Depuis le début des Jeux Olympiques, pas un jour ne passe sans que les commentateurs/trices de France Télévisions ne se fendent d’une remarque sexiste ou raciste à l’antenne. Le Comité représentatif des associations noires (CRAN), présidé par Louis-Georges Tin, n’a d’ailleurs pas hésité à saisir le CSA, accusant France Télévisions de révisionnisme, après des propos légitimant l’esclavage au Brésil et diverses approximations aux relents colonialistes, tandis que le consultant Thomas Bouhail a dû présenter des excuses après avoir qualifié des gymnastes japonaises de «petits Pikachus».

Concernant le regard porté sur les sportives, le bilan n’est pas plus brillant: on pense ainsi aux remarques du consultant en rugby Fabien Galthié observant les joueuses de l’équipe de France et les comparant à leurs adversaires non pas sur leur jeu, mais sur leur physique: «Les Françaises sont beaucoup plus mignonnes, féminines que les Américaines», s’est-il senti obligé de faire partager aux téléspectateurs/trices.

Est-on épargné.e des discours ou des remarques LGBTphobes? Alors que les Jeux Olympiques n’ont jamais connu une aussi importante proportion d’athlètes LGBTI, les journalistes du monde entier qui suivent les épreuves au jour le jour sont-ils/elles à la hauteur de cette évolution? Analyse de la tendance après dix jours d’épreuves.

REMARQUES HOMOPHOBES ET OMISSIONS
Aux États-Unis, la chaîne NBC Sports a été sous le feu des critiques après qu’un commentateur de beach-volley désigne l’épouse de la joueuse brésilienne Larissa França comme «son mari»: «Elle sert dans ses bras Lili. C’est son mari, elle a épousé Lili en 2013.»

Selon Outsports, cette chaîne n’est pas franchement exemplaire concernant les athlètes ouvertement homos, puisque lors du passage de Tom Daley durant l’épreuve de plongée synchronisée (où il a remporté le bronze avec son compatriote Dan Goodfellow) les commentateurs ont éludé ostensiblement la présence de son fiancé, le scénariste américain Dustin Lance Black, malgré un plan appuyé sur ce dernier dans les gradins. En 2008, une situation similaire s’était produite, quand le compagnon du plongeur australien Matthew Mitcham n’avait pas été mentionné alors que les épouses des autres sportifs présents l’avaient été.

INJONCTION À LA VIRILITÉ
Le titre d’un article du Daily Mail a aussi fait réagir: deux journalistes ont exhorté les Britanniques Jack Laugher et Chris Mears à cesser leurs démonstrations d’affection après leur victoire au plongeon synchronisé, jugées pas assez viriles: «On se calme les gars! Les plongeurs synchronisés britanniques se serrent dans leurs bras heureux d’avoir gagné la médaille d’or, tandis que les Chinois qui remportent le bronze s’en tiennent à une tape virile dans le dos.»

Cette injonction à se tenir «comme des hommes» et donc à ne pas laisser transparaitre leur émotion a été critiquée et perçue comme un relent d’homophobie. Dans le tweet ci-dessous, Ben Austwick écrit: «Une tape dans le dos, c’est virile, alors qu’un hug ne l’est pas, apparemment.»

Hors du contexte d’une compétition, Paul Hand, un commentateur de la BBC, a été sommé de présenter des excuses après avoir tenu une remarque dénigrante à l’antenne, laissant entendre qu’il serait problématique de voir deux hommes s’embrasser dans les tribunes.

OUTING AUX JEUX OLYMPIQUES
Enfin, impossible de faire l’impasse sur la polémique de ce début de Jeux Olympiques, suite à la publication d’un article du site d’informations The Daily Beast. Le journaliste Nico Hines y raconte comment il a, via l’application Grindr, été en contact avec plusieurs sportifs du Village Olympique. Une «enquête» douteuse écrite dans un discours exotisant sur la communauté gay par un journaliste qui ne manque pas de préciser qu’il est hétéro. Car même sans révéler les noms des hommes qu’il a rencontré, Nico Hines donne certaines informations permettant leur identification, notamment leur discipline ou leur pays d’origine, dont certains criminalisent l’homosexualité. Dénoncé par de nombreux/euses internautes, ainsi que par plusieurs athlètes ouvertement homos, l’article a été retiré et la rédaction du site a fait son mea culpa.

ET EN FRANCE?
Si dans les médias français, les journalistes n’ont pas franchi la ligne rouge jusqu’ici, l’homosexualité, le coming-out ou la présence du ou de la conjoint.e d’un.e athlète sont des éléments qui restent fréquemment éludés à l’antenne. Si les circonstances sont évidemment bien différentes, on retrouve la même frilosité médiatique que lors du traitement de l’attaque du Pulse à Orlando: une difficulté à qualifier les personnes et leurs identités, comme si cela dépassait le cadre de l’information.

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