Journée cruciale pour SIS Association puisqu’une audience est prévue cette après-midi au Tribunal de Grande Instance (TGI) pour décider du sort d’une partie de la structure. C’est cette journée qu’ont choisi les syndicats pour déclencher une grève du personnel.

GRAVES DYSFONCTIONNEMENTS
Pour Eric Maussion, délégué syndical SUD, les jeux sont faits. L’administrateur judiciaire va demander la liquidation d’une partie de SIS Association, en l’occurence SIS Réseau, qui regroupe toutes les fonctions support (Direction générale, Ressources Humaines, trésorier, etc.) mais aussi les actions internationales qui emploient trois personnes et ont réussi au fil des ans à financer leurs ambitieux projets.

Pour Soraya Djazouli, secrétaire du Comité d’entreprise, la disparition d’une activité phare de SIS, récemment récompensée du Prix de l’innovation à l’Unesco et qui permet à de nombreuses associations du Sud de bénéficier de l’expertise du Nord, est un crève-cœur.

En tout, 17 salarié.e.s sont concerné.e.s par cette liquidation. Mais privée des organes de gestion, les services restants (environ 74 salarié.e.s) ne vont-ils pas être démantelés à leur tour? C’est la crainte d’Eric Maussion et des salarié.e.s. D’après ce syndicaliste, la grève serait suivie par 62 du personnel, un chiffre que nous n’avons pas pu vérifier.

Depuis novembre 2015, la situation n’a cessé d’empirer à SIS Association, qui regroupe les activités de Sida Info Service, ainsi que d’autres services comme la prévention sur le terrain ou les actions internationales. Il y a plus de sept mois déjà, les salari.é.s et leurs représentant.e.s avaient alerté l’opinion, et les autorités de tutelle, sur les graves dysfonctionnements à répétition, qui selon eux, mettaient en danger cette association historique dans l’aide à distance et l’information sur le sida. Le personnel met principalement en cause la gestion du directeur général, Patrice Gaudineau, et l’incapacité du président, Gérard Desborde, et du Conseil d’administration, à trouver les moyens de faire vivre la structure dans un contexte de réduction, programmée, des subventions publiques.

En février dernier, les choses se sont accélérées. Incapable de payer les salaires, l’association est placée en redressement judiciaire.

Ce jeudi 30 juin, le TGI va se prononcer sur la suite à donner à l’activité. Selon nos informations, confirmées dans un communiqué de presse de SUD/CE/CHSCT de Sida Info Service, SIS Réseau pourrait être liquidé purement et simplement, avec comme conséquence le licenciement de 17 personnes. Toujours selon nos informations, le directeur général serait aussi sur la sellette et le président serait à la recherche d’un.e remplaçant.

«TRANSPARENCE IMMÉDIATE»
Les motifs de la grève sont multiples. Les représentant.e.s du personnel dénoncent entre autres un (nouveau) déménagement précipité, la coupure du service Internet de SIS, ce qui représente une rupture de service public. Dans le communiqué, les salarié.e.s exigent «une transparence immédiate et totale des intentions de la Direction et de l’Administrateur judiciaire» et dénoncent «les défaillances des structures de contrôle internes : Conseil d’Administration, Présidence, Bureau, Direction générale dans leur responsabilité quant à la situation délétère de SIS, et son rétrécissement, signe d’un immanquable déclin.»

Plus que jamais, l’incertitude domine parmi les salarié.e.s de SIS Association. Et pour l’heure, les pouvoirs publics, le ministère de la Santé et Santé Publique France, restent discrets. Soraya Djazouli ainsi que deux autres salarié.e.s de SIS ont été reçu.e.s hier par le directeur financier ainsi qu’un chargé de mission au ministère de la Santé. D’après Soraya, Marisol Touraine est bien consciente de l’enjeu et de l’importance de SIS. Mais elle attend le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales. Et surtout, séparation des pouvoirs oblige, elle ne peut intervenir lorsqu’une procédure judiciaire est entamée.

Le Tribunal pourrait rendre sa décision avant lundi 4 juillet, date du début des vacances judiciaires. Depuis ce matin en tout cas, le 0800840800 ne répond plus.

 

Louis-Georges Tin: Au-delà de SIS, ce qui est tragique, c’est le désengagement Louis-Georges-Tin-Yagg carreprogressif de l’Etat de la lutte contre le sida. C’est d’autant plus absurde que l’on sait que l’on pourrait en grande partie maîtriser, sinon éradiquer l’épidémie, à condition de poursuivre les efforts consentis par le passé. Quand on baisse les subventions, à court terme, on croit faire des économies (en sacrifiant en l’occurrence des vies humaines), mais à moyen et long terme, cela coûte beaucoup plus cher (puisqu’on laisse l’épidémie se renforcer, et qu’il faudra ensuite d’autant plus de moyens pour la combattre). C’est tragique du point de vue humain, et c’est idiot du point de vue comptable.

C’est l’occasion de le rappeler : l’homophobie renforce le sida, le sida renforce la pauvreté. A ceux qui ne soucient pas du tout de la question des droits, et encore moins des droits lgbt, mais beaucoup plus de questions financières, c’est le message que je souhaite adresser.