La coureuse sud-africaine Caster Semenya a remporté la médaille d’or cette nuit à Rio, lors de la finale du 800 mètres. Avec une performance de 1’55’28, elle bat ainsi le record d’Afrique du Sud.

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Lors des mondiaux d’athlétisme de Berlin en 2009, la Sud-Africaine, alors tout juste âgée de 18 ans, et devenue championne du 800 mètres, avait été suspectée d’être un homme et d’avoir usurpé son titre.

La polémique, parfois brutale, était devenue une affaire politique dans son pays. L’enquête de la fédération d’athlétisme qu’elle devait subir sur son genre avait notamment été vécue comme une humiliation nationale. Un an après, l’IAAF avait finalement estimé que la sportive pouvait reprendre la compétition. L’enquête a montré que le corps de Caster Semenya produit naturellement un taux élevé d’androgènes et est donc intersexe.

DES ATHLÈTES QUI BOULEVERSENT LE SPORT
D’autres sportives, comme les coureuses indiennes Pinki Pramanik ou Dutee Chand, ont elles aussi été visées par de telles enquêtes remettant en cause leurs performances, et leurs capacités à courir dans la catégorie des femmes. Malgré elles, ces athlètes remettent en question la catégorisation sexuée du sport, fondée sur la binarité entre masculin et féminin. Le CIO commence d’ailleurs enfin à se pencher sur le sujet: en janvier dernier, une série de directives émise par plusieurs médecins et professionnel.le.s de santé sur la question de la «réassignation sexuelle» et de l’«hyperandrogénisme» a été rendue publique. Elles visent à une meilleure inclusion des athlètes trans et intersexes, et à les protéger contre les discriminations.

«NE TOUCHEZ PAS À CASTER!»
Après avoir remporté la médaille d’argent aux JO de Londres en 2012, Caster Semenya gravit donc la première marche d’un podium olympique, comme une revanche après avoir déclenché soupçons de dopage et remarques sexistes, en raison de son physiques jugé «pas assez féminin». Depuis quelques jours, le hashtag #HandsOffCaster est particulièrement populaire en Afrique du Sud, un message clair à ceux et celles qui refusent encore de voir Caster Semenya concourir chez les femmes: «Ne touchez pas à Caster!».

«Pourquoi devrait-elle abaisser son taux de testostérone si c’est naturel dans son état? Demande-t-on à Usain Bolt de raccourcir ses jambes?»

CASTER SEMENYA, TOUT UN SYMBOLE
À ceux et celles qui la critiquent et qui veulent la rabaisser, Caster Semenya sait quoi répondre: «Cela fait ma force, a-t-elle déclaré au micro de BBC Sports après sa victoire. Cela fait de moi une meilleure personne. Cela me montre la différence dans le monde, et comment être une meilleure personne. Je connais la différence, je sais comment traiter les gens. Les gens devraient apprendre à s’unir. Dans le sport, il n’est question que de s’unir et de ne pas discriminer les autres. Ça me fait de la peine pour eux.»

Symbole de courage et de ténacité, Caster Semenya est aussi un modèle pour la communauté LGBTI en Afrique du Sud. En décembre dernier, elle a d’ailleurs épousé sa compagne Violet Raseboya.

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