Juan Gabriel partageait avec Liberace au moins deux choses: une immense célébrité et des tenues extravagantes. Mais la comparaison s’arrête là entre le pianiste kitsch de Las Vegas (interprété par Michael Douglas dans le film éponyme de Steven Soderbergh) et le chanteur mexicain. Juan Gabriel, c’était une voix qui emportait littéralement les foules. Il était l’auteur de près de 1800 chansons et était célébré dans toute l’Amérique du Sud et au-delà, se produisant dans d’immenses shows aux États-Unis.

La communauté gay mexicaine en avait fait une de ses icônes. Dans un pays profondément marqué par le machisme et l’homophobie, ses tenues extravagantes et son maquillage étaient comme un pied de nez aux homophobes. Même s’il n’a jamais fait à proprement parler son coming-out, il envoyait des messages codés, comme le rappelle Libération. À un journaliste qui, en 2002, lui posait la question, il répond: «Lo que se ve no se pregunta» («Quand ça se voit, on ne demande pas»).

J’avais découvert Juan Gabriel lors d’un séjour à Mexico. Mes amis Luiz et Leo m’avaient fait découvrir un bar gay populaire, aux murs défraîchis, éclairé d’une lumière blafarde par des rangées de néon. Mais quand du juke box poussé à fond retentit la voix de Juan Gabriel, l’assistance, il devait bien y avoir 150 personnes, s’est mise à chanter en chœur. Un moment inoubliable.

Le voici en 1990, dans le prestigieux Palacio de Bellas Artes  de Mexico pour un concert mémorable.

Juan Gabriel, né en 1950 dans une famille de paysans pauvres, était devenu une immense star, avait joué dans plusieurs films. Son 18e album détient le record du disque le plus vendu au Mexique, avec plus de 8 millions d’exemplaires. En 1986, le maire de Los Angeles avait déclaré que le 5 octobre serait le Jour Juan Gabriel, et le chanteur possédait son étoile sur le Hollywood Walk Of Fame.  À l’annonce de sa mort d’une crise cardiaque, les hommages de plusieurs chefs d’Etat américains, au premier rang desquels le président mexicain Enrique Peña Nieto, mais aussi Barack Obama, prouvent la place qu’il tenait dans la culture populaire.