L’association SOS homophobie publie chaque année un bilan sur les mesures prises par le gouvernement en matière de lutte contre les LGBTphobies. Le président s’était originellement engagé sur douze sujets que l’on peut retrouver sur le site de l’association. Parmi eux, le mariage pour tous («Légaliserez-vous le droit au mariage dans sa forme actuelle pour les couples de même sexe?»), ou la lutte contre les discriminations («Demanderez-vous officiellement aux entreprises de mettre en place des formations de lutte contre les discriminations dont sont victimes les personnes LGBT au travail?»). Face à cet état des lieux, l’association appelle le chef d’État à faire preuve de courage.

Le communiqué de presse fait état «d’avancées essentielles» comme «l’adoption de la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de personnes de même sexe», ou «de la reconnaissance de “l’identité sexuelle” comme motif de discrimination». Cependant, l’association nuance ces avancées. Contactée par Yagg, Virginie Combe, la vice-présidente de SOS homophobie, a déclaré: «on a l’impression que François Hollande n’a rien fait», en soulignant que le mariage pour tous reste incomplet. Le communiqué de presse précise ce point:

«Mais, ces progrès ont aujourd’hui un goût inachevé qui témoigne malheureusement de l’absence de courage des pouvoirs publics. La procréation médicalement assistée (PMA) reste fermée aux couples de femmes et aux femmes célibataires par crainte des “vociférations de la Manif pour tous” selon les propres mots de la ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, Laurence Rossignol.»

Ce n’est pas le seul exemple puisque l’exclusion des gays et des hommes bisexuels du don du sang reste «fondée sur le concept de “groupe à risque” et non de “pratique à risque”», malgré la levée de l’interdiction, sous certaines conditions. SOS homophobie a quand même «espoir que des progrès peuvent encore être accomplis», et cite notamment «l’ouverture de la PMA à toutes les femmes».

À quelques jours de la Marche des Fiertés parisienne, qui soulignera le combat pour les droits des personnes trans , l’association commente l’action du gouvernement en la matière. Actuellement, il y a deux lois en préparation. La première est le projet de loi Justice du XXIème siècle, qui contient un amendement sur le changement d’état-civil libre et gratuit. La seconde est le projet de loi Égalité et Citoyenneté, celle-ci «offre l’occasion de renforcer durablement les moyens de lutter contre l’homophobie et la transphobie, en reconnaissant, en particulier, “l’identité de genre” et non “l’identité sexuelle” comme motif de discrimination» (amendement qui semble toutefois avoir été retiré depuis la publication du communiqué). Sur ces deux mesures, SOS homophobie semble confiante, en effet l’association a rencontré Ericka Bareigts il y a un peu plus d’une semaine. Il s’agit de la secrétaire d’État l’Égalité réelle qui défendra la loi Égalité et Citoyenneté au Parlement.

Louis-Georges-Tin-Yagg carre
Le bilan de François Hollande sur les questions LGBT est en demi-teinte. Malgré les engagements qu’il avait pris, il a refusé de porter à l’ONU la résolution que demandait le Comité IDAHO pour la dépénalisation universelle de l’homosexualité ; à la place, il s’est contenté de faire un discours en prononçant une ou deux phrases sur le sujet à l’Assemblée générale des Nations Unies. Najat Vallaud-Belkacem devait porter tout un programme contre l’homophobie dans tous les domaines, mais cette initiative a fait pschitt. On pensait avancer sur les questions trans’, mais cela a été fait de manière très maladroite, et très insuffisante. Il y a eu le mariage pour tous, mais sans la PMA. Par ailleurs, en proposant une clause de conscience pour les maires, François Hollande a donné l’impression d’avancer tout en reculant. Et comme il avait l’air d’être pour l’égalité, mais pas vraiment, il a réussi à mécontenter et les militants homos, et les militants homophobes, ce qui est un tour de force. Là où Zapatero, par exemple, est entré dans l’Histoire, en s’impliquant personnellement dans le combat pour le mariage, François Hollande a raté l’occasion, peut-être unique, de réaliser un geste mémorable. Sur ce combat emblématique, on se souviendra de Christiane Taubira, et on oubliera François Hollande. Et dans ce domaine comme dans tant d’autres, on écrira : le bien qu’il fit, il le fit mal ; le mal qu’il fit, il le fit bien.