Grâce à une circulaire du sous-secrétariat de la santé publique, les enfants nés intersexes au Chili sont maintenant protégés par la loi. Il est désormais interdit de procéder à des opérations de chirurgies visant à «normaliser» l’apparence des organes génitaux, des opérations qui s’apparentent à de véritables mutilations sexuelles.

Selon la circulaire, il faudra désormais attendre que les personnes concernées soient en âge de décider si elles désirent ou non avoir recours à une opération (l’âge en question n’est pas spécifié dans le texte). «Autrefois, il était très courant que ces enfants subissent une intervention chirurgicale au moment de la naissance, et de décider presque au hasard du sexe de la personne, ce qui entrainait de graves problèmes, quand des erreurs ont été faites», explique Paula Dinamarca, militante trans à l’organisation Movimiento de Integración y Liberación Homosexual (Movilh). La circulaire a été signée par le sous-secrétaire de la santé publique Jaime Burrows Oyarzún et Gisela Alarcon, sous-secrétaire des réseaux d’aide sociale.

Avant cette circulaire du Chili, Malte était le seul pays à avoir légiféré sur le droit des personnes intersexes à disposer de leur corps grâce à la loi votée en avril 2015. Cette mesure prévoit l’interdiction des traitements «non-nécessaires d’un point de vue médical sur les caractéristiques sexuelles d’une personne» sans son consentement éclairé, et permet aux parents de ne pas préciser immédiatement le sexe de l’enfant lors de la naissance.

LA FRANCE CONCERNEE 
Plusieurs instances internationales ont déjà pris la mesure des discriminations et des violences que subissent les personnes intersexes et appellent les Etats à mettre en œuvre une réelle protection. En juin 2014, c’est par exemple l’Onu qui a condamné officiellement la pratique de la stérilisation forcée à l’encontre des personnes trans et intersexes, et fait état de violations graves des droits humains et fondamentaux. La France est concernée par cette mise en garde, car elle ne prévoit à ce jour aucune interdiction des mutilations sexuelles, ni aucune protection pour les personnes intersexes, même si une période pouvant aller jusqu’à trois ans est autorisée dans les cas de naissances de bébés intersexes. Cependant, par manque d’informations et souvent poussés par le corps médical, les parents ont tendance à «assigner leur enfant à un sexe/genre ou à un autre le plus vite possible», indique un rapport du Commissaire aux droits de l’Homme publié en mai 2015. En octobre dernier, une personne intersexe a toutefois obtenu de la justice le droit de faire figurer sur son acte de naissance la mention «sexe neutre». Une victoire à titre individuel, mais qui pourrait avoir des conséquences, comme le signalait alors à Yagg Vincent Guillot de l’Organisation internationale intersexe (OII): «Cela met fin au prétexte avancé par les médecins pour justifier les mutilations chirurgicales.»