte Éloi, et je sais maintenant que c’est parce que je ne voulais pas devenir une femme». Dès 13 ans, il pourra entamer une hormonothérapie à base de testostérone qui entraînera la formation de pectoraux, la mue de la voix, la pousse des poils et de la barbe… S’il souhaite subir une phalloplastie (construction d’un pénis), il devra attendre ses 18 ans.

LE SOUTIEN DE SA FAMILLE
Éloi était encore très jeune quand ses parents Isabelle Blouin-Gagné et Alain Rousseau de Saint-Octave-de-Métis ont su que son genre n’était pas le bon. «On avait une petite fille qui jouait toujours à des jeux de rôles de garçons, qui s’habillait en garçon, qui souhaitait parfois qu’on lui donne des prénoms de garçons, alors on avait des indices, on surveillait ça» confie sa maman.

«Depuis toujours, c’est un enfant tomboy, et ça nous allait comme identité, continue sa maman. Les personnes transgenres, ça faisait partie de notre univers théorique. J’ai toujours gardé un espace ouvert pour me demander si ce n’était pas ça aussi. Puis, il y a un an et demi, Éloi a commencé à consulter une professionnelle. La possibilité qu’il soit transgenre faisait partie des préoccupations qu’on avait. En mai, elle nous a dit: c’est l’enjeu principal de [ancien prénom cité].»

À partir de ce moment-là, ses parents ont tout mis en oeuvre pour qu’Éloi réalise sa transition au plus vite. Il était hors de question pour eux que leur fils rentre au collège avec le mauvais genre. C’est sur leur Facebook respectif que les parents du jeune garçon ont informé les proches de la famille. Suite à cette annonce, les messages de soutien ont afflué.

«Dès qu’on s’est mis à en parler autour de nous, ça a vraiment bien été, y compris avec les personnes plus conservatrices de notre entourage. On a senti que la société a changé en très peu de temps» souligne le père d’Éloi. «Mais ce que l’on souhaite plus que tout comme parents c’est que notre enfant soit heureux».

Éloi reconnait la chance qu’il a, et souhaite que son expérience puisse aider les autres familles à surmonter cette difficulté. «Il y en a plusieurs qui n’ont pas le soutien de leurs parents, c’est dur la vie pour eux. À mon âge, si ç’avait été le cas, j’aurais dû continuer d’être une fille, je ne pouvais juste pas».

Le jeune garçon n’a qu’une hâte désormais, rencontrer ses nouveaux camarades de classe, et il semble être prêt à affronter les remarques: «Si il y a quelqu’un qui m’insulte, y’aura pas de rapport, je vis ma vis, je suis moi. Je me suis enfin trouvé depuis 12 ans.»

«LA NOUVELLE GÉNÉRATION EST BEAUCOUP PLUS PROMPTE À AFFIRMER SON IDENTITÉ»
Dans la province du Québec, au Canada, plus précisément dans le Bas-Saint-Laurent, la demande de services des personnes trans est en perpétuelle augmentation, et a explosé au cours des dernières années. «On est au-delà de 20 dossiers de personnes trans dans la région du Bas-Saint-Laurent qui ont soit amorcé une transformation, soit fait des demandes très précises sur le processus de transformation» explique Jean-François Babin, le directeur général du MAINS du Bas-Saint-Laurent (Mouvement d’aide et d’information sida) à l’Avantage.

Parmi ces dossiers, le quart concerne des jeunes de l’âge d’Éloi: «Des parents sont venus nous voir parce que leur enfant âgé de 8, 9 ou 10 ans avait un questionnement, et même amorcé une grande réflexion sur la transharmonisation ou la transidentité. La nouvelle génération est beaucoup plus prompte à affirmer son identité que les générations précédentes l’étaient» confirme aussi Jean-François Babin.