Après le Danemark (en 2013), Malte et l’Irlande (en 2015), au tour de la Norvège. Elle devient aujourd’hui le quatrième pays d’Europe à voter une loi favorisant réellement le parcours du changement d’état civil pour les personnes trans, basée sur l’auto-détermination.

Le vote du parlement s’est déroulé ce lundi 6 juin, mais l’issue positive était quasiment assurée puisqu’un vote préliminaire avait eu lieu le 30 mai, avec 79 voix favorables contre 13. La réforme avait été déposée en mars dernier par le ministre de la Santé Bent Høie du parti conservateur, afin de réformer un système inchangé de puis 60 ans.

PRISE DE CONSCIENCE
En juillet 2015, Yagg a rencontré le ministre lors d’une visite en France, qui avait alors expliqué la nécessité de cette mesure: «Je pensais que c’était un sujet qui méritait une période de réflexion, avait-il confié, et en rencontrant des organisations trans, j’ai compris que spontanément, personne ne décide de changer son changement d’état civil comme ça. C’est souvent l’aboutissement d’une question avec laquelle on lutte pendant de nombreuses années. Je pense que ce serait très étrange si la réponse de la société était “Non, on ne vous croit pas, vous devez revenir plus tard, et réfléchir encore”. C’est la principale raison pour laquelle je pense que nous n’avons pas besoin d’une période de réflexion et qu’une personne peut décider d’elle-même.»

En 2014, la militante trans norvégienne John Jeanette Solstad Remø a raconté son expérience dans une campagne d’Amnesty International pour alerter sur les atteintes aux droits et à la dignité des personnes trans. C’est cette initiative qui a incité Bent Høie à agir.

UNE AVANCÉE PERFECTIBLE
Avec cette réforme, les personnes trans pourront désormais faire une demande sur simple déclaration. Les mineurs âgés de moins de 16 ans devront être accompagnés de leurs parents pour faire leur demande. Pour les enfants âgés de moins de 7 ans, un avis médical sera requis, cette mesure s’adressant notamment aux enfants intersexes. Les militant.e.s norvégien.ne.s s’accordent pour dire que la loi est perfectible mais elle représente déjà une avancée cruciale. Pour John Jeanette Solstad Remø, la joie et le soulagement sont immenses: «Je ne trouve pas les mots, a-t-elle déclaré hier à Yagg, mais c’est un sentiment vraiment vraiment vraiment incroyable! Je suis heureuse d’avoir participé à ce combat… et ce soir, je vais juste faire la fête!»

LA NORVÈGE DONNE L’EXEMPLE
L’Ilga-Europe a aussi tôt réagi en félicitant la Norvège et en incitant les autres pays d’Europe à suivre le même chemin: «Le vote norvégien envoie un message fort aux autres gouvernements européens, a déclaré Brian Sheehan, co-directeur du bureau exécutif de l’Ilga-Europe. Des préconditions opprimantes, telles que des interventions médicales, des diagnostics psychiatriques ou une stérilisation, doivent être considérées comme de l’histoire ancienne. Les parlementaires qui ont voté en faveur de l’auto-détermination aujourd’hui ont envoyé l’exemple fort que leurs homologues à travers le continent peuvent suivre.»