Le visage d’Hande Kader avait déjà fait le tour du monde: celui d’une militante déchaînée face aux forces de l’ordre venues réprimer à coups de gaz lacrymogène les participant.e.s à la Pride d’Istanbul en juin 2015. De rage, elle avait jeté sa chaussure sur des policiers et avait tenté avec une autre militante de bloquer la route d’un fourgon blindé.

Un an après, les médias montrent à nouveau le visage de Hande Kader. Cette femme trans de 23 ans a été retrouvée morte le 8 août, son corps brûlé, à Zekeriyaköy, un quartier proche d’Istanbul. Un meurtre transphobe, d’une extrême violence, que certain.e.s dans les médias comparent à celui de Özgecan Arslan, une femme de 20 ans assassinée en février 2015.

Les associations LGBT turques ont annoncé qu’elles seraient dans les rues ce dimanche 21 août pour réclamer justice après ce nouvel assassinat contre une personne de la communauté trans: «Münevver, Özgecan, Wisam, Hande… Nous réclamons justice pour la perte de ces vies, parce qu’elles/ils étaient femme, trans ou gay. Nous savons que les personnes qui ont brûlé Hande pour la tuer trouvent leur force grâce à ceux qui ont brûlé vives des personnes à Marash, à Sivas, à Cizre. Nous le disons à nouveau, la seule façon d’arrêter ces crimes de haine est d’élever notre voix ensemble contre la haine et les crimes de haines.»

Münevver Karabulut a été assassinée en mars 2009 par son petit ami. Elle avait 17 ans. Özgecan Arslan a été assassinée en février 2015, après s’être défendue contre trois hommes qui voulaient abuser d’elle. Elle avait 20 ans. Wisam Sankari était un réfugié syrien gay. Son corps atrocement mutilé a été retrouvé à Istanbul fin juillet.

«Combien d’autres seront tuées?» ont questionné les militant.e.s LGBT de l’association Kaos GL lors d’un rassemblement en mémoire de Hande Kader. Elles et ils dénoncent une société qui «protège les tueurs» et enjoignent les femmes et les personnes LGBTI à poursuivre la lutte pour faire cesser ces assassinats bien trop fréquents en Turquie.

Selon la journaliste trans Michelle Demisevich, les crimes de haine qui visent les femmes trans en Turquie sont en effet commis presque en toute impunité: «Certes, il y a des preuves pour confondre un tueur. Mais malheureusement, les auteurs ne sont pas arrêtés pour l’assassinat d’une personne trans, ou bien cela traîne pendant des années». Selon Transgender Europe, la Turquie est le pays européen où ont lieu le plus de crimes transphobes: 43 ont été recensés entre janvier 2008 et avril 2016, sur un total de 117 cas de crimes de haine transphobe comptabilisés en Europe.

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