Scénariste pour le cinéma et surtout pour la télévision (Cœur de père), Pierre Pauquet est décédé dimanche 24 juillet, à Hyères, sa ville natale, à l’âge de 65 ans. Diplômé de la Faculté des Lettres d’Aix en Provence section cinéma, il obtient ensuite un diplôme de l’Institut National des Arts du Spectacle de Bruxelles, avec distinction.
Parmi la quarantaine de films à son actif, il retenait surtout Les Merisiers (écrit pour Annie Girardot) et Ni vue, ni connue (1997, avec Mireille Darc). Il a aussi écrit de nombreux épisodes de la série L’Instit, dont un épisode sur le sida (Aimer par cœur), en 1994, la période la plus sombre de l’épidémie en France. C’était une des premières fois que le sida était abordé dans une fiction télé.
Mais c’est en 2000 qu’il écrit l’un des scénarios dont il était le plus fier. Celui de Juste une question d’amour, le premier téléfilm traitant de l’amour homosexuel en prime time, sur France 2. Un succès critique et un succès d’audience, avec plus de 6 millions de téléspectateurs.

En janvier 2000, dans Têtu, il m’avait expliqué que le parcours du scénario avait été particulièrement délicat. À l’époque, confiait-il, «on pouvait montrer des gays, mais toujours dans des rôles destinés à faire rire. D’abord contre, puis plus récemment avec». Les scènes de baiser avaient aussi dû être négociées âprement: «J’avais écrit dans le scénario: « Ils s’embrassent ». Et la chaîne a demandé une certaine discrétion. Avec le réalisateur [Christian Faure], on était d’accord pour ne pas éluder le désir physique. […] Finalement, tel que le film a été tourné, il est diffusé. Il n’a subi aucune censure.»

ROMANTIQUE ET PÉDAGOGIQUE
La diffusion de ce téléfilm romantique et pédagogique (service public oblige), où l’on pouvait voir le comédien Cyrille Thouvenin, avait néanmoins suscité des réactions de pure homophobie. Dans Télé 7 Jours, le directeur de la rédaction de l’époque, Patrick Mahé, s’était fendu d’un éditorial particulièrement outrancier, en comparant «le côté choquant de ce téléfilm» à Seven, le film de David Fincher sur un serial killer, diffusé le même soir sur TF1. Télé 7 Jours, le magazine télé le plus lu de France, n’hésita d’ailleurs pas à accompagner l’annonce de Juste une question d’amour des mentions «érotique, choquant». Tout ça pour deux hommes qui s’aiment et qu’on voit s’embrasser à l’écran (ci-dessous, une bande-annonce pour une version anglaise)

MILITANT DE LA PREMIÈRE HEURE
Pierre avait également été un militant gay de la première heure avec le Fhar (Front homosexuel d’action révolutionnaire) à Aix en Provence, au début des années 70. Dans les années 2000, Pierre s’était tourné vers l’écriture, en publiant des sagas méridionales (La Bastide aux fleurs) et avait quitté Paris pour rejoindre sa ville natale. Il y animait ces dernières années des ateliers d’écriture de scénarios. Il avait également participé au Festival National du Film de Hyères.

Pierre était un ami, je devrais dire L’Ami, tant son amitié était intense et féconde. Je l’avais connu en 1983, lorsque jeune journaliste, j’ai effectué un CDD à FR3 Nancy, où il réalisait le journal télévisé. Nous étions devenus très proches. C’était un formidable conteur, amoureux de l’amour et de la vie. Fou d’opéra, de Demy, de Danielle Darrieux et de Barbara, il régalait aussi ses ami.e.s, réuni.e.s dans des grandes tablées autour de plats délicieux.

Nous présentons à son compagnon de (très) longue date, Marc, et à sa famille, toutes nos plus sincères condoléances.