Sophie Labelle au secours d’Esteban Torres. Dans une petite bande dessinée postée sur son compte Facebook, lundi 20 juin, l’auteure québécoise de la bande dessinée Assignée Garçon, dresse son « résumé de ce qu’il s’est passé à la vigile en mémoire des victimes d’Orlando ». Rappelons les faits: le jeudi 16 juin, une veillée aux chandelles est organisée à Montréal pour rendre hommage au 49 victimes d’Orlando. Après avoir pris la parole, Esteban Torres, un activiste trans latino, a lancé une boulette de papier sur le premier ministre québécois, Philippe Couillard, en criant « Viva la revolucion! ». Il a été immédiatement arrêté et remis en liberté un peu plus tard.

Sophie Labelle regrette les proportions qu’ont pris cet événement, mettant en avant les violences dont a été victime Esteban. « Il a été tabassé et séquestré » et risque jusqu’à 10 ans d’emprisonnement, écrit-elle dans sa bédé.

Elle reproche en outre à la communauté LGBT de n’avoir pas défendu le militant: « Dans les jours qui ont suivi l’événement, les leaders cis, gaies et blancs se sont désolidarisés d’Esteban et la communauté trans ». Alors que la journée était placée sous le symbole de la solidarité, Sophie Labelle se questionne sur le lynchage que subit Esteban, y compris par les leaders gaies. « Après tout ce qu’on fait pour les transgenres, quelle ingratitude » écrit-elle, ironiquement, à la fin de sa bande dessinée.

 

« UN GESTE D’UNE EFFRAYANTE STUPIDITE »
Dans le viseur de Sophie Labelle, il y a sans doute le magazine gay montréalais Fugues, qui a publié un article condamnant fermement le « geste d’une effrayante stupidité » d’Esteban Torres. « Aucune justification politique ne peut justifier le geste d’agression à l’encontre du Premier ministre, Philippe Couillard » écrit l’éditorialiste Denis-Daniel Boullé. Cet acte est juge contre productif par le magazine qui « en semant l’émoi et la peur, l’immense majorité des participants à la vigile se sont indignés à juste titre du comportement du jeune radical. »

Esteban Torres fait partie du groupe Pink Block, un mouvement féministe et queer qui dénonce le capitalisme et l’oppression du patriarcat, et « qui reproche aux gais d’être devenus indifférents à tout ce qui touche d’autres grands enjeux ici et à travers le monde ». En prenant la parole en leur nom il aurait, selon Fugues, jeté le « discrédit » sur ce groupe qui seront dorénavant vu « comme potentiellement dangereux physiquement lors des prochains événements. »

D’autres personnalités publiques québécoises ont également condamné l’acte, à l’image du président de la Fierté Montréal, Éric Pineault « Je pense que ce n’est pas par des gestes comme ça qu’on fait avancer la cause, on la fait plus reculer. » a-t-il déclaré.

Sur twitter, le maire de Montréal, Denis Coderre, et le candidat à la direction de parti Québecois, Alexandre Cloutier, ont également condamné l’acte.

« POURTANT LA SOIREE A ETE DIGNE ET SOBRE »
Cet événement a effacé dans les médias et les réseaux sociaux le reste de la veillée aux chandelles organisée à Montréal pour rendre hommage au 49 victimes d’Orlando.  Une soirée «digne et sobre avec plusieurs notes de tristesse», toujours selon Fugues. Une tristesse qui «se lisait sur les visages ».

Ce soir-là, plusieurs personnalités politiques ont rendu hommage et ont montré leur soutien envers les proches des victimes et à la communauté LGBT. Notamment le maire de Montréal, Denis Coderre, qui a annoncé «Aujourd’hui, ce n’est pas le paraître, mais l’être [qui compte], nous sommes aussi aujourd’hui Orlando […] Que ceux et celles qui ont un problème avec la communauté LGBT, vous devez avoir un problème en vous regardant dans le miroir ».

La veillée s’était terminée par un recueillement, sur l’air du célèbre hymne Over the rainbow de Judy Garland, repris par Sandy Duperval, sous les applaudissements de la foule. Pas vraiment la « revolucion » appelée de ses vœux par Esteban Torres.