Depuis 40 ans, le metteur en scène flamand Ivo Van Hove enflamme les scènes du monde entier avec ses créations souvent saluées et maintes fois récompensées. L’an dernier, Broadway avait fait appel à lui pour monter le dernier spectacle de David Bowie, la pièce musicale Lazarus, en 2015. A Avignon, c’est avec la troupe (dont Guillaume Gallienne et Denis Podalydès) de la Comédie Française , la plus vieille compagnie théâtrale au monde, qu’il présente Les Damnés, d’après le film crépusculaire du réalisateur italien Luchino Visconti, sorti sur les écrans en 1969. Cette fresque sur la montée du nazisme et l’attitude d’une famille de riches industriels allemands avait fait scandale à l’époque, tant sa description des perversions et des compromissions étalait au grand jour le passé sombre de l’Allemagne. Une scène d’orgie homoérotique avant la nuit des Longs Couteaux, Helmut Berger travesti en Marlène Dietrich font aussi des Damnés un film qui a marqué des cinéastes gays, au premier rang desquels Fassbinder.

Dans un long entretien à Télérama du 29 juin, le metteur en scène explique pourquoi cette œuvre fait écho aux événements actuels, entre montée de l’extrême-droite en Europe et ravages du fanatisme religieux. Mais il parle aussi beaucoup de sa vie personnelle, marquée par son homosexualité. Il confie à la journaliste Fabienne Pascaud pourquoi Bowie a tant compté dans sa vie: «J’étais son fan absolu depuis le premier concert auquel j’ai assisté. Pour sa musique d’abord; pour la liberté d’être qu’il nous a offerte, aussi. Surtout aux homosexuels, dont je suis. Je me souviens qu’il avait embrassé sur la bouche, lors du concert, un de ses musiciens; j’avais 17 ans. Bowie rendait possible l’amour homosexuel, et beau, et sexy.»

Ivo Van Hove explique qu’il a su qu’il aimait les garçons dès l’âge de 11 ans et que cela n’a jamais été difficile pour lui. Il raconte que pour ses parents, en revanche, «ça a d’abord été un drame». Van Hove vit depuis 36 ans avec son scénographe, Jan Versweyveld et leur relation tient grâce au théâtre, explique-t-il. «On s’est connus à 20 ans. Jan sortait d’une école d’arts plastiques. Nous avons collaboré dès mon premier spectacle. Faire du théâtre ensemble a sauvé notre relation et en même temps, c’est de plus en plus difficile. On exige toujours mieux de l’autre. On redoute la routine. […] Nous avons peu de vie en dehors du théâtre.»

Metteur en scène très demandé, Ivo Van Hove, 57 ans, va faire l’événement avec son adaptation des Damnés, dès ce soir dans la Cour d’Honneur du Palais des papes à Avignon. Il confie à Télérama pourquoi le théâtre est si important dans sa vie. «Il faut trouver dans l’existence quelque chose qui rend heureux. Ce peut être un mari, un ami, une famille, un job. Pour moi, c’est le théâtre.[…] Dans tous mes spectacles, on voit ce que je suis; ce sont des autobiographies masquées.»

Pour celles et ceux qui ne pourront pas voir le spectacle à Avignon (jusqu’au 16 juillet), une retransmission des Damnés est programmée le 10 juillet à 22h50 sur France 2.

 

Extraits des répétitions des Damnés filmées par Culture Box

« Les Damnés » : l’affrontement de Loïc Corbery et Didier Sandre