Quatre. C’est le nombre de prides françaises de cette fin d’été qui ont subi des changements drastiques suite aux attentats de Nice le 14 juillet dernier. Après l’annulation de la mythique marche de Gourin, le report à une date inconnue de celle de Montpellier, et la Pink Parade niçoise transformée en rassemblement statique le week-end dernier, la Pride Marseille a annoncé qu’elle subira les mêmes modifications que celle de Nice: pas de marche, juste un rassemblement.

Dans un post sur leur page Facebook, les organisateurs de la pride annoncent que «l’impératif de sécurité pour les participants présents, [nous] contraint à adapter la marche sous la forme d’un rassemblement fixe car les autorités de tutelle n’autorisent pas une marche déambulatoire.»

En somme, le comité de pilotage de la pride, en concertation avec la préfecture, a décidé de ne pas marcher, mais d’organiser un rassemblement statique le samedi 3 septembre prochain, au palais Longchamp. Contacté par Yagg, Alain Marc Deluy, le co-président du comité organisateur de l’événement, nous confie qu’il n’était pas question de faire «un baroud d’honneur» avec la préfecture. Il précise que «la marche n’est pas une fin en soi, mais un moyen»: «Il ne faut pas se tromper de combat. La forme sera différente mais pour obtenir, on l’espère, la même visibilité et une parole plus forte». Toujours selon lui, ce rassemblement optimisera la visibilité des revendications des personnes LGBT. «La visibilité et l’accessibilité seront bien meilleures qu’à une marche qui aurait été ultra sécurisée».

Alain Marc Deluy de la Pride Marseille: «La marche n’est pas une fin en soi, mais un moyen»

Le co-président affirme ne pas vouloir «d’une marche encapsulée» à cause d’une présence policière trop importante. Le comité a donc opté pour «un endroit clos», pour reprendre l’expression des 3G, une association qui désavoue cette prise de décision.

«PAS DE VISIBILITÉ, C’EST RESTER DANS UN PLACARD»
Dans un communiqué intitulé «Des lesbiennes de Marseille en colères», le bar associatif lesbien et féministe les 3G, exprime son mécontentement face à ces conditions qu’elles jugent «indignes et inefficaces».

Contactée par Yagg, Christelle Barailler, administratrice de l’association, déplore cette décision: «Être parqués ne sert pas nos revendications. Elles seront non vues, et non entendues.»

«Si la décision est difficile pour toute la communauté LGBTQI, elle est lourde pour les femmes dont les libertés ne cessent de reculer» déclare les 3G, «Machisme, sexisme, lesbophobie, les lesbiennes de Marseille sont en colère face à un tel recul de leur liberté.»

Christelle Barailler estime qu’«accepter de ne pas marcher c’est se soumettre»: «Et en tant que femme, on a déjà du mal à occuper l’espace public, mais là, se soumettre c’est encore reculer sur nos libertés. La marche des fiertés est la seule occasion, pour nous, lesbiennes, d’être visibles. Pas de marche, c’est pas de visibilité. Et pas de visibilité, c’est rester dans un placard. Nos existences et nos revendications ont besoin d’apparaitre publiquement pour être connues et acceptées.»

Pour cette raison, l’association militante annonce ne par vouloir participer à cette édition, tout en réclament le droit de pouvoir «occuper l’espace public en toute sécurité et continuer de lutter pour affirmer nos choix.»

Christelle Barailler des 3G: «La marche des fiertés est la seule occasion, pour nous, lesbiennes, d’être visibles. Pas de marche, c’est pas de visibilité. Et pas de visibilité, c’est rester dans un placard.»

Cette pride statique dans le parc Longchamp, un ancien zoo complètement clos, laisse un goût amer aux militantes des 3G. «Cela donne l’impression que nos revendications ne sont pas importantes. Avec un peu de bonne volonté, on peut encadrer la marche. On est venues à celle de Paris: le parcours était réduit mais complètement sécurisé.» Avant d’ajouter: «On aurait fait ça dans un endroit où il y a du grand public et du passage, le message n’aurait pas été le même et on aurait probablement participé. Là, on ne voit pas l’intérêt d’être parqué.e.s, de ne pas être visibles, hormis pour les LGBT qui seront présent.e.s.»

Depuis, le CEL (Centre Evolutif Lilith), une association lesbienne de Marseille a également rejoint les 3G dans leur refus de participer.