Une vive polémique frappe les réseaux sociaux et les médias anglo-saxons depuis hier matin, suite à la publication sur le site d’informations américain The Daily Beast d’un article (désormais supprimé) dans lequel un journaliste envoyé pour couvrir les Jeux Olympiques de Rio révèle au grand jour l’homosexualité d’une dizaine de sportifs olympiques.

UNE ENQUÊTE DES PLUS DOUTEUSES
Tout commence jeudi matin, lorsque le site internet du Daily Beast publie un article au goût des plus douteux rédigé par Nico Hines. En effet, le journaliste, dans une enquête qu’il intitule «j’ai dégoté trois dates grindr en moins d’une heure au Village Olympique», se demande si un mec hétéro lambda comme lui («an Average Jo») peut se «joindre aux bacchanales» des athlètes LGBT participant à la 31e édition des Jeux Olympiques à Rio.

Il y décrit la méthode qu’il a utilisée: afin de «traquer» les sportifs gays alentours, il a commencé tout d’abord par télécharger plusieurs applications de rencontre en ligne, avant de se concentrer sur l’application Grindr — qu’il estime de loin la «plus efficace» pour des rencontres rapides — puis est ensuite parti se balader dans le Village Olympique pour dénicher les perles rares.

Nico Hines explique ensuite avoir été en contact très rapidement avec une dizaine d’athlètes. Même s’il ne les nomme pas directement dans l’article, les nombreux détails qu’ils utilisent dans la description de ces derniers (comme la taille, le poids, la nationalité ou bien encore la discipline) permettent à quiconque sachant se servir d’un moteur de recherche internet d’en retrouver la véritable identité.

UNE POLÉMIQUE IMMÉDIATE
Dès sa publication, l’article a suscité de nombreuses réactions scandalisées sur les réseaux sociaux à l’image des tweets publiés par les youtubers Tyler Oakley et Cole Ledfort. Alors que le premier souligne que «les personnes LGBT ont droit au respect» et «ne sont pas des animaux de zoo», Cole Ledfort fustige le journaliste qui «met en danger la vie» des personnes concernées:

En effet, certains des athlètes viennent de pays que le journaliste qualifie lui-même dans son article comme étant «connus pour leur homophobie.»

Des athlètes ouvertement gays ont aussi fait part de leur mécontentement. Le skieur américain Gus Wenworthy, médaillé d’argent aux JO d’hiver de Sotchi en 2014, a ainsi qualifié les méthodes de Nico Hines de «dégueulasses»:

Le nageur Amini Fonua, a de son côté rappelé que dans son propre pays, les îles Tonga, l’homosexualité est toujours illégal, et que «si [lui] était assez solide pour être lui-même face au reste du monde, ce n’est pas le cas pour tout le monde.»

L’article, qui a été tout d’abord modifié pour enlever toutes les descriptions des athlètes concernés, a été définitivement supprimé jeudi soir et remplacé par une note dans laquelle la rédaction du site indique «nous avions tort. Nous ferons mieux la prochaine fois.»

L’information, qui a été reprise en France ce matin sur France Inter par le journaliste Anthony Bellanger dans sa chronique «Les JO les plus gays de l’histoire», s’insère dans un contexte particulier. En effet, comme l’a indiqué Florian Bardou dans Libération, les Jeux Olympiques n’ont jamais accueilli autant d’athlètes ouvertement gays : 49. Soit deux fois plus qu’à Londres en 2012.

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