Samedi 2 juillet, se tenait la Marche des fiertés de Paris. Sur un parcours raccourci de moitié, plusieurs dizaines de chars ont défilé du quai du Louvre à la place de la Bastille, dans une ambiance festive. Un incident a toutefois émaillé le parcours: le char de l’association des policiers et gendarmes LGBT Flag! a été zappé par plusieurs militant.e.s du cortège radical. Une action courte comme il en a déjà eu lieu lors d’autres prides, mais qui s’est soldée par une interpellation très musclée, selon ceux et celles qui y ont participé. Le site d’informations Révolution Permanente a publié deux photos de l’action et une autre de l’intervention des forces de l’ordre montrant plusieurs policiers plaquant au sol trois militant.e.s (photo que nous publions ci-dessus avec l’accord de Révolution Permanente). Yagg a enquêté sur les circonstances de cette action et les interpellations qui ont suivi.

LE DÉROULÉ DU ZAP DE FLAG!
D., l’une des personnes interpellées explique à Yagg le déroulement de cette action «totalement pacifique» devant le char de Flag!, action qui ne devait durer «que deux minutes» juste avant le passage devant l’Hôtel de Ville: «Nous nous sommes positionné.e.s en dehors du cordon de sécurité face à eux et avons scandé des slogans “la police déteste tout le monde”, “policiers hors de nos fiertés”.» S. était aussi parmi les manifestant.e.s: «Quand le service d’ordre de Flag! a commencé a nous pousser – de façon assez violente – pour qu’on recule, on a décidé de partir, et voyant qu’il y avait pas mal de policiers autour de nous, on s’est mis.e.s à courir pour se disperser», raconte-t-il à Yagg. «Tout le monde est parti dans la foule, poursuivi par les policiers armés et matraque à la main. Certain.e.s ont reçu des coups même au sol, sans qu’il n’y ait d’opposition à l’arrestation», précise D. Louise participait elle aussi à l’action. Selon elle, une dizaine de policiers ont soudain fait irruption: «L’un d’eux a attrapé une fille et l’a plaquée au sol, se souvient-elle. Elle était à plat ventre et hurlait, je ne sais pas si c’est parce qu’elle avait mal ou parce qu’elle avait peur. Des policiers m’ont vue mais ne m’ont rien fait, alors je me suis fondue dans la foule pendant que tout le monde se dispersait.»

Louise: «L’un d’eux a attrapé une fille et l’a plaquée au sol. Elle était à plat ventre et hurlait, je ne sais pas si c’est parce qu’elle avait mal ou parce qu’elle avait peur.»

QUAND FLAG! COMPARE LES MILITANT.E.S À LA «MANIF POUR TOUS»
Contacté par Yagg, Mickaël Bucheron, le président de Flag! confirme qu’il y a effectivement eu une action et décrit la scène: «Un groupe de personnes est passé devant le char pour bloquer son avancée, avec des pancartes contre la police en général, et portant un discours anti-flics. C’est le même groupuscule qui avait agi à Toulouse il y a deux ans. Pour moi, c’est du même acabit que la “Manif pour tous”.» Une comparaison que le représentant de Flag! assume: «Depuis la loi sur le mariage pour tous, il y a eu une montée des extrêmes à tous les niveaux, y compris dans le milieu LGBT où des extrémistes s’expriment de plus en plus» affirme-t-il ajoutant même qu’il considère ces personnes comme «homophobes»: «On ne comprend pas bien la logique de cette démarche irrespectueuse et contre-productive. Ces personnes empêchent les personnes LGBT d’être visibles et par leur comportement, cherchent à les maintenir dans le silence.» Lui n’a pas pu voir l’interpellation, étant à la tête du char, mais déclare que les personnes «ont été déplacées de façon assez ferme».

