Le Checkpoint-Paris relooké et avec des missions élargies. Le Spot, un nouveau lieu chic et accueillant à la lisière du Marais. À Paris, depuis cet été, l’offre de prévention et de soins pour les LGBT s’élargit grâce à ces deux lieux. Quelles sont les activités de chacun d’eux? Qui peut bénéficier de leurs services? Visite guidée et commentée.

Le Checkpoint, ouvert il y a plus de six ans avec comme objectif une offre de dépistage rapide du VIH destinée pour les gays et les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), a subi un relooking et une réorganisation des locaux. Certes, aujourd’hui, l’endroit, situé au cœur du Marais (38, rue Geoffroy L’Asnier), est plus cosy et plus accueillant. Des expos photos ou dessins d’artistes LGBT couvrent les murs et la salle d’attente est confortable.

salle d'attente checkpoint

La salle d’attente du Checkpoint-Paris

Mais ce qui ne se voit pas d’emblée, c’est que l’offre de services s’est élargie. Le Checkpoint est toujours un centre communautaire associatif médicalisé de lutte contre le VIH pour les personnes LGBT. C’est déjà là un changement de taille puisque désormais, les lesbiennes et les personnes trans se verront proposer des consultations gynéco, ce qui n’existait pas auparavant.

UNE OFFRE DE DÉPISTAGE ÉLARGIE
Ce n’est pas la seule nouveauté. Le Checkpoint est désormais un Cegidd (Centre Gratuit d’Information, de Dépistage et de Diagnostic pour les Infections sexuellement transmissibles) et est une antenne du groupe hospitalier Paris 10 (les hôpitaux de Saint Louis, Fernand Vidal et Lariboisière). L’offre de dépistage est plus complète. Il est toujours possible de venir pour un test rapide du VIH mais on peut aussi réaliser des dépistages des Infections sexuellement transmissibles (IST), grâce à cette machine (photo ci-dessous) qui permet d’obtenir un résultat immédiat, un Point Of Care Testing, comme il en existe désormais dans de nombreux pays. Nelly Reydellet, la directrice adjointe du Kiosque Infos sida toxicomanie (groupe SOS), avec qui nous effectuons la visite, n’est pas peu fière de cette acquisition. «Avec ce dispositif, nous pouvons immédiatement proposer un traitement à la personne qui aurait une IST. Nous avons ici les médicaments pour la première prise.»

Point of care testing POC dépistage IST chlamydae gono checkpointCette machine permet le dépistage immédiat
des Infections sexuellement transmissibles (chlamydia, gonoccoque)

Certaines Infections sexuellement transmissibles, comme les chlamydiae et le gonocoque (chaude pisse) peuvent être sous une forme dormante. On peut être infectée et ne pas le savoir. Au Checkpoint, le dépistage et le traitement permettent de casser la chaîne de contaminations.

Même chose pour le Traitement post exposition, qui peut être prescrit au Checkpoint, un lieu qui peut apparaître comme moins intimidant qu’un service d’urgences hospitalier.

UNE CONSULTATION GYNÉCO
Nelly Reydellet évoque aussi l’élargissement de l’offre de services avec quatre nouvelles consultations assurées par des spécialistes. Celle qui va permettre aussi aux lesbiennes et aux trans d’investir ce lieu est la consultation gynéco, «pour toutes les personnes qui ont un vagin, y compris les personnes trans avec un néo-vagin», précise-t-elle.

Une des salles de consultation du Checkpoint

Il y a également un suivi de la prise de contraceptifs. Pour les lesbiennes et les trans, cette consultation est un vrai plus. «Nous y tenions beaucoup compte tenu des difficultés d’accès aux soins pour les lesbiennes et les personnes trans. Quand on est une personne trans, ce n’est pas toujours facile, dans une salle d’attente, et il y a beaucoup de transphobie dans le milieu médical.»

Nelly REYDELLET kiosque infos sida toxicomanie checkpoint

Nelly Reydellet, directrice adjointe du Kiosque Infos sida toxicomanie

Le Checkpoint propose aussi désormais une consultation psy centrée sur l’addictologie, destinée en particulier aux gays pour les problématiques de chemsex (la prise de produits psychoactifs dans un contexte sexuel), une consultation de psychologue et la dernière avec un sexologue. A terme, le traitement préventif (PrEP) sera aussi proposé.

Toutes ces consultations nécessitent, à la différence de l’offre de dépistage, de prendre rendez-vous, en passant au Checkpoint ou par téléphone (0144780000). Le Checkpoint bénéficie principalement d’un financement par l’Agence régionale de santé et par la Caisse primaire d’assurance maladie (qui rembourse le test à 25 euros, soit moins que le coût réel du dépistage). Pour Nelly Reydellet désormais, le défi consiste à démontrer que ce type de centre communautaire de santé est pertinent. «Le gros challenge, c’est de démontrer dans les trois prochaines années qu’un centre communautaire, ça fonctionne, et une unité hospitalière, ça fonctionne.»

