Jusqu’à ce banal contrôle routier près de Rodez dans l’Aveyron qui l’a conduit trois jours au centre de rétention de Cornebarrieu lundi 14 décembre, tout se passait sans encombre pour Dimitry Shamanaev. Originaire d’une petite ville de province russe – il ne souhaite pas dire laquelle -, cet étudiant de 29 ans coulait en effet des jours paisibles dans la ville rose où il vit, étudie et travaille depuis sept ans. Mais Dimitry est aussi sans papiers, et malgré la décision du Tribunal administratif de Toulouse d’annuler son placement en rétention le 17 décembre, l’étudiant en Arts du spectacle est toujours menacé d’expulsion, car sous le coup d’une Obligation de quitter le territoire français (OQTF).

INTÉGRÉ À LA VIE TOULOUSAINE
Un visa étudiant en poche, Dimitry est arrivé à Toulouse en 2009 pour suivre une licence en langues étrangères appliquées. «Je ne suis pas venu pour fuir l’homophobie», tient-il d’emblée à souligner. Il précise : «A l’époque, je ne m’assumais pas». Mais les années étudiantes passent et le jeune homme tisse des liens très forts avec Toulouse et ses habitant.e.s. L’année suivant son arrivée, il commence son boulot de réceptionniste et enchaîne les CDD. Puis, il s’installe dans le domicile qu’il occupe toujours à l’heure actuelle, avant de décrocher un CDI en janvier 2015.

«Il est parfaitement intégré, confiait récemment Anne Hébraud, une enseignante en arts du cirque de l’université Jean-Jaurès, interrogée par Côté Toulouse. (…) Il a joué à de nombreuses reprises à la Cave Poésie et est devenu assistant à la mise en scène de Serge Pey… Il ne pose aucun problème. Il parle même mieux le français que de nombreux Français d’origine». «Sa vie est à Toulouse !», clame Elora, une étudiante en lettres de l’université Jean-Jaurès membre du comité de soutien du jeune homme qui s’est constitué au moment de sa mise rétention.

VIVRE EN RÈGLE OU VIVRE EN LIBERTÉ ?
À Toulouse, au gré de ses rencontres, Dimitry a également pris conscience de sa sexualité. Seul hic: son visa expirait en 2011. Plus question alors de rentrer en Russie.

«À l’époque la question qui se posait et qui se pose toujours, c’était: dois-je vivre ici en cachette en étant moi-même ou dois-je vivre en règle en Russie en me cachant, en cachant mon orientation sexuelle?», confie l’étudiant qui préfère l’irrégularité à la répression.

Il nuance: «Si je n’avais ni travail ni ressources peut-être que je ne penserais pas comme ça».

En raison de la répression d’État envers les lesbiennes, gays, bi.e.s et trans et des lois anti «propagande homosexuelle» promulguées en juin 2013 par Vladimir Poutine, Dimitry craint de ne plus vivre sa vie comme il l’entend. «En Russie, être homo, c’est diabolisé, on se tait, personne ne parle de droits, alors qu’ici je suis heureux. Après avoir découvert la liberté d’être celui que je suis, je n’ai pas envie de faire face à l’homophobie», ajoute encore le jeune danseur qui s’essaye aussi à l’art des marionnettes.

UNE PÉTITION DE PLUS DE 6000 SOUTIENS
Preuve de son intégration, Dimitry peut également compter sur de nombreux soutiens. Après l’annonce de son placement en centre de rétention la semaine dernière, un comité de soutien s’est constitué pour s’opposer à l’expulsion du jeune homme. La pétition lancée sur Change.org a recueilli plus de 6000 signatures et un rassemblement a été organisé le jour de son procès le 17 décembre en présence de ses proches et d’Act up-Sud ouest (photo).

En revanche, si l’étudiant circassien a finalement obtenu le droit de rentrer dans son logement, il vit toujours sous la menace d’une expulsion vers la Russie à moins que la préfecture n’accepte un nouveau dossier en vue de sa régularisation.

«L’obligation de quitter le territoire me met en danger et si elle persiste, ils pourront me refaire le coup de l’autre jour», dénonce l’assistant du poète Serge Pey.

Son sort est aujourd’hui entre les mains de l’administration.