Cet article est extrait de Terrains de jeux du 17 juin, à lire ici.

LE TÉMOIGNAGE DE LA SEMAINE
Originaire d’Orlando, Shavonte Zellous est arrière au Liberty de New York, franchise du championnat américain de basketball. Lorsqu’elle apprend la nouvelle de la fusillade, elle s’apprête à quitter San Antonio pour New York après une tournée de 8 jours de compétition. À son arrivée, elle reçoit un appel de sa mère lui confirmant que sa ville natale est sous blocus et que la famille est sans nouvelle de sa petite sœur.

«Ma petite sœur est homosexuelle, écrit Shavonte Zellous sur The Players’ Tribune. Elle était au Pulse le week-end précédent. Je l’appelle immédiatement. Une sonnerie. Deux. Trois. Une éternité se passe entre ces sonneries quand vous appréhendez avec effroi ce qu’il peut se passer de l’autre côté de la ligne.»

La sœur de Shavonte Zellous a fini par répondre. Elle aurait dû être au Pulse ce soir-là, avec trois ami.e.s, mais alors qu’elle était en route, son patron l’a appelée pour lui demander de venir travailler à 6 heures du matin. «Elle a dit oui, elle a fait demi-tour et s’est mise au lit, poursuit la basketteuse. Ses ami.e.s ne sont pas rentré.e.s. Deux font partie des victimes et le troisième est dans un état critique. (…). Ma sœur était juste une jeune femme en chemin pour aller dans un lieu où elle peut être elle-même. Un lieu où elle pensait être en sécurité. Comme les victimes du Pulse.»

La joueuse qui, comme le souligne le site Outsports, fait sans doute mention de son homosexualité pour la première fois publiquement, écrit encore: ««Les clubs homos ne sont pas simplement des endroits où des gens dansent et boivent. Ce sont des sanctuaires. Ce sont des communautés. Les clubs homos sont des lieux où beaucoup vont pour se trouver ou pour être eux-mêmes ou elles-mêmes, ou se retrouver avec leurs semblables, loin du jugement du monde extérieur. Si vous n’avez jamais considéré un bar comme un refuge, c’est que vous n’avez peut-être jamais eu peur de montrer publiquement de l’affection pour quelqu’un.

Dans l’obscurité d’un club, il y a la liberté. Avec la liberté d’être soi nait une sorte de clarté. De la clarté nait l’amour.

«(…) Le tireur n’a pas seulement pris la vie de 49 personnes; il a volé quelque chose à la communauté LGBTQ dans son ensemble. Où pouvons-nous aller où nous sentir encore libres., où être nous-mêmes sans crainte? (…). Quand vous êtes gay ou trans ou queer, vous supportez la haine des autres tous les jours. Elle vient sous de nombreuses formes: insultes, discrimination, ignorance, violence. J’imagine que ce n’était pas la première fois que les victimes du Pulse se sont senties terrorisées juste parce qu’elles étaient elles-mêmes. (…) Je vais penser à ma sécurité et à la sécurité de ma famille LGBTQ différemment, et pour le restant de mes jours.»