Ce mercredi 1er juin, Le Petit Journal diffusait son reportage tourné en Caroline du Nord «La “guerre des toilettes” transgenres», sur la loi extrêmement controversée, la fameuse Bathroom Bill ou HB2, qui vise à interdire aux personnes trans d’utiliser les toilettes en fonction de leur identité de genre. C’est le reporter Martin Weill qui est allé sur place pour enquêter et montrer l’impact de cette loi sur la population. Malheureusement, on a déjà vu Le Petit Journal plus pertinent sur des sujets liées aux questions LGBT… (à partir de 4’10). Décryptage.

UNE DÉFINITION BANCALE… ET PATHOLOGISANTE
Premier problème, le lancement de Yann Barthès. En posant le contexte, l’animateur émet une définition très bancale de ce que sont les personnes trans… sans jamais les nommer expressément: «L’administration Obama différencie le sexe de votre passeport et le sexe auquel vous vous identifiez», tient-il à préciser.

«Un homme peut se penser femme dans sa tête alors que sur son passeport, il est marqué qu’il est un homme. Et pareil pour les femmes. Obama a adressé une circulaire aux écoles et aux universités publiques encourageant les élèves à utiliser les toilettes correspondant au sexe auquel ils s’identifient dans leur tête, et non dans leur passeport.»

Plusieurs États républicains ont réussi à faire passer une loi contre cette mesure progressiste de Barack Obama afin d’empêcher les personnes trans de se rendre dans les toilettes qui leur conviennent. Mais en présentant la situation en ces termes, Le Petit Journal décrit les personnes trans comme des personnes qui se pensent «dans leur tête» comme appartenant au sexe opposé.

UNE «EXPÉRIENCE SOCIALE» TRANSPHOBE
Deuxième problème, l’utilisation d’une vidéo transphobe pour expliquer la polémique. Il s’agit de la vidéo d’«un homme, qui a des amis trans, et qui se déguise grossièrement en femme», explique Yann Barthès avant d’en diffuser plusieurs extraits. Oui, vous avez bien compris: un homme «déguisé» en femme et tentant de se faire passer pour une femme trans, a donc suivi volontairement des femmes dans les toilettes publiques pour voir leurs réactions.

Cet homme, c’est Joey Salads, un Youtuber américain, et cette vidéo, présentée comme une «expérience sociale» a justement été extrêmement critiquée. En effet, dans la vidéo, Joey Salads est confrontée à des réactions parfois très violentes. Seule une femme accepte sa présence dans les toilettes. Mais au lieu de parler du problème des violences contre les personnes trans, Joey Salads conclut ainsi: «Comme vous pouvez le voir avec cette vidéo, la plupart des femmes ne sont pas à l’aise à l’idée d’être dans les toilettes avec une personne trans. Il doit y avoir une meilleure solution.» Dommage que Le Petit Journal ait donc justement choisi la vidéo d’un Youtuber transphobe («mais qui a des amis trans») et son expérience très douteuse pour illustrer son propos.

LA TRANSPHOBIE JAMAIS REMISE EN CAUSE
Il faut attendre les explications de Martin Weill, en duplex de Durham en Caroline du Nord, pour enfin comprendre les tenants et aboutissants de la loi qui divise tant la Caroline du Nord. On aurait pu s’attendre à ce que le reporter aille à la rencontre de personnes trans en Caroline du Nord mais Martin Weill interviewe… les patrons et les clients d’un bar «qui appliquent la loi». «Sécurité» et «maintien de l’ordre public» sont au cœur de leur argumentaire très ouvertement conservateur, alors que ce ne sont pas des délinquants qui sont visés par la loi, mais bien les personnes trans, qui sont mises en danger par son application.

Martin Weill tend son micro, mais contrairement à ses habitudes, ne va pas chercher à pousser ses interlocuteurs dans leurs retranchements. «Ça ne vous dérange pas qu’un homme aille dans les toilettes des hommes, même si vous sentez dans votre tête, dans votre corps que vous êtes une femme?» On ne comprend pas bien la question, mais peut-être aurait-il fallu juste questionner: pourquoi une femme trans n’aurait pas le droit d’utiliser les toilettes des femmes? Un homme lui rétorque que s’il «se sent comme un chat», alors demain peut-être qu’on lui donnera une litière pour faire ses besoins. Aucune réponse n’est opposée à cet argument fallacieux.

«WE DON’T CARE»
Fort heureusement, le reportage a tenu à montrer une initiative positive pour contrer la Bathroom Bill et pour montrer que la loi est «discriminatoire», un mot qui jusqu’ici dans le reportage n’avait pas encore été utilisé. Martin Weill a rencontré Joe, un patron de bar qui a décidé de résister à cette fameuse loi et a posé dans les toilettes de son établissement des pictogrammes unisexes, avec la mention «We don’t care», soit «On s’en fiche». On retiendra quand même ce client qui à la question de Martin Weill «Vous n’auriez pas peur si une personne transgenre allait avec vous aux toilettes», ne peut contenir un regard perplexe et lui répond tout simplement: «Comment je peux le savoir?».

La deuxième partie du reportage sera diffusée ce soir, espérons seulement qu’elle ne sera pas aussi problématique…