Sommaire

Beyond the lipstick de Muriel Douru
Alice au pays du réel d’Isabel Franc et Susanna Martin
Mauvais genre de Sébastien Lifshitz
La Veuve Basquiat de Jennifer Clément
La planète Nemausa de Christian Giudicelli
L’étrange Jean de Bonnefon Christian Gury
The Queen Christine d’Eloïse Bouton
Sex and the series d’Iris Brey
Femmes d’homosexuels célèbres de Michel Larivière

beyond the lipstick muriel douruBeyond the lipstick – Chroniques d’un coming-out, Muriel Douru, Marabout, 114 pages, 14,90€. Beyond the lipstick est l’autobiographie de la dessinatrice Muriel Douru. «Qui t’es pour raconter ta vie?», demande-t-elle en ouverture du livre. La réponse se trouve à la page suivante: «femme, maman, blogueuse, fashion designer, coquette, engagée, végétarienne, écolo, parisienne, féministe, lesbienne»… Il y a donc de la matière. Le rouge à lèvres du titre fait référence à la vieille classification des lesbiennes qui distingue d’un côté les butchs – plutôt «masculines», et les lipstick, plutôt «féminines». La dessinatrice appartient à la deuxième catégorie. Celui lui permet d’évoquer tout au long de son livre les préjugés et les clichés attachés aux homos et aux lesbiennes en particulier. Elle revient également la période du mariage pour tous et surtout son projet d’enfant, qu’elle a concrétisé grâce à une PMA en Hollande. Ce sont ces pages-là les plus émouvantes, portées par le joli trait de l’auteure. La vie finalement d’une lesbienne comme une autre, le talent de dessinatrice et de conteuse en plus. Xavier Héraud

beyond the lipstick - extrait

Extrait de Beyond the lipstick

 

alice au pays du reelAlice au pays du réel, Isabel Franc et Susanna Martin, Vertige Graphic, 142 p., 18€. Alice a une vie trépidante, jonglant avec son job (prenant) de journaliste, deux exes (toujours dans les parages) et un gros chat capricieux répondant au doux nom de Farinelli. Quand son médecin lui annonce un cancer du sein, elle est non seulement contrainte de mettre le holà à ce rythme effréné… mais de remettre en question sa vie et ses aspirations. Alice au pays du réel aborde les traitements, les médecins, les doutes, la peur… mais aussi l’après, quand il est temps de réapprendre à accepter et à aimer son corps, un corps qui porte les traces du combat contre la maladie. Comment retrouver l’assurance et l’envie de plaire, de désirer et d’être désirée? Avec sensibilité, Isabel Franc et Susanna Martin parviennent à jongler avec l’humour et et l’amertume, en traitant un sujet difficile avec un trait réjouissant qui n’est pas sans rappeler la patte de Paige Braddock avec Le Monde de Jane. Maëlle Le Corre

alice au pays du reel - extrait

Extrait de Alice au pays du réel

 

mauvais genreMauvais Genre, Sébastien Lifshitz, Textuel, 240 p., 45€ Comme il le rappelait lui-même lors de notre rencontre avec lui à la librairie Violette & Co, Sébastien Lifshitz est un inlassable collectionneur de photos. Son choix se porte sur les clichés plutôt anciens d’hommes et de femmes à la marge de la société soit parce que leur orientation sexuelle n’est pas majoritaire, soit parce que leur identité ou même leur apparence n’est pas conforme à leur sexe de naissance. Du premier cas de figure, le cinéaste avait tiré un recueil nommé Les Invisibles (publié après le documentaire du même nom). Du second, voici Mauvais Genre. Dans ce dernier, on retrouve des photos qui s’étalent sur un siècle entre 1880 et les années 1980. Des hommes et des femmes qui «troublent le genre», pour reprendre le titre d’un livre de Judith Butler. D’elles et d’eux on ne sait généralement pas toujours grand chose. Posaient-ils/elles juste pour s’amuser? Etait-ce une démarche plus sérieuse, permettant de posséder une «preuve» du genre véritable qu’ils/elles ne peuvent assumer dans la vie de tous les jours? Quelque chose entre les deux? Les textes d’introduction de Christine Bard et Isabelle Bonnet permettent de comprendre ce qui se cache derrière ces visages, ces vêtements. On reste souvent ébahis devant la beauté de beaucoup des clichés présentés, qui laissent transparaître tantôt de la gravité, tantôt de la joie, avec toujours cependant une dignité que les années passées n’altèrent pas. XH

