Pour le moment, Ahmed Ben Amor semble tiré d’affaire. Le jeune homme de 20 ans, vice-président de l’association LGBT tunisienne Shams, a tenté de mettre fin à ses jours samedi 9 juillet, en ingérant une forte dose de médicaments. Shams lutte pour les droits des personnes LGBT dans le pays, notamment en luttant pour l’abrogation de l’article 230 du code pénal tunisien, qui punit les relations homosexuelles. Contacté par Yagg, Yadh Krendel, président de Shams France a expliqué les raisons de la tentative de suicide de Ahmed Ben Amor:

«Il y a plusieurs causes, parmi lesquels les lynchages, les harcèlements mais aussi les pressions exercées sur lui. Par exemple, il se fait suivre dans la rue, il reçoit des menaces de mort et une voiture a déjà failli le renverser. Depuis qu’il est passé à la télé, il est reconnaissable et donc une cible.»

«UN JEUNE SI BRILLANT»
Après quelques heures de coma, Ahmed Ben Amor va mieux. « Il est réveillé et a pu s’alimenter », informe Shams dans un communiqué posté en début d’après-midi aujourd’hui. L’association pose la question suivante: «Comment un jeune si brillant a-t-il pu être exclu de tous ses repères de vie? Sa famille d’abord, son lycée, ses amis… Au seul prétexte qu’il avait choisi de dire qu’il est gay.»

Peu après, c’est Ahmed Ben Amor en personne qui a donné de ses nouvelles via Facebook, avec un message à la tonalité assez négative : «Je m’excuse de lâcher tout derrière moi et partir vers la seule vérité… je ne pouvais pas laisser tomber la cause, je ne pouvais pas subir des sales menaces, les lynchages et campagnes systématiques, la mort vaut beaucoup mieux que le déni.»

Lorsque la nouvelle de sa tentative de suicide a été connue, le vice-président de Shams Tunisie a reçu de nombreux soutiens via les réseaux sociaux… ainsi que de nombreux messages haineux Cela a poussé Hamed Sinno chanteur ouvertement gay du groupe libanais Mashrou’ Leila à prendre sa défense via sa page facebook:  » En moins de 24 heures à l’hôpital, de nombreuses personnes sur les réseaux sociaux l’ont condamné et lui ont souhaité une mort méritée. «Si vous croyez en dieu (ou en des dieux), priez pour son rétablissement, et arrêtez d’utiliser ce(s) dieu(x) pour justifier le fait que nous sommes la cible perpétuelle de la haine régressive de nos communautés. »

«Malgré les faits, nous sommes toujours déterminés à continuer le combat», insite Yadh Krendel, qui accuse les autorités tunisiennes de «ne rien avoir à foutre» de ce qui se passe dans le pays. Dans un sondage effectué par Gallup et consultable sur Yagg, seulement 4% des habitants de la Tunisie estimaient que c’est un pays « où il fait bon vivre pour les homos ».

Pour Shams, le gouvernement en place est en grande partie responsable de cette situation:

«Shams-Tunisie est encore abasourdie par l’incroyable double-jeu des pouvoirs publics tunisiens qui brandissent la beauté de la démocratie naissante à l’international et qui menacent, traquent, bafouent les droits de l’homme les plus élémentaires sur son sol et dans ses frontières.»

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