Le grand mufti d’Egypte est le garant de la bonne parole du Coran. Souvent consulté par des particuliers, comme par des organes politiques, il est la plus haute autorité religieuse, et sa parole est rarement contestée par les musulmans égyptiens.

Shawki Allam, l’actuel mufti d’Egypte, a donné une interview le 24 juillet dernier au journal allemand  Süddeutsche Zeitung. Un entretien dans lequel l’homme influent a condamné la tuerie d’Orlando et ajouté que « personne n’a le droit de de faire du mal aux homosexuel.le.s ou de se faire justice soi-même ».

Une telle déclaration pourrait avoir un impact sur l’opinion publique. Avec l’iman de la grande mosquée, Shawki Allam est celui qui dicte ce qui est moral ou non.

Cependant, du point de vue de l’homme religieux, si faire du mal à un homosexuel est à bannir, l’être l’est aussi. « Même si nous voyons l’homosexualité comme un péché religieux, ça ne donne à personne et en aucun cas, la liberté d’injurier », affirme-t-il.

AUCUNE LOI HOMOPHOBE MAIS UNE FORTE DISCRIMINATION AU QUOTIDIEN
Il n’existe aucune disposition homophobe dans la loi égyptienne. Pourtant, la répression policière envers les personnes LGBT est actuellement en hausse.

Sous couvert d’anonymat, un égyptien homosexuel a témoigné pour CNN : »Tu dois faire attention à tout ce que tu fais: tes vêtements, tes réactions en public. J’ai toujours peur de rencontrer un membre du gouvernement, et qu’il m’arrête comme les autres », explique-t-il.

Et il n’est pas le seul, de nombreuses personnes LGBT égyptiennes cachent encore leur homosexualité de peur d’être arrêtées ou agressées, dans ce pays ou 95% de la population n’accepte pas l’homosexualité, selon une étude du Pew Research Center.

Le rapport d’Human Rights Watch de 2016 n’est pas plus glorieux. Il révèle que « les autorités égyptiennes soumettaient systématiquement les homosexuels arrêtés pour « débauche » ou « insulte à la moralité publique » à des examens anaux forcés pour les torturer. »

Selon Egyptian Initiative for Personal Rights, au cours des dernières années, la police surveillait les sites et applications de rencontre gay, comme Grindr. Les forces de l’ordre auraient également créé des faux comptes pour piéger les homosexuels.

UN MUFTI MODÉRÉ FACE À CERTAINS IMANS RETROGRADE
Si les propos de Shawki Allam, connu pour ses propos modérés, peuvent susciter un espoir, on peut rappeler que d’autres autorités religieuses de l’Islam, à l’image de l’imam Sheikh Ahmad Al-Tayyeb, à la tête de la mosquée du Caire, ne sont pas du même avis.

Lors d’une interview accordée à une télévision locale, ce dernier a déclaré qu’«aucune société musulmane ne pourrait jamais considérer la liberté sexuelle, l’homosexualité comme des droit personnels. Les sociétés musulmanes les considèrent comme des malades qui doivent être combattus et traités ».