 

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16) La Veuve Basquiat, Jennifer Clement, Christian Bourgeois, 202 p., 14€. On savait que le premier artiste peintre noir à devenir mondialement connu, Jean-Michel Basquiat, pour ses graffes puis ses peintures vite devenues hors de prix, avait eu une aventure avec Madonna, quelque temps avant sa mort par overdose, en 1988. Qu’il avait eu un monceau d’aventures féminines aussi. L’ouvrage de Jennifer Clement, poète et romancière, confirme qu’il a également «dragué des garçons au Mudd bar et disparaissait pendant des jours.» ; «Sexualité polychrome : attiré par des gens pour toutes sortes de raisons . Des garçons, des filles , minces, gros, jolis, laids. Il était attiré par l’intelligence et par la douleur». Celle qu’on découvre – et qu’on quittera à regret – c’est Suzanne Mallouk, la seule qui, jusqu’à la mort de Basquiat à 27 ans, parviendra à vivre avec ou sans lui dans ce qui paraitra souvent comme un hallucinant enfer, de drogue et de création mêlés… Livre à deux voix, celle de l’auteure, une amie de Suzanne à partir des années 80, en donne par bribes des éléments biographiques, telle une enfance ponctuée d’agressions verbales et physiques du père et de la «queue de cheval magique» de la mère… Et celle de Suzanne, en italique, permet de découvrir un tant soit peu le quotidien de l’invivable, insaisissable et poignant «Michel». A l’image de son auteure et de son… «héroïne», un livre riche, modeste et bouleversant. Eric Garnier (en partenariat avec Homomicro)

 

la planete nemausaLa planète Nemausa, Christian Giudicelli, Gallimard, 202 p., 17,90€. Construit sur le modèle des Passants (2007), ce volume tant attendu déploie la même saveur narrative, la même humanité sans concessions, et distille un doux et parfois douloureux parfum de nostalgie positive… L’auteur, homosexuel – qui a connu quelques aventures féminines – nous offre, en partage, des portraits de personnes qui, parmi une foultitude d’êtres rencontrés (vedettes ou, surtout, anonymes), ont à des degrés divers et -pour un éventail de raisons, laissé dans sa mémoire une trace indélébile… La réussite de l’auteur ne tient pas seulement à mettre en scène quelques amants attachants (on pense à Djamel de Tabarka ou Lito le Philippin), mais aussi à nous inviter à faire quelques pas, qu’on ne regrette jamais, aux côtés d’inconnu.e.s que Giudicelli, pas toujours à son avantage, rendrait presque indispensablesEG

 

couvertureJeandebonnefonL’étrange Jean de Bonnefon ou Le Journalisme à l’estomac, Christian Gury, ErosOnyx, 107p., 12,50€. Mort il y aura sous peu un siècle, l’ex-maire de Calvinet dans le Cantal fut surtout une figure parisienne au carrefour des XIXe et XXe siècles. Un dandy, «rôdeur de Sodome» de cent quarante kilos et dont le… poids dans la presse et le milieu mondain parisien sont l’un des intérêts du livre. L’autre est de redonner vie à ce nobliau haut en couleurs et contradictoire, («catholique anticlérical», se définissait-il ), auquel on ne peut jamais totalement se fier… Cernée par de multiples témoignages (dont celui de son dernier secrétaire Robert Desnos!), sa personnalité complexe enchante un lecteur qui, délicieusement, n’arrivera jamais à se faire une idée exacte du bonhomme: une gourmandise! EG

 

sex-and-the-series-001Sex and the Series, Iris Brey, Soap Editions, 238 p., 18,90€. Avec Sex and the Series, Iris Brey a voulu comprendre l’évolution de la représentation des femmes et de leur sexualité dans les séries télé. Difficile de faire l’impasse donc sur l’évolution des lesbiennes, des bies et des femmes trans dans les productions américaines, qui en dix ans a fait un bond spectaculaire. Du couple Willow/Tara dans Buffy (leur premier baiser est diffusé en 2001) à Orange Is The New Black en passant par la série culte The L Word, elle dresse un panorama assez complet de la façon dont les minorités ont pu être représentées. Elle aborde avec précision la visibilité des femmes bisexuelles grâce à la showrunneuse Shonda Rhimes (Callie Torres dans Grey’s Anatomy, Annalise Keating dans How To Get Away With Murder), ainsi que la représentation des personnes trans avec entre autres la série de Jill Soloway Transparent. Au-delà de la visibilité LGBT, Iris Brey décortique aussi d’autres thématiques liées à la violence et aux violences sexuelles, ainsi qu’au racisme. Une analyse féministe bien ficelée du phénomène culturel incontournable que sont devenues les séries télé. MLC

