Autrefois, en France, les meurtres homophobes ne figuraient même pas dans la rubrique des faits divers ou des chiens écrasés. Il a fallu des décennies de mobilisation militante, il a fallu des médias LGBT comme Yagg pour que ces sujets émergent sur la scène médiatique et politique. La situation a bien progressé, il faut le reconnaître. Mais on a vu récemment comment le caractère homophobe de l’attentat d’Orlando a été minoré. Et pour ce qui est des violences lesbophobes et transphobes, elles demeurent le plus souvent dans l’obscurité, dans le silence, dans le déni et dans l’oubli.

C’est Yagg qui était le plus souvent à mes côtés dans les combats de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie.

C’est Yagg qui était encore à nos côtés pendant la Moscow Pride, et c’est Judith Silberfeld, qui a couvert les événements, quand j’ai été tabassé et arrêté par les policiers russes. J’ai revu récemment le documentaire bouleversant qu’elle a réalisé à cette occasion. J’ai partagé avec elle des moments forts, inoubliables. Et comme elle le disait récemment sur Facebook, nous avons dormi dans le même lit -en tout bien tout honneur, évidemment.

C’est Yagg qui relayait encore nos positions, quand le Comité IDAHO a porté à l’ONU, en 2008, la déclaration pour la dépénalisation universelle de l’homosexualité, que tant d’autres personnes essayaient de torpiller.

Autant dire que Yagg a été toujours le compagnon de nos luttes. Il était normal que j’accepte d’être, à mon tour, le compagnon de route de Yagg, en ce jour particulier. Christophe Martet et Xavier Héraud m’ont demandé d’être le rédacteur en chef d’un jour. J’ai dit oui, avec joie.

Avec l’idée non seulement de parler des questions LGBT, qui sont le coeur de métier du site, mais d’y apporter aussi l’expérience d’un militant panafricain, ce que je suis également. Être un intellectuel noir, homosexuel, c’est assumer une certaine expérience de la complexité. Lutter contre l’homophobie parmi les uns, contre le racisme parmi les autres, contre les discriminations un peu partout.

C’est donc l’occasion pour moi de saluer la Paris Black Pride, qui aura lieu du 15 au 17 juillet prochain. A la croisée du racisme et de l’homophobie, elle invite à la convergence des luttes, comme on disait dans les années 70, et à une réflexion intersectionnelle, comme on le dit aujourd’hui. Peu importe, c’est l’expérience de la solidarité qui est ainsi mise en avant.

Alors rejoignez tous et toutes la Paris Black Pride, et j’espère que les discussions que nous aurons partagées aujourd’hui, ici, sur le site de Yagg, pourront nourrir votre réflexion et, pourquoi non, votre action future !