Valérie Pécresse l’avait annoncé en mai dernier dans un courrier adressé à l’Inter-LGBT et que Yagg avait révélé: la subvention serait non seulement toujours allouée à la Marche des fiertés de Paris, mais elle serait aussi augmentée. La commission permanente s’est réunie hier au conseil régional. Si la subvention a bien été votée, la région a aussi confirmé un deuxième point: cette année le char de la Région ne roulera pas dans le cortège. Élu.e.s et militant.e.s ont rapidement réagi pour déplorer ce que certain.e.s perçoivent clairement comme un affront, quelques jours à peine après la fusillade dans un club gay, le Pulse, à Orlando, qui a fait 49 morts. D’autres y voient en outre le poids de la «Manif pour tous» aux côtés de Valérie Pécresse, qui n’a pas manqué de mentionner «qu’elle ne partageait pas les points de vue politiques de la marche».

INQUIÉTUDE À GAUCHE
Les élu.e.s écologistes s’inquiètent de cette prise de position: «La marque de l’institution régionale, la fierté d’y apposer le logo de la Région sur un char est un symbole fort auquel Valérie Pécresse renonce. Au lendemain de l’attaque terroriste homophobe et meurtrière à Orlando, c’est un signal très négatif lourd de symboles.» Dans un communiqué l’élu au Conseil régional Mounir Satouri va jusqu’à accuser la présidente de faire le jeu des opposant.e.s à l’égalité:

«Mme Pécresse doit malheureusement beaucoup à la Manif pour Tous: 60 000 voix d’écart et avance des arguments peu entendables.»

Un autre élu, Julien Bayou, regrette lui aussi le pas de arrière de la Région:

«C’est un très mauvais message adressé par la majorité conservatrice», constate de son côté Eddie Aït, président PRG du groupe Radical, Citoyen, Démocrate et Ecologiste. «Après le déchainement d‘attaques homophobes lors des débats pour le mariage et l’adoption pour tous et, plus récemment, après l’attaque terroriste commise contre la communauté LGBT à Orlando en Floride, il aurait été de bien meilleur ton de renforcer plutôt que de supprimer la participation de la Région à cette Marche des Fiertés».

Dans un communiqué, le groupe RCDE pointe aussi du doigt la présence d’élu.e.s issu.e.s de la «Manif pour tous».

Même son de cloche pour Carlos Da Silva, conseiller régional et président du groupe socialiste et républicain, qui explique à l’AFP que cette décision «tient au fait que dans les rangs de la majorité du Conseil régional, on trouve des membre de la Manif pour tous».

UNE CERTAINE DROITE EXULTE
Car en effet, à droite, la démarche de Valérie Pécresse est saluée, comme le montre ce tweet d’Arnaud Poulain, directeur adjoint de cabinet du groupe LR à la région et soutien affiché à la «Manif pour tous».

La même rengaine du côté de Nicolas Tardy-Joubert du Parti chrétien démocrate:

UNE OBSESSION POUR LA GPA
La décision de Valérie Pécresse apparait comme une occasion en or pour les opposant.e.s au mariage pour tous, qui se rabattent désormais sur le combat contre la PMA et la GPA, alors même que le mot d’ordre de la Marche des fiertés de cette année porte essentiellement sur les droits des personnes trans. En outre, comme l’a rappelé sur Twitter le président de l’Inter-LGBT à Arnaud Poulain, l’interassociative qui gère l’organisation de la Marche revendique le fait de ne pas avoir de position favorable ou non sur la question de la GPA, alors qu’elle défend le droit à la PMA.

UN TIMING QUI EN DIT LONG
Cet acharnement à tout ramener à la GPA ne tiendrait-il pas aussi au fait que la «Manif pour tous» organise justement aujourd’hui plusieurs rassemblements à Paris et en régions, en soutien aux deux propositions de loi, déposées par les député.e.s LR Valérie Boyer et Philippe Gosselin visant à lutter contre la GPA (déjà interdite en France)? Selon les député.e.s, le cadre législatif n’est aujourd’hui plus suffisamment contraignant et dissuasif et propose de lutter contre le recours à la GPA à l’étranger. Et déjà, plusieurs élu.e.s de droite ont fait savoir qu’ils/elles soutiendraient le texte…

… et se joindraient même aux manifestations: