Les activistes sont particulièrement déçus. Ils et elles se sont rendu.e.s à New York, pour participer à la Réunion de Haut Niveau de l’Onu consacrée à la fin de l’épidémie de sida. Mais la déclaration commune* adoptée par les Etats membres (193 pays) est bien en deça de leurs attentes, notamment sur la question des populations clefs, à savoir les usager.ère.s de drogue, les Hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), les travailleur.se.s du sexe et les personnes trans.

L’appel de plus de 50 associations de la société civile n’aura pas suffi. Les Etats membres sont revenus sur la décision de prolonger les négociations et les groupes, parmi les plus vulnérables, sont quasiment invisibilisés dans la déclaration finale, un texte de 32 pages, qui compte pourtant 79 points, et d’après nos calculs, près de 18000 mots!

PAYS CONSERVATEURS
Les associations ont vivement réagi à cette reculade, dont les pays les plus conservateurs, Russie et pays du Golfe en tête sont en grande partie responsables. Selon ces pays, on ne doit pas évoquer ces populations autrement que par euphémisme. Mais le texte final va énormément limiter les possibilités d’actions auprès des usager.ère.s de drogue, les HSH, les travailleur.se.s du sexe et les personnes trans.

RECUL SUR LES POPULATIONS CLÉS
Il y a des avancées dans ce texte, comme le reconnaissent, dans un communiqué, l’association Aides et Coalition PLUS. «Le texte adopté à l’ONU comprend des avancées majeures telles que l’accès aux traitements pour 30 millions de personnes d’ici à 2020, explique le communiqué. Mais le recul très important sur les « populations clés », désignant les personnes les plus exposées au virus […], ne permet pas d’envisager une lutte vraiment efficace contre l’épidémie» ajoutent-ils.

Nous avons épluché la déclaration adoptée à New York. Elle ne comporte que deux fois la mention « usagers de drogues » (pages 10 et 11), une fois la mention « travailleurs du sexe » et « hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes » (page 10)  et une fois le mot « transgenres » (page 10).

 

GROUPES LES PLUS EXPOSÉS
Pourtant, cette même déclaration reconnait que ce sont les groupes les plus exposés, quand il y est écrit, page 10: «[…] nous constatons également que de nombreux programmes nationaux de prévention, de dépistage et de traitement du VIH offrent un accès insuffisant aux services aux femmes et aux adolescentes et aux migrants et aux populations clefs, qui, d’après les preuves épidémiologiques, sont ceux qui sont le plus à risque dans le monde, en particulier les usagers de drogues injectables, qui ont 24 fois plus de risque d’être contaminés par le VIH que les adultes en général, les travailleurs du sexe, qui sont 10 fois plus à risque, les hommes ayant de relations sexuelles avec des hommes, qui sont 24 fois plus exposés, les transgenres, qui ont 49 fois plus de risque de vivre avec le VIH, et les prisonniers, qui sont cinq fois plus à risque que les adultes en général».

Avant même sa tenue, cette réunion onusienne n’était pas placée sous les meilleurs hospices puisque 22 ONG majoritairement LGBT n’avaient pas obtenu l’autorisation d’y participer. L’une des représentantes de Coalition PLUS, Alix Zuinghedau, exprime ses plus vives inquiétudes. «Comment va-t-on arriver à mettre fin au sida d’ici 2030 si les populations clés sont mises de côté ?». Selon elle, l’ambition de l’Onu était claire et chiffrée: «nous devons arriver à déployer des services adaptés pour 16 millions de gays, 7,5 millions d’usagers de drogues, 13 millions de travailleurSEs du sexe et 1 million de femmes trans d’ici à 2020 pour mettre fin au sida d’ici 2030 », explique-t-elle.
Les espoirs des activistes reposent désormais sur le Fonds mondial, l’institution internationale qui finance des programmes spécifiques pour les fameux groupes clés. Le Canada vient d’annoncer une hausse de 20% de sa contribution au Fonds mondial.

HOLLANDE OUBLIE SES PROMESSES
Stéphane Calmon, administrateur de AIDES, espère, dans une interview donnée à Pourquoi Docteur, que la France va suivre cet exemple. Déjà, en début de semaine, dans une tribune sur Le Plus de L’Obs, les président.e.s de trois associations, Aurélien Beaucamp, président de Aides, Hakima Himmich, présidente de Coalition PLUS et Mickaël Zenouda, président d’Act Up-Paris, demandent que la France augmente sa contribution au Fonds mondial, pour vraiment mettre fin à l’épidémie. Mais rien n’est moins sûr. François Hollande, qui avait un discours volontariste en 2012, n’a pas augmenté la contribution française (qui reste cependant la deuxième derrière celle des Etats-Unis) et a oublié sa promesse de taxe européenne sur les transactions financières, qui permettrait de soigner des millions de malades.

La prochaine conférence de reconstitution du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme se tiendra le 16 septembre prochain à Montréal, au Canada. D’ici là, gageons que les associations maintiendront la pression sur le gouvernement.

 

*Déclaration politique sur le VIH/sida : Accélérer la riposte pour lutter contre le VIH et mettre fin à l’épidémie de sida d’ici à 2030 (télécharger le PDF).