 

the queen christineThe Queen Christine, Eloïse Bouton, Editions du moment, 160p., 14,50€. Chaque nouveau phénomène musical fait l’objet de livres plus ou moins bien documentés sur la nouvelle idole des jeunes du moment. Christine and the Queens n’a pas échappé à la règle… sauf que c’est la journaliste et militante Eloïse Bouton qui est aux commandes de The Queen Christine, et qui propose une analyse de l’ascension d’Héloïse Letissier. S’appuyant à la fois sur des interviews, des témoignages de fans, et une connaissance pointue du milieu musical français, Eloïse Bouton analyse à travers plusieurs perspectives ce phénomène pop totalement inédit en France à plus d’un titre, notamment son statut d’icône queer et féministe, son coming-out, sa relation de couple avec la comédienne Océanerosemarie, ses prises de position sur des sujets de société ou encore son rapport bien particulier aux réseaux sociaux. Que l’on aime ou pas le personnage de Christine and the Queens, la lecture de The Queen Christine ne manque pas d’intérêt car elle dépasse habilement le rang de biographie écrite à la gloire de la chanteuse pour présenter un point de vue critique de l’évolution de l’artiste, de ses débuts timides et confidentiels à sa tournée menée tambour battant, d’abord en France puis à la conquête des Etats-Unis. Un livre impertinent qui tend à révéler les rouages de la machine Christine… et qui n’a d’ailleurs pas été du goût de tou.t.es les fans. MLC

 

femmes dhomosexuels celebres lariviere michel la musardineFemmes d’homosexuels célèbres, Michel Larivière, La Musardine, 142p., 18€.  Michel Larivière poursuit ses stimulantes recherches sur l’homosexualité, entreprises dès 1982 et qui permettent de jeter un regard neuf sur l’Histoire. En 2014, nous avions beaucoup apprécié ses Amours masculines de nos grands hommes (La Musardine). Aujourd’hui, il nous propose 16 courts – mais très informés – portraits de ces femmes qui, parfois sans le savoir, ont épousé un homo ou un bisexuel. Le livre commence avec l’histoire peu banale de Bérengère de Navarre, épouse de Richard Cœur de Lion, dont le coeur penchait aussi pour les garçons. «Richard alors duc d’Aquitaine [.] demeura auprès de Philippe roi de France, qui l’a tant honoré si longtemps, qu’ils ne se séparaient jamais, prenaient chaque jour leur repas à la même table, se servaient dans la même assiette et couchaient dans le même lit». C’est peu dire que de son mariage, Bérengère n’a pas obtenu grand chose de son mari et que son destin en fut tragique. D’autres hommes ont cédé aux sirènes du mariage. C’est le cas du romancier allemand Johann Von Goethe, bisexuel assumé –et franchement misogyne– quand il confie: «C’est vrai que j’ai aussi fait l’amour avec des garçons, mais je leur préférais les filles, car quand elles me lassaient en tant que fille, je pouvais encore m’en servir [sic] en tant que garçon.» Sa maîtresse, Christiane Vulpius, de vingt ans sa cadette, l’a séduite par «sa grâce équivoque, hermaphrodite», explique Larivière, et ses talents de cordon bleu ont achevé de convaincre Goethe de l’épouser. Plus près de nous, l’auteur propose une toute autre version des raisons qui ont poussé Edouard, duc de Windsor, a renoncé au trône du Royaume-Uni. La version officielle et romantique – le duc a abdiqué pour le grand amour que lui portait Wallis Simpson, une riche Américaine divorcée –, est battue en brèche par Larivière. «L’opinion publique […] continue d’ignorer qu’elle ne l’a jamais aimé, que l’ambition d’une vie luxueuse était sa seule motivation et qu’elle a réussi à séduire un homosexuel refoulé en lui procurant enfin les plaisirs qu’il souhaitait.» Le livre fourmille d’autres révélations choc qui éclairent d’un jour nouveau l’histoire de ces hommes et de ces femmes ayant formé des couples souvent improbables mais qui parfois aussi, se sont tant aimés. Christophe Martet