Le Centre GLBT de Rennes a publié ce lundi 30 mai un communiqué de presse où il annonce que la Marche des fiertés LGBTI, qui doit se tenir samedi 4 juin, n’est pas la bienvenue dans le centre-ville de Rennes: la mairie et la préfecture «invitent» le centre à modifier son parcours, puisque des «débordements et des violences ont récemment émaillé les manifestants contre la Loi Travail». Une décision que les organisateurs/trices de la marche jugent «inacceptable».

Selon l’association, cette décision «procède d’une assimilation scandaleuse entre les participant.e.s à la Marche des Fiertés et des casseur.se.s.»

L’association dénonce «une posture hypocrite et l’attitude pusillanime des responsables locaux» et va plus loin, en affirmant que «reléguer les personnes LGBTI à la périphérie, c’est leur envoyer un signal inadmissible d’exclusion»: «Cela placerait Rennes dans la même cour que Moscou, Belgrade ou Saint Petersbourg, et dégraderait honteusement, par la même occasion, son image à l’international». Le communiqué précise enfin que jamais une telle demande de la mairie ou de la préfecture n’avait été faite auparavant: «C’est la première fois que nous sommes contraint.e.s et forcé.e.es de revoir notre copie, de modifier notre parcours. Cela entache notre évènement, contrevient à notre liberté d’expression, enlève toute symbolique à un mouvement qui se veut pacifiste, ouvert, fier et coloré.». Cette demande avait été effectuée lors d’une réunion qui s’est déroulée le 23 mai, à l’initiative de la préfecture, entre celle-ci et le centre LGBT. Elle avait pour but de discuter de la sécurité et du changement de parcours.

«UN COMMUNIQUÉ SÉVÈRE ET FERME»
Yagg a contacté Julien Fleurence, le président du Centre GLBT de Rennes. «Il n’y avait pas d’arrêté préfectoral, a-t-il déclaré, mais on nous a fortement, invité à ne pas passer dans le centre de la ville». Il pointe du doigt le gouvernement qui, selon lui, est «responsable des tensions palpables depuis plusieurs semaines en raison de la Loi Travail»:

«La Marche des Fiertés n’a pas à en payer le prix en modifiant l’itinéraire.»

«Rennes a l’ambition de donner au citoyen le pouvoir par le dialogue, on avait bien prévenu le cabinet du maire de Rennes qu’on allait publier un communiqué sévère et ferme.» Cette publication avait volontairement un ton âpre voire «incendiaire» qu’il explique: «On a voulu mettre en lumière ces dysfonctionnements, et dans le jeu médiatique, nous sommes obligés de frapper fort pour être entendus.»

Julien Fleurence a tenu à rappeler que la marche est en outre un moyen de porter les revendications de la communauté LGBT: «Depuis le mariage pour tous, ou presque tous, on ne parle plus des revendications qui sont pourtant des urgences, particulièrement pour la cause trans.»

LA RÉPONSE DE LA MAIRIE
La mairie de Rennes a répondu au Centre GLBT par une lettre ouverte. Elle s’indigne des termes utilisés et des idées supposées: «Ce communiqué laisse entendre que la Ville de Rennes serait opposée à ce que la Marche des Fiertés se déroule dans les rues de la ville. C’est tout le contraire, et vous le savez». La mairie a également rappelé que:

«La municipalité de Rennes apporte un soutien financier et moral au Centre Gay Lesbien, Bi, Trans de Rennes, par le biais d’une convention, qu’elle met à disposition de l’association un local permanent, qu’elle associe le CGLBT à ses actions de lutte contre les discriminations, qu’elle met à disposition le matériel nécessaire à la tenue du Village des Fiertés et qu’elle a toujours accompagné l’association dans la préparation de la Marche.»

La mairie indique en outre que lors de la réunion du 23 mai, le Centre GLBT a accepté les conditions proposées: «Vous avez accepté la proposition qui vous a été faite de tenir votre discours place de la République, c’est-à-dire la place de Rennes qui connait la plus grande affluence le samedi après midi. Écrire, comme vous le faites, que les personnes LGBTI seraient, par ces mesures, “reléguées à la périphérie”, est tout simplement faux.»

Contacté par Yagg, l’adjoint au maire, et auteur du communiqué Didier Le Bougeant, ancien militant chez Act Up, a montré son irritation devant ce communiqué, en particulier sur certains des termes utilisés. Il dénonce notamment «le fait de voir la ville de Rennes comparée à Moscou, Belgrade ou encore Saint Pétersbourg»: «La Marche des Fiertés est décalée de quelques rues et non pas mis à la périphérie de la ville», explique-t-il. Il a également rappelé que «Rennes est la première ville en France à avoir soutenue et aidée à organiser une Gaypride après Paris».

Pour rappel, cette 23e Marche des Fiertés de Rennes se déroulera ce samedi 4 juin à partir de 12h à l’esplanade Charles de Gaulle.