[Mise à jour, 16h30] Précision des conditions d’accès à la marche

Prés d’un mois après la festive pride de Tel Aviv (Lire notre reportage: Tel Aviv Pride, Fierté ou «pinkwashing»?), c’est au tour de la ville de Jérusalem de célébrer la diversité. Cependant, malgré l’heure de voiture qui sépare les deux principales villes de l’Etat d’Israël, l’ambiance ne sera pas tout à fait la même: Défilé sous haute surveillance, pression des juifs ultra-orthodoxes et hommage à Shira Banki assassinée l’an dernier lors de cette même pride, voilà ce qui attend les dizaines de milliers de participant.e.s attendus cette après-midi.

SE SOUVENIR DE SHIRA BANKI 
Cette année, la 15e édition de la marche des fiertés de la ville sainte se déroulera sous très haute surveillance. L’ombre de la tragédie de l’an passé plane évidemment sur cette nouvelle édition: un juif ultra orthodoxe avait poignardé plusieurs manifestants, faisant 6 blessé.e.s dont l’une n’a pas survécu, une jeune adolescente de 16 ans, Shira Banki.

Depuis, le meurtrier homophobe, Yishaï Shlissel, a été condamné à 61 ans de prison. Les mesures nécessaires ont été prises cette année pour que ce bain de sang ne se reproduise pas. Une centaine d’agents de sécurité seront présents le long du cortège, a affirmé le police ce matin.

Cependant, les militants marcheront dans un contexte tendu. «J’ai un peu peur. Cette année on sait que tout le monde sera sur ces gardes. J’ai en même temps de l’espoir et de la crainte, certains amis sont effrayés de venir marcher avec nous», raconte une militante dans un reportage diffusé ce matin sur France Inter. «À Jérusalem, la gay pride n’est pas une fête. C’est une manifestation contre ceux qui pensent que nous ne devrions pas être là» rajoute la jeune femme, une des témoins de l’assassinat de Shira Banki. Les organisateurs ne souhaitent pas que cette peur freine la lutte pour l’égalité des droits humains. «Ils demandent au public de participer et de prendre part à la plus grande assemblée pour des droits humains» annonce la Jérusalem Open House (JOH), association organisatrice de cette pride, à travers un communiqué de presse. Les conditions d’accès à la marche seront en outre drastiquement contrôlées. Les autorités auront la liste des participant.e.s qui souhaiteront être dans le cortège. Seuls quelques endroits précis du parcours permettront de quitter ou de rejoindre la marche.

Dimanche 17 juillet, le président israélien, Reuven Rivlin et sa femme ont accueilli la famille de Shira Banki et les représentants de la JOH au sein de la résidence présidentielle. «Shira a été assassinée au nom de la fierté de chaque homme et de chaque femme d’exprimer librement sa sexualité» a déclaré le président devant Ori et Mike, les parents de l’adolescente. «Le droit de chaque homme et chaque femme d’être qui ils sont, d’aimer ce que leur coeur désire, d’un amour qui peut s’exprimer ouvertement. Nous devons préserver la sécurité dans les espaces publics même s’il y a des désaccords, il doit y avoir du respect pour chacun. Nous devons faire la distinction entre le désaccord et les propos violents, blessants et destructeurs qui, parfois, incitent aussi la haine», a t-il ajouté, en faisant référence aux mesures de sécurité mises en place l’an dernier suite à l’attaque, vivement critiquées par les ultras-orthodoxes, influents dans la ville sainte.

«L’assassinat de Shira et l’attaque terroriste horrible d’Orlando montrent qu’il faut encore faire des efforts pour enseigner la tolérance, et qu’une grande lutte se trouve encore devant nous.» a conclut le président israélien.

LES ULTRA ORTHODOXES CONTRE LA MARCHE DES FIERTÉS
La communauté juive ultra-orthodoxe condamne cette année encore le déroulement de cette marche des fiertés. Pour beaucoup, l’homosexualité est encore une maladie, voire une perversion à combattre pour certains. Pour Tom Canning, à la tête de l’association organisatrice de la marche, l’opposition aux homosexuel.le.s est plus vive encore cette année: «On voit l’extrême-droite et les fondamentalistes religieux s’opposer plus frontalement à nous. Mais c’est parce qu’ils sentent que la société ne les suit pas. On reçoit beaucoup de menaces», a raconté le militant auprès de France Inter.

Pour ne pas heurter les ultra-orthodoxes juifs, le mairie de Jérusalem, Nir Barkat a annoncé qu’il ne participerait pas à la marche. Une démarche purement électorale dans la ville où les trois quarts de la population est religieuse.

Les dizaines de milliers de manifestant.e.s sont attendu.e.s dès 18h pour défiler au nom de la liberté et de l’égalité, et pour rendre un dernier hommage à Shira Banki. Les participant.e.s sont invité.e.s à déposer une fleur là où la jeune fille a été assassinée il y a un an. Un film sur elle sera diffusée en fin de marche, suivi d’un discours de ses parents, Ori et Mike, et d’une minute de silence.