Yagg est partenaire de la compagnie Les Hommes perdus pour sa seconde création, Consumérisme, dont nous suivons les étapes de construction.

L’auteur et fondateur de la compagnie, Guillaume Antoniolli, avait déjà créé En attendant Lagarce, sur des textes de l’auteur de Juste la fin du monde, mêlés aux textes d’Antioniolli. Pour Consumérisme, ce dernier a ajouté à ses propres textes des extraits piochés dans l’oeuvre de l’hispano-argentin Rodrigo García, dont le théâtre (publié aux Solitaires Intempestifs) est engagé, parfois même pamphlétaire, avec un thème prédominant, notre rapport à la nourriture. Ce n’est donc pas pour rien que la pièce Consumérisme, dont une présentation de chantier a été présentée en juin, sur la péniche Marcounet, à Paris, s’ouvre sur une vidéo où l’on voit des poulets en batterie, des abattoirs et des hommes et des femmes ingurgitant des hamburgers toujours plus imposants. La troupe, ce sont huit jeunes interprètes remarquablement choisis et qui arrivent chacun.e à imposer sa personnalité dans cette lecture survitaminée. Le public a pu découvrir une heure de spectacle, la pièce va durer, une fois montée, trois heures. Une heure qui donne envie d’en voir plus. Guillaume nous a accordé une interview après cette représentation.
Comment jugez-vous cette première présentation de Consumérisme? J’avais trois objectifs en tête pour cette première lecture partielle de Consumérisme : faire connaître Les Hommes perdus, montrer la qualité des comédiens et comédiennes qui compose notre jeune compagnie, susciter l’intérêt critique voire l’engouement et la stupeur des spectateurs.trices sur place et en direct via Facebook quant au contenu des textes joués, des fragments déboussolants de la pièce et amener cette pièce in fine à être jouée dans son entièreté dans un théâtre encourageant l’innovation, l’éclectisme de la pensée et le questionnement politique contemporain. Je pense que cette lecture a laissé déjà des traces.

consumerisme antoniolli

L’affiche de Consumérisme

 

Vous avez présenté une heure environ sur un spectacle qui va durer trois heures. Comment comptez-vous maintenir la tension et l’énergie, palpables durant cette présentation? Le principe est évidemment d’encourager l’interrogation sur soi et sur les autres, nos contemporains et essentiellement sur notre devenir en tant que mammifère, certes le plus évolué dans la chaîne animale, mais qui demeure, sur sa propre existence, sur le fil du rasoir. Je revendique à travers cette pièce l’horreur du chemin qui mène à notre exploitation humaine les uns envers les autres. Aux morsures irréparables que nous faisons endurer à notre écosystème planétaire et qui enclenche un processus mortifère. Ce pillage irréversible est basé sur une conception économique et politique d’exploitation. Le court terme. Le profit carnassier prospère sur l’absence ou l’oubli collectif des peuples de leur mémoire. C’est excitant de montrer et de voir sur scène ces moments d’une perversion assumée de ma représentation de l’Homme. L’excitation de notre existence déjà en sursis produit du plaisir. Et le plaisir est un des moteurs de l’attention. Pour moi, être grossier et violent dans le théâtre est une attitude pleine d’espoir, une attitude de combat. Je tiens à remercier tout particulièrement mon assistante, Maëlle Salomon, qui travaille à mes côtés. Elle est comme un ange gardien qui n’hésite pas à me crier dessus quand je vais trop loin dans la mise en scène.

consumerisme2

Guillaume Antoniolli et Maëlle Salomon

 

Comment s’est passé le casting qui est particulièrement réussi? Le casting s’est fait sur deux tours. Une sensation; un pari aussi sur les dynamiques qui peuvent être à l’œuvre une fois ces différentes personnes réunies dans une compagnie. Cette première lecture a démontré la solidité, les imbrications individuelles au sein de la troupe et a produit comme vous le soulignez une vraie réussite… C’est la magie du théâtre, bien sûr et des interactions humaines entre comédien.ne.s sur des textes que j’estime profonds, rudes, drôles, crus, soutenus par quelques textes de Rodrigo García.

consumersime4

La troupe de Consumérisme, de g. à d.:  Benjamin Lhommas, Roch Debache, Clément Lagouarde, Camille Bletsas, Camille Giry, Guillaume Antoniolli, Matthias Levevre, Fanny Lucet, Valentina Vandelli

Comment avez-vous choisi le musicien qui a créé la « bande-son », qui joue un rôle important dans votre spectacle?
 Julian Julien m’a contacté par mail, il a entendu dire ou vu quelque part que je montais un nouveau spectacle et il m’a envoyé ses musiques en me disant qui serait intéressé pour travailler sur ce spectacle. Julian Julien est un artiste, un compositeur de haut niveau, qui ose manier et triturer la musique comme je triture le théâtre. Nous avons commencé à travailler en studio. Nous avons eu un long travail d’échanges basés sur ma conception de l’écriture et comment il pouvait répondre à cette conception à travers sa musique; le résultat est phénoménal, car Julian Julien est un artiste ancré dans la vie.

Quelles sont maintenant les prochaines étapes de création?
La prochaine étape est de faire produire et de jouer la pièce telle que je l’ai écrite et telle que les comédiens et comédiennes sont prêt.e.s à la jouer, d’une manière organique. Totalement organique et donc si humaine. Le pari de cette pièce est le pari de sa propre existence et donc le pari du renouveau du théâtre français aujourd’hui. Depuis la lecture du 20 juin, nous sommes sur la mise au monde de Consumérisme entre déchirements, saignements et bonheur de la vie devant soi. La pièce sera montée et produite à l’automne 2016.