En 2000, pour la première fois dans l’histoire de la lutte contre le sida, la conférence internationale, qui réunit des milliers de chercheurs/euses, médecins, expert.e.s et activistes, se tient dans un pays du Sud. À Durban, en Afrique du Sud, la question centrale est l’accès aux traitements pour tous et toutes. En 2000, seulement quelques dizaines de milliers de malades du Sud ont accès aux traitements, notamment en raison des prix des antirétroviraux, hors de portée de la plupart des pays pauvres, et de l’absence de volonté politique. En 2000, le sida tue des centaines de milliers de malades dans le Sud quand dans le Nord, les personnes vivant avec le VIH peuvent vivre grâce aux traitements.

La pression est forte, de la part des activistes, qui manifestent pour réclamer cet accès aux traitements.

Lors de la cérémonie de clôture, qui n’a jamais vue autant de participant.e.s, c’est Nelson Mandela qui exhorte le monde à lutter plus efficacement contre le sida. Le héros de la lutte anti-apartheid, Président de l’Afrique du Sud de 1994 à 1999, a cédé la place à un gouvernement qui refuse de fournir les antirétroviraux aux malades sud-africains en expliquant que le VIH n’est pas la cause du sida et que les traitements ne font qu’aggraver le problème. Dans son discours, il s’adresse tout autant au monde qu’aux dirigeants de son pays.»

Extraits de son discours:

«Nous devons dépasser nos différences et joindre nos efforts pour sauver nos peuples. L’histoire nous jugera sévèrement si nous échouons à le faire maintenant et tout de suite. […] Plus tôt cette semaine, nous avons été choqués d’apprendre qu’en Afrique du Sud un jeune sur deux, soit la moitié de nos jeunes, vont mourir du sida. La chose la plus effrayante est que toutes ces infections, que les statistiques nous montrent, et la souffrance humaine qui en résulte, auraient pu, peuvent être évitées. […]

Les citoyens ordinaires du continent et du monde —et en particulier les pauvres qui sur notre continent portent un fardeau disproportionné de ce fléau – diraient, si quelqu’un se souciait de leur demander leur avis, qu’ils souhaitent que le différend au sujet de la primauté de la politique ou de la science soit mis en veilleuse et que nous répondions aux besoins et aux préoccupations de ceux qui souffrent et meurent.[…] Par conséquent, il doit y avoir un partenariat entre les entreprises et la communauté sans quoi cette bataille ne sera pas gagnée et aussi d’utiliser les compétences, l’expérience, la recherche qui ont été menées partout dans le monde afin d’éclairer notre peuple que la façon d’aborder cette tragédie.»

Les mots de Nelson Mandela n’auront pas été prononcés en vain. Le gouvernement d’Afrique du Sud se décide enfin à mettre l’idéologie de côté et prend l’épidémie à bras-le-corps. Dans le monde, l’accès aux génériques des antirétroviraux montre que la riposte est possible.

En 2002, le Fonds Mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme est créé. Avec d’autres initiatives, il aura permis, à coups de milliards de dollars, de sauver des millions de vie. Aujourd’hui, 17 millions de personnes atteintes par le VIH reçoivent un traitement et la mortalité diminue.

Mais il ne faudrait pas relâcher les efforts, prévient aujourd’hui Michel Sidibé, directeur de l’Onusida dans un entretien à Libération le jour de l’ouverture de la conférence internationale de Durban. «Nous sommes à un moment critique, explique-t-il. Soit on gagne, soit on perd. Nous avons aujourd’hui tous les éléments pour contrôler l’épidémie, et si on ne les saisit pas, tout peut redémarrer, voire en plus grave encore. Car s’il y a des éléments extrêmement positifs comme l’accès aux traitements, d’autres comme le maintien d’un niveau élevé de contamination chez les adultes depuis quelques années, nous indiquent que rien n’est définitif.» La France, deuxième contributeur au Fonds Mondial, est dans le radar des associations qui critiquent son manque de leadership sur la question du sida.

Ce matin, le cabinet de la ministre de la Santé, Marisol Touraine nous a annoncé qu’à son grand regret, compte tenu des circonstances suite à l’attentat de Nice, elle ne pourrait pas se rendre comme cela était prévu en Afrique du Sud.