[Mise à jour, 19h30] Ajout de la réaction de l’association Hevi LGBT.

Après la tentative de putsch de la nuit du 15 au 16 juillet, Erdogan se venge en démantelant des pans entiers de la société, accusés de trahison. Les laïques et les Kurdes, qui avaient pourtant dénoncé la tentative de coup d’Etat par les partisans de l’imam Gülen (selon la thèse du pouvoir), sont aussi des cibles. Qu’en est-il des associations gays et lesbiennes et des droits des personnes LGBT?

Une grande incertitude règne en ce moment dans le pays. Yagg a contacté Hayriye Kara, juriste et chargée du pôle des réfugiés de KAOS GL, fondée en septembre 1994 en Turquie. « En ce moment, nous ne pouvons rien prévoir. Il y a déjà eu des milliers d’arrestations. Pour l’instant, les associations LGBT ne sont pas affectées. Mais comme je le dis, nous n’avons aucune idée de ce qui va se passer. »

 

« INCERTITUDE ET PEUR »
Une vidéo de Une vidéo de Fusion.net qui circule sur les réseaux sociaux donne la parole à des militant.e.s turques. L’un dux, Onur, d’Istambul, explique qu’il y a « beaucoup d’incertitude et de peur ». L’homosexualité n’est pas pénalisée en Turquie, mais ce que craignent les activistes, c’est que la montée en puissance des groupes islamistes ne rende la situation plus dure.

Dans la vidéo, Onur explique cependant que les coups d’état ne sont jamais une bonne chose pour les droits fondamentaux. Depuis l’arrivée d’Erdogan au pouvoir, ce dernier a semblé donner des gages aux conservateurs, mais tout en maintenant une façade gay friendly pour apparaître fréquentable aux yeux des Occidentaux.

« NOUS NE SOMMES PAS EN SECURITE »
Nous avons aussi reçu la réaction de Can, de l’association Hevi LGBT, qui s’était créée lors des événements du parc Gezi qui avait vu le réveil de la société civile. Selon lui, la situation est difficile. Une personne LGBT a été attaquée place Taksim, où les partisans d’Erdogan manifestent. Le gouvernement peut, en raison de l’état d’urgence, fermer les organisations de la société civile ou peut leur demander d’arrêter leurs activités. Nous avons temporairement fermé le bureau de Hevi parce que nous ne sommes pas en sécurité. Nous nous interrogeons sur la suite des événements. »
D’après le site indépendant Kedistant.net, une Turquie homophobe se réveille. Cette année, le 26 juin, la Gay Pride a été sévèrement réprimée à Istambul, alors que depuis des années, les manifestations se déroulaient presque normalement. Dans une enquête réalisée peu après l’attentat d’Orlando, le site a pu constater que ce massacre a réveillé les groupes nationalistes et religieux qui professent la haine. Certains groupes avaient appelé « tous les musulmans conscients à se rassembler pour ne pas permettre la gay pride du 26 juin dernier, ce « défilé de déviants sans honneur ».

« REGNER SANS PARTAGE »
Dans une tribune publiée sur Libération, Kendal Nezan, Président de l’Institut kurde de Paris, ne se fait guère d’illusion sur le futur de la Turquie. «Débarrassé de ses ennemis intérieurs, investi de super-pouvoirs présidentiels, le sultan Erdogan pourra enfin régner sans partage et se consacrer à sa «mission divine» de réislamisation de la Turquie et fermer ainsi la longue parenthèse laïque imposée par Atatürk.»
Dans une interview publiée sur le site de Marianne, l’universitaire et essayiste Nora Seni, professeur à l’Institut français de géopolitique, analyse l’attitude dErdogan. «Il a fabriqué le “eux” et le “nous”. Le “eux”, c’est la population laïque qui ne fonde pas son identité sur la religion. Le “nous”, c’est une identité revancharde dont le président a consolidé la personnalité musulmane. Dans les rues, en ce moment, il y a le “nous” pour qui Erdogan est à la fois un leader politique et un leader religieux, mythifié et sacralisé.»

Près de 20000 personnes, militaires, universitaires, journalistes, ont été arrêtés et/ou licenciés ces dernières semaines et la purge continue. S’arrêtera-t-elle aux portes des associations LGBT?