L’ambiance était solennelle et même émouvante, trois jours après la tuerie homophobe d’Orlando. C’est d’ailleurs en hommage aux victimes que Geneviève Garrigos, ex-présidente (depuis dimanche) d’Amnesty International France a proposé une minute de silence. Puis les membres fondateurs ont pris la parole pour expliquer les buts de l’association Shams France.

Il y avait foule, plus de 100 personnes, dans la salle prêtée pour l’occasion par Amnesty International France. De très nombreux.ses représentant.e.s d’associations LGBT (dont le Centre Paris Ile-de-France, l’Ardhis, le Mag, le Glup) avaient tenu à assister à l’Assemblée constitutive d’une nouvelle association, Shams France, née sur les pas de Shams Tunisie.

Dans sa prise de parole, Yadh Krendel, l’un des initiateurs de Shams Tunisie, a rappelé les difficultés rencontrées par les militant.e.s LGBT dans ce pays du Maghreb.
Puis, l’un.e après l’autre, les membres fondateurs de Shams France ont expliqué pourquoi ils et elles avaient rejoint cette association. Sef Edie Beajoui, qui était vice-président de Shams Tunisie, a expliqué qu’il a du fuir le pays. Il est aujourd’hui demandeur d’asile en France. «Nous avons tellement de projets en Tunisie, explique-t-il, mais pour l’instant, c’est très dur d’avancer, Shams ne peut même pas ouvrir un compte bancaire.»

La cinéaste tunisienne Nadia El Fani vit depuis 15 ans en France. Elle a réalisé un film sur la laïcité (Laïcité, Inch Allah) qui a été très critiqué dans le pays. «Je ne peux pas retourner en Tunisie. J’ai rejoint Shams parce que je veux me battre pour la laïcité, pour ne plus permettre qu’on invoque la religion pour se battre contre des « déviants »».

ABROGATION DE L’ARTICLE 230
Une des premières revendications de Shams est l’abrogation de l’article 230 du code pénal tunisien qui pénalise l’homosexualité. Peu utilisé par le précédent régime de Ben Ali, soucieux d’attirer les touristes dans son pays, il a été réactivé récemment. Ce n’est d’ailleurs pas l’un des moindres paradoxes du processus de démocratisation en Tunisie, qui est réel, mais qui laisse sur le bord de la route les minorités sexuelles.

Betty, elle, est marocaine et membre du mouvement MALI (Mouvement alternatif pour les libertés individuelles), qui prône la désobéissance civile et milite pour la liberté de conscience, la liberté sexuelle et dont les membres militent à visage découvert.

Parmi les autres intervenants Zak Ostmane, qui se présente comme militant LGBT et féministe. Pami les autres membres fondateurs, citons Jean-Luc Romero, Christophe Caulier, Olivier Morin ou encore Sofien Trabelsi.

Yacine Djebelnouar (que nous avions interviewé récemment) a annoncé que des permanences auraient lieu les 1er et 3e jeudis de chaque mois, de 18 heures à 20 heures, au Centre LGBT. Thomas Dupuis, secrétaire général du Centre, a salué la création de cette nouvelle association, comme l’ont fait à sa suite les autres représentant.e.s d’associations LGBT.

OBJECTIFS À COURT, MOYEN ET LONG TERMES
Shams France a des objectifs à court terme et notamment: venir en aide aux jeunes LGBT maghrébins en France et dans leurs pays d’origine; soutenir Shams Tunisie; alerter les autorités françaises et européennes sur la précarité de la situation LGBT dans le monde maghrébin et moyen-oriental; venir en aide aux réfugié.e.s; soutenir la visibilité des lesbiennes et des personnes trans du Maghreb, du Machrek et du Moyen-Orient.

A plus long terme, l’association prévoit d’organiser des événements de sensibilisation et de lutte contre l’homophobie et la transphobie à l’attention des populations de culture maghrébine et souhaite participer à la formation d’un collectif associatif maghrébin/arabe de défense des droits des LGBT. L’association se battra pour obtenir l’égalité des droits et l’application des libertés fondamentales aux personnes LGBT en France comme à l’international.

Pour cela, Shams France insiste sur la nécessité de créer des synergies avec les associations LGBT existantes. Leur forte présence hier soir ne peut être qu’un signe encourageant pour mener à bien ce projet.

Ci-dessous, le logo de Shams France et le rainbow flag

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