Dans le cadre de la journée mondiale des réfugié.e.s et de la Marche des fiertés, Stéphane Bribard, conseiller d’arrondissement, a concocté un programme culturel et de rencontres: deux débats, sur la question des réfugié.e.s avec l’Ardhis et sur la situation actuelle en Turquie avec l’Acort, mais aussi projection d’un film (My Beautiful Laundrette) et du documentaire Les Portes d’Arcadie. Les deux débats seront animés par Christophe Martet, directeur de publication de Yagg.
 Quatre questions à Stéphane Bribard

Pourquoi avez-vous préparé cette semaine culturelle et de débats? Deux raisons essentielles : tout d’abord une équipe municipale de gauche, dirigée par un maire Rémi Feraud volontaire, une équipe engagée sur les sujets de solidarité et de prise en compte de réalités sociales difficiles, et essayant avec la Ville de Paris et sa Maire Anne Hidalgo de développer des projets innovants pour améliorer ces situations : salle de consommation de drogues dans le quartier de la Gare du Nord pour des toxicomanes précaires et très présents, lieux d’aides et d’hébergements de migrants cherchant le refuge temporaire en Europe et s’établissant de fait souvent sur Paris. Bien sûr aussi une sensibilité particulière aux questions de diversité dans la société, notamment des questions Lgbt. Cela fait plus de quatre ans qu’au même titre que des avocats ou des associations d’aide sur des question familiales ou de logement, nous accueillons l’Ardhis et leur procurons des espaces professionnels et discrets, qui permet à ses volontaires de mener à bien les entretiens pour des personnes demandant l’asile en France au titre de l’orientation sexuelle. Cette proximité nous a fait découvrir la complexité de ce qui est en jeu, et la grande qualité de leur travail, souligné par leurs partenaires ou institutions de référence, comme l’Ofpra. Dans le cadre de nos échanges réguliers, et aux vues de l’actualité européenne, nous avons constaté mutuellement qu’il était important maintenant de sensibiliser militants, institutions, citoyens, tant dans le milieu LGBT que de celui des droits de l’homme, sur les enjeux, les difficultés, les succès.

Avez-vous eu des difficultés pour mener à bien ce projet? Non et je remercie vraiment Rémi Féraud, le Maire du 10e de son écoute et son accord pour mener à bien ce programme, mais aussi les lieux qui se sont impliqués le cinéma Le Brady la médiathèque Françoise Sagan, et toutes les associations ou personnes qui ont accepté de participer ou se sont engagées très fortement. Réunir ensemble autour de l’Ardhis le 23 juin le Directeur général de l’Ofpra, une responsable du HCR Paris, le directeur opérationnel du Comede ou encore un magistrat de l’association des magistrats de l’asile montre combien le sujet abordé est pris au sérieux. Il m’a semblé important que tout ne se passe pas qu’en Mairie, qu’il y ait une variété d’événements et qu’on puisse aussi s’associer avec des associations non LGBT. Je suis aussi très content de la soirée du 30 juin sur la Turquie, particulièrement dans cette actualité immédiate très difficile, organisée avec l’Acort, association laïque de personnes originaires de Turquie, qui va ainsi pouvoir mener aussi un travail interne à leur communauté. Les migrants LGBT sont souvent victimes de la double peine : fuir leur pays pour survivre, taire leur raison d’exil pour ne pas être exclu (ou pire…) de leur communauté de protection. L’exposition de l’artiste bengladeshi  Xecon Uddin dont le vernissage a lieu le mercredi 22 juin aborde notamment tous ces questionnements.
Quelles actions menez-vous durant l’année sur ces questions? Au-delà du soutien politique régulier par des prises de parole ou des engagements sur les luttes et combats pour le progrès social et sociétal, la Mairie du 10e accueille et prête ses locaux aux associations LGBT (au même titre que les autres bien sûr), pour leurs AG, des colloques,… De très nombreuses associations sont inscrites à la Maison des Associations du 10e, et notre mairie est belle et emblématique (depuis 120 ans cette année !) de la République.
Une semaine après la tuerie homophobe d’Orlando, comment voyez-vous l’importance de ce type d’événements ? Orlando a d’abord été un choc immense mais hélas pas une surprise : après Charlie, après le Bataclan et les terrasses parisiennes, on ne pouvait que craindre une action visible quelque part contre la communauté LGBT. Nous rendrons d’ailleurs un hommage aux victimes de cet attentat.
Les personnes gays, lesbiennes, bis, trans,… sont persécutées dans beaucoup de pays et vues comme les suppôts d’une liberté intolérable. Pour les extrémistes, il faut réduire au silence celles et ceux qui jouissent de la vie.
C’est bien pour cela qu’il faut continuer à dénoncer les violences, faire connaître les situations, encourager certaines initiatives citoyennes ou communautaires. Nos deux soirées débats, le documentaire sur l’Ardhis ou les lectures de passages du livre Les Condamnés feront j’espère non seulement connaître les difficultés ou les malheurs subis mais aussi réfléchir sur notre monde et sur l’importance de s’impliquer, d’être vigilant, de faire pression. Et il peut y avoir de l’espoir. Cette année une marche des fiertés a pu avoir lieu en Ukraine, grâce aux militants locaux soutenus par beaucoup de démocrates de nombreux pays  ! En ce mois international des marchés des fiertés, rappelons-nous que sans la révolte des trans et des folles (minorités des minorités !) du Stonewall Inn à NewYork, en 1969, il n’y aurait pas eu Harvey Milk à San Francisco, ou encore le Fhar et les GLH en France. Il n’y aurait peut-être pas eu tout ce chemin parcouru depuis. La prise de parole est salvatrice!