DES POLICIERS VIOLENTS ET MENAÇANTS
Sept personnes sont interpellé.e.s et aussitôt emmené.e.s dans un jardin aux abords de l’Hôtel de Ville. S. raconte: «On a été emmené.e.s dans un coin d’un petit parc, toujours menotté.e.s, pour un contrôle d’identité qui a duré entre 45 minutes et une heure. Les policiers étaient assez agressifs, surtout avec D.» Le militant affirme notamment que D., qui est trans FtX, a été menacé parce qu’il refusait qu’un policier le fouille. D. raconte l’altercation: «Après avoir fouillé deux personnes, un policier vient me saisir et me crie de me lever. Je refuse en lui disant qu’il y a un F sur ma carte d’identité et que selon la loi, il n’a pas le droit de pratiquer la fouille. Il me lève de force et me presse le bras – j’ai des bleus. Il me plaque contre la porte en fer. Les copines et copains crient sur lui, mais rien à faire. Je continue à lui dire qu’il n’a pas le droit et il me hurle: “C’est moi la loi ici, donc tu fermes ta gueule ou je t’explose la tête sur la porte, compris?”. J’ai décidé de laisser faire n’ayant pas d’autre option. Une femme flic est finalement arrivée et nous avons été fouillés de nouveau.»

D: «Je continue à lui dire qu’il n’a pas le droit et il me hurle: “C’est moi la loi ici, donc tu fermes ta gueule ou je t’explose la tête sur la porte, compris?”»

UNE ACTION CONTRE LA VIOLENCE D’ÉTAT
Les auteur.e.s du zap expliquent la raison de cette action de façon très pragmatique: «Il s’agit de ce que représente la police comme outil d’oppression de l’état, et non d’interdire aux individus de venir, explique D.. Les gens derrière cet uniforme sont juste des gens. La police violente des personnes trans gays lesbiennes régulièrement. Et il s’agit ici de dénoncer aussi ces violences. Bien entendu, ces policier.e.s sont LGB, éventuellement T, et doivent subir des oppressions de fait. Cependant ils et elles ont souvent un pouvoir pour s’en protéger. Qu’ils et elles viennent fêter leur fiertés LGBT, OK, mais sans leurs uniformes. Souvenons-nous de Stonewall. Pensons aux trans arrêté.e.s, discriminé.e.s et menacé.e.s de viol pour les ramener à leur identité de genre assigné à la naissance.»

Dans le tract distribué lors de l’action, les militant.e.s expliquent leur démarche: «Gouines, pédés, trans, personnes racisé.e.s, habitant.e.s des banlieues, précaires, travailleur.se.s du sexe, sont les éternelles victimes des violences policières… Avec la criminalisation de nos luttes et l’état d’urgence, la police s’en prend maintenant aussi aux manifestant.e.s. Les violences policières sont toujours d’actualité.» Ils et elles rappellent que les émeutes de Stonewall, dont les marches des fiertés sont des commémorations, étaient une réponse aux violences policières qui opprimaient les personnes LGBT. «Nous ne voulons pas célébrer ni laisser parader fièrement une institution violente, sexiste, raciste, transphobe, homophobe, … Nous ne voulons pas d’homonationalisme dans nos luttes, dans nos fiertés. La police n’a jamais fait partie de nos allié-e-s. Face à cette institution qui n’a jamais cessé de nous opprimer, nous refusons la récupération de nos luttes.»

PENDANT CE TEMPS, À TORONTO…
Le même week-end dans une autre marche, à Toronto cette fois, la présence d’associations de policiers LGBT a elle aussi créé des remous. Des militant.e.s du groupe Black Lives Matter ont interrompu le cortège pour soulever un certain nombre de revendications, dont le retrait de tous les chars et stands de la police dans les espaces liées à la Pride de Toronto. Ils ont obtenu satisfaction, du moins pour le moment, mais l’action est très controversée. Certains estiment, comme le chroniqueur John Avarosis qu’un mouvement pour les droits humains n’a pas à venir faire la leçon, surtout de cette manière, à un autre mouvement. «La participation des policiers dans nos prides et nos festivals envoie un beau message aux jeunes LGBT, et aux adultes aussi: cela dit que même la police nous accepte», écrit le chroniqueur, qui conclut en rappelant que les policiers sont LGBT aussi et que les associations comme l’équivalent américain de Flag se sont battues contre la discrimination dans leur corps de métier, avec un certain succès. «Cela ne mérite-t-il pas d’être reconnu et célébré?», interroge-t-il.