Sur les réseaux sociaux, certain.e.s se sont étonné.e.s que nous traitions les attentats de Nice sur Yagg. Quelques raisons:

– Notre ligne éditoriale peut se résumer ainsi: « Tout l’actu LGBT, un regard LGBT sur l’actu ». Nous ne sommes pas sortis de ce cadre. Lorsque nous couvrons les élections législatives ou présidentielle, nous le faisons avec notre regard, avec nos angles (et nos moyens, soit dit en passant). C’est ce que nous avons fait à Nice.

– L’attentat de Nice a touché des personnes dont Yagg parle régulièrement. Je pense aux responsables associatifs, notamment. Il nous semblait naturel de prendre de leurs nouvelles. Erwann le Hô a accepté de témoigner. D’autres, trop choqués, ont préféré ne pas le faire. Yagg est le média de la communauté LGBT. Lorsqu’un événement touche la communauté quelque part, c’est notre travail de donner la parole à celles et ceux qui la composent.

– Pour celles et ceux qui ne voient aucun rapport entre l’attentat et notre ligne éditoriale: Le soir des événements, l’association Aglae tenait un Bal des fiertés. La Pink Parade (la marche des fiertés locale) est censée se tenir une semaine après les événements. Deux jours après les attentats, deux marches des fiertés devaient avoir lieu, l’une à Marseille, l’autre à Montpellier. Elles ont été annulées. Le rapport semble-t-il plus évident?

– J’ai lu: « pourquoi parler de personnes LGBT alors que nous sommes humains avant tout? ». J’avais lu exactement la même chose à propos de la Paris Black Pride: « pourquoi faire une Black Pride, alors que nous sommes humains? ». Si l’on suite cette logique dire de quelqu’un qu’il est gay, qu’elle est lesbienne, qu’il/elle est noir.e revient nier son humanité. Nous pensons exactement le contraire. Alors que cet argument se veut généreux, universaliste, il est au fond homophobe ou raciste. Nier les spécificités d’une personne au motif que nous sommes tou.te.s les mêmes, c’est justement ça la déshumanisation.

– Dernier argument enfin. Quatre vingt quatre personnes sont mortes, 18 se trouvent dans un état grave, 200 blessées, des dizaines de milliers en état de choc – des amis personnels, parfois. Lorsque nous arrivons au bureau le matin, l’attentat a eu lieu moins de 12 heures auparavant. De quoi d’autre allions-nous parler? Si celles et ceux qui critiquent notre choix auraient pu prendre la plume comme si de rien était, tant mieux pour elles et pour eux. Nous n’avons pas pu. Si cela doit nous être reproché, nous l’assumons.