Non loin de Bastille, au 51 boulevard Beaumarchais, la vitrine ressemble à celle d’une boutique d’objets déco design. Mais le nom sur la devanture ne laisse pas de doute sur ce que l’on va y trouver: «LE SPOT SEXE & SANTÉ PAR AIDES». Le Spot que nous fait visiter Stephan Vernes, son responsable, est un tout nouveau lieu destiné aux gays et aux HSH. Situé dans un quartier à la lisière du Marais, il se veut accueillant. Stephan Vernhes explique qu’à la différence des lieux d’accueil habituels de Aides, Le Spot a privilégié un décor «comme à la maison», cosy, sans affiche.

Une grande pièce qui donne sur la rue permet aux visiteurs d’avoir un premier contact. À disposition, quelques brochures, des bonbons, et aussi des préservatifs SKIN sans latex.

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Le Spot, lieu design et cosy, «comme à la maison»

À la différence du Checkpoint, où l’offre de services est déjà définie et opérationnelle, Stephan Vernes est chargé de mettre en place la logistique du Spot et de réfléchir, avec les volontaires de Aides et les usagers, aux actions pertinentes à mettre en place, à court, moyen et long terme. Mais le public et le but visés sont précis: «Le Spot a pour but de s’adresser aux HSH et aux personnes trans, sur deux thématiques dans un premier temps, la PrEP et le chemsex».

NON JUGEMENT ET NON STIGMATISATION
D’ores et déjà, le dépistage rapide est disponible au Spot. Le résultat est immédiat et en cas de découverte de séropositivité, l’équipe propose un accompagnement, à la fois pour confirmer ce résultat avec un test de dépistage par prise de sang et aussi pour démarrer un traitement. Le 25 juin, une première réunion a eu lieu avec pour thème le chemsex. Aides est dans ce domaine dans une attitude de non jugement et de non stigmatisation. «L’idée c’est de faire de la réduction des risques, explique Stephan Vernhes, la réduction des risques sexuels et des risques à l’injection. A moyen et long terme, toute la panoplie de la prévention diversifiée sera proposée, avec une vision de santé globale.» Tout n’est pas sur place, Le Spot n’étant pas un lieu médicalisé, ni un Cegidd et les usagers peuvent être accompagnés vers des consultations plus spécifiques (addictologie, psy, etc.) en fonction de leurs besoins. La dimension communautaire du lieu est mise en avant: ne pas faire pour l’usager, mais avec lui et lui permettre de s’autonomiser afin qu’il ait toutes les infos, tous les outils pour prendre les décisions lui-même, des décisions qui vont lui correspondre et l’aider.

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Stephan Vernes, responsable du Spot

Aides a une grande liberté de manœuvre pour Le Spot dont les financements ont été assez innovants, avec l’intervention décisive du Fonds de dotation LINK et des fonds propres de l’association. Des demandes de subvention ont aussi été déposées. Le projet est ambitieux mais à la hauteur de la gravité de l’épidémie à Paris. «A Paris, où 52% des contaminations touchent les gays, nous voulons que les séronégatifs le restent. On va mettre tout en place pour que les HSH et les personnes trans puissent rester séronégatifs».

 

Détail qui a son importance, il existe aussi un Spot à Marseille, qui lui est un Cegidd, mais dont l’approche est similaire à celle de Paris. Aides envisagerait d’ouvrir d’autres lieux ailleurs en France.

 

spot aides paris

Le Spot a été aménagé pour ressembler à un intérieur design

Le Spot et le Checkpoint viennent s’ajouter au 190, le centre de santé sexuelle, lancé il y a quelques années par Sida Info Service et sauvé récemment par Aides. Le 190 est d’ailleurs (provisoirement) hébergé au Spot. Les responsables de ces trois lieux parisiens pour les LGBT souhaitent travailler en synergie. «Nous agissons beaucoup en collaboration, explique Nelly Reydellet. On a un peu le souhait de faire la même chose, parce que trois centres sur Paris, ce n’est pas vraiment de trop.» Stephan Vernhes, de son côté, pense à la complémentarité: «Nous voulons que le Spot soit un lieu complémentaire du Checkpoint, du 190, afin que des gays qui n’ont pas encore trouvé la réponse à leur questionnement, puisse venir parce que cet endroit leur correspond.»

Reste à savoir si la communauté gay, lesbienne, bie et trans va s’approprier ces lieux et en démontrer l’utilité. Le succès du Checkpoint ancienne formule –avec plus de 15000 gays différents vus en six ans– et l’expérience de Aides seraient plutôt de bonne augure.

Photos Christophe Martet