«Non à la condamnation d’étudiants tunisiens homosexuels». C’est sous ce titre que Laurence Cohen, sénatrice du Val de Marne et membre du groupe Communiste, Républicain et Citoyen (CRC) au Palais du Luxembourg, a publié la lettre qu’elle a envoyée au ministre des Affaires Étrangères, Laurent Fabius.

Le 10 décembre dernier, dans la ville tunisienne de Kairouan, six étudiants étaient arrêtés et jugés dès le lendemain pour «pratiques homosexuelles». Ils ont été très lourdement condamnés, à trois années de prison ferme et cinq ans de bannissement de la ville de Kairouan.

Dans sa lettre officielle à Laurent Fabius, Laurence Cohen, membre du bureau du groupe d’amitié France/Tunisie au Sénat, explique que ces mesures vont «à l’encontre des droits humains et des libertés fondamentales». Elle poursuit:

«Il n’est pas possible de rester silencieux et de laisser une telle répression s’abattre sur de jeunes hommes du fait uniquement de leur orientation sexuelle, dans un pays si proche de la France.»

Laurence Cohen demande donc au ministre des Affaires étrangères d’intervenir afin que les libertés fondamentales soient respectées et que ces six étudiants «puissent être libérés afin de poursuivre leurs parcours universitaires comme il se doit».

ARTICLE 230 DU CODE PÉNAL
C’est sur la base de l’article 230 du code pénal tunisien que les six étudiants ont été condamnés. Le texte en arabe de cet article dit que «l’homosexualité masculine ou féminine, si elle ne rentre dans aucun des cas prévus aux articles précédents, est punie de l’emprisonnement pendant trois ans». La version en français de ce texte parle, elle, de sodomie. Mais c’est le texte en arabe qui fait foi devant la loi, comme l’explique Wahid Ferchichi est juriste et Président de l’association des droits et libertés individuelles sur le site Inkyfada. L’article de loi serait d’ailleurs en contradiction avec la nouvelle Constitution, promulguée en 2014 et qui consacre les libertés et les droits individuels. Les relations sexuelles entre adultes consentants et en privé ne devraient pas être pénalisées selon de nombreux juristes qui s’élèvent contre cette atteinte à la vie privée.

Depuis cette condamnation, de très nombreuses voix se sont élevées, en Tunisie, pour la dénoncer. «On a remporté le prix Nobel de la paix, or l’Etat tunisien mène une guerre contre ses citoyens au nom de valeurs communes alors que concrètement le débat autour de l’homosexualité ou tout autre question de société, ne s’est jamais posé, a notamment expliqué a déclaré au HuffPost Tunisie Yamina Thabet, présidente de l’Association Tunisienne de Soutien des Minorités (ATSM).