Chaque tweet de Donald Trump a son histoire, fait couler beaucoup d’encre et entraine une vague de réactions. Encore une fois, le candidat républicain à la Maison Blanche a créé la surprise sur twitter en annonçant, enfin, ce jeudi 15 juillet, le nom de son colistier, celui qui sera vice-président des États-Unis d’Amérique si l’homme d’affaires remporte les élections présidentielles le 8 novembre prochain.

«Je suis heureux d’annoncer que j’ai choisi le gouverneur Mike Pence comme colistier pour la vice-présidence.»

L’heureux élu est donc le gouverneur de l’Indiana, le très controversé Mike Pence. Si ce nom ne vous dit rien, voici une piqûre de rappel.

LE CHOIX DE LA LIBERTÉ RELIGIEUSE ET LA DISCRIMINATION ANTI-LGBT EN TÊTE D’AFFICHE
Avant d’être gouverneur républicain de l’Indiana, le jeune Mike Pence grandit au sein d’une famille pro-démocrate, dans le Midwest et se destine à une carrière de présentateur radio. Il rejoindra ensuite les rangs des Républicains et siégera douze ans au Congrès (2001 – 2013). Il est élu gouverneur de l’État de l’Indiana en 2013.

Le quinquagénaire a su se faire remarquer outre Atlantique grâce à ces mesures rétrogrades. Très proche de la droite évangélique, il milite pour la suppression des subventions au planning familial, le Planned Parenthood, et, plus récemment, a fait voter l’une des lois anti-IVG la plus restrictive du pays. Elle interdit l’avortement dans le cas où le fœtus souffre d’une anomalie. Une réforme qui a même suscité l’indignation au sein des républicains.

Il s’est également opposé, en tant que membre du Congrès, au financement de traitements destinés aux personnes atteintes du VIH. En 2010, il s’est par ailleurs opposé à l’abrogation du «Don’t ask, don’t tell», loi mise en place par Bill Clinton, qui interdisait aux soldats LGBT de l’armée américaine de faire leur coming-out. Mike Pence a toujours été favorable à la politique militaire qui consiste à ne pas laisser les soldats ouvertement homos ou bi.e.s rejoindre les rangs de l’armée. En 2010, l’élu républicain a déclaré à CNN qu’il ne voulait pas que l’armée devienne «une toile de fond pour l’expérimentation sociale».

Mais il s’est surtout rendu célèbre après le passage l’an dernier d’une loi LGBTphobe dans son État. Elle permet à toute personne de refuser un service ou une prestation à une personne LGBT si elle considère que cela va à l’encontre de ses principes religieux. La loi offre ainsi une défense à un commerçant qui refuserait de servir des clients gays en raison de ses convictions religieuses, par exemple un fleuriste qui refuserait de travailler pour le mariage de deux femmes.

MIKE PENCE, LA CAUTION RELIGIEUSE DE TRUMP?
Cette loi réactionnaire, dans un État qui a pourtant ouvert le mariage aux personnes de même sexe depuis 2014, a causé la fuite de plusieurs entreprises vers d’autres États. Le tollé soulevé par cette loi a fait perdre à l’Indiana l’organisation de douze congrès importants, soit un manque à gagner estimé à 60 millions de dollars, selon Atlantico. La popularité de Mike Pence en est ressortie fragilisée, y compris chez les partisans de l’extrême droite, qui considèrent que la loi en vigueur ne va pas assez loin. Mais l’élu républicain reste un des politiciens les plus populaires auprès des chrétiens évangéliques. Les mêmes qui reprochent à Donald Trump, deux fois divorcé, coureur, propriétaire de casinos, qui écorche les noms de la Bible et ouvertement non religieux, de ne pas être assez proche de la chrétienté.

Mike Pence est donc l’élément qui prouve que, non, Donald Trump n’est pas le plus gay friendly des républicains, comme se demandent quelques médias américains. Il a choisi la tête d’affiche de la «liberté religieuse» et de la discrimination anti-gay.  Mais ce choix pourrait aussi se retourner contre lui. En nommant le gouverneur de l’Indiana colistier, le milliardaire se met à dos une frange des républicains: les «pro-business». Ces derniers, sont les moins restrictifs vis-à-vis des lois LGBT. Selon eux, la communauté homosexuelle est considérée comme importante pour la préservation d’une économie stable. A titre d’exemple, la loi homophobe de Mike Pence a fait perdre près de 250 millions de dollars au gouverneur, relaye Atlantico. De ce fait, quand des conservateurs ont proposé plus de 20 lois anti-LGBT durant la dernière session législative au Texas, les républicains pro-business ont fait bloc contre.

TRUMP, LA GIROUETTE DES QUESTIONS LGBT 
Avec Mike Pence à ses côtés, le magnat de l’immobilier se rapproche de la communauté chrétienne, mais s’éloigne encore plus de la communauté LGBT et des féministes. Ces dernières se tenaient déjà à l’écart de Trump, suite à ces nombreux propos misogynes.

Cette nomination donne de nouveaux indices sur son opinion à propos des questions LGBT. Trump s’est rarement exprimé à ce sujet, ne donnant que peu de détails sur ce qu’il ferait pour les droits des personnes LGBT, s’il s’installait dans le bureau ovale. Le candidat républicain tient tout de même à préserver une certaine ambiguïté pour draguer les électeurs homosexuel.le.s… et n’hésite pas à utiliser l’actualité pour faire des appels du pied à la communauté LGBT.

Le 14 juin dernier, il s’est carrément placé en sauveur de la communauté LGBT, meurtrie au lendemain des attentats d’Orlando:

«Merci à la communauté LGBT! Je vais me battre pour vous, pendant qu’Hillary [Clinton] fera venir de plus en plus de gens qui menaceront vos droits et vos convictions.»

Il récidive le lendemain, lors d’un meeting à Atlanta, où il accuse la candidate démocrate, Hillary Clinton, d’être financée par des pays hostiles à la communauté LGBT: «Demandez aux gays ce qu’ils pensent de ce qu’il se passe en Arabie saoudite ou dans bien d’autres pays, avec la communauté gay. Puis dites-moi qui est votre ami, Donald Trump ou Hillary Clinton?»

Il a même osé déclarer que la communauté LGBT était «en accord avec [ses] paroles»La réaction des principaux concernés ne s’est pas fait attendre sur Twitter, où Donald Trump est devenu la risée du réseau social avec le hastag #AskTheGay. («demandez aux gays»).

En février dernier, sur le plateau de Chris Wallace sur Fox News Sunday, Trump n’avait pas hésité à clairement critiquer le mariage pour tous, en médisant sur les méthodes de la Cour suprême: «Je n’aime pas la manière dont ils ont légiféré. Je ne suis pas d’accord avec la Cour suprême, car de mon point de vue la décision revient aux États. Ça devrait être une question de droit au niveau fédéré.» Et lorsque le présentateur lui a demandé s’il tentera de «nommer des juges pour annuler [leur] décision quant à l’union des personnes de même sexe ? », Trump a répondu: «Oui! Je considérerai fortement cette option».

J-111 AVANT LE RESULTAT DES ELECTIONS AMERICAINES
A l’image de la première interview Trump-Pence accordée hier, pendant la convention républicaine où, entre pique de Donald Trump, et auto-congratulation du milliardaire, Mike Pence n’avait pas vraiment l’air à sa place à ses côtés, ce nouveau duo, désormais sur le devant de la scène politique, nous réserve son plein de surprises pour cette dernière ligne droite vers la Maison Blanche. Pour le meilleur, mais surtout pour le pire.