En Inde, le combat pour la décriminalisation de l’homosexualité est un combat sans fin qui avance, recule, puis avance et recule à nouveau. Déposée en début de semaine dernière, le 16 décembre, une proposition de loi du député du Kerala, Shashi Tharoor, ancien porte-parole du Parti du Congrès – le parti d’opposition classé au centre-gauche – cherchait en effet à amender le Code pénal indien pour supprimer sa section 377, section qui punit de dix ans d’emprisonnement les relations «contre nature» depuis 1860.

Mais ses espoirs ont vite été enterrés. Car, deux jours plus tard, le 18 décembre les député.e.s ont carrément rejeté à une large majorité (71 voix pour, 24 contre) l’inscription du texte à l’agenda parlementaire en vue de sa discussion devant la chambre basse du Parlement indien, où le parti nationaliste de droite du Premier ministre Narendra Modi, le BJP, détient la majorité des sièges. «L’introduction devant le Parlement de la proposition de loi visant à décriminaliser tous les types de relations sexuelles entre adultes consentants a été rejetée par 71 voix contre et 24 pour. Je suis surpris de tant d’intolérance», a d’ailleurs réagi sur Twitter Shashi Tharoor, lui qui souhaite faire rentrer «l’Inde dans le XXIème siècle».

«La notice d’information sur la proposition de loi a été présentée tellement tard que le texte n’a pas pu obtenir le soutien qu’il méritait. Nous essayerons de nouveau à l’avenir. Nous devons y parvenir.»

«Le paragraphe 377 n’est pas qu’une question de sexualité, c’est une question de principes constitutionnels fondamentaux: l’égalité devant la loi, le droit au respect de la vie privée, le droit à la dignité et à la non-discrimination.»

«L’ERREUR» DE LA COUR SUPRÊME
Le combat politique contre la section 377 du Code pénal indien n’est évidemment pas nouveau. C’est même un combat judiciaire fait d’allers-retours dont les premières victimes sont évidemment les homos indien.ne.s. Selon une enquête récente de Mediapart, rien qu’en 2014, au moins 383 affaires de sexe «contre nature» pourraient concerner des homosexuel.le.s. «Certains parents demandent carrément à leurs enfants de quitter le pays, on se retrouve avec des gays qui font des demandes d’asile à l’étranger», explique au correspondant du site d’informartion Sonal Giani, chef du service juridique d’Humasafar, le programme de lutte contre le sida. «Plus personne ne sait ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas, on a des gens qui viennent nous demander s’ils peuvent se tenir par la main dans la rue, voilà où on en est rendu aujourd’hui en Inde !», poursuit-elle.

Dépénalisées en 2009 – du moins localement – à la suite d’une décision d’un tribunal de New Delhi, les relations entre personne de même sexe avait été de nouveau criminalisées en 2013, la plus haute juridiction indienne renvoyant la balle au législateur. Or, à cette époque, le gouvernement de Manmohan Singh (2004-2014, Parti du Congrès) soutenait l’annulation de la section 377, en raison des erreurs de raisonnement de la Cour suprême. Quatre mois plus tard, malgré les prises de position pro-décriminalisation de plusieurs partis politiques indiens dont le Parti du Congrès, la victoire des nationalistes hindous du BJP lors des élections législatives a de nouveau balayé tout espoir d’une évolution positive du dossier.

Récemment, les positions officielles de certains ministres conservateurs de Narendra Modi, comme Arun Jaitley, le ministre des Finances ou Prakash Javadekar, le ministre de l’Environnement, appelant à une dépénalisation des relations sexuelles entre personnes du même sexe dans les colonnes du Times of India à la veille de la pride de New Dehli le 29 novembre dernier avaient fait souffler un vent nouveau sur l’avancée des droits des LGBT. Le porte-parole de la commission des lois évoquait même «l’erreur» de la Cour suprême en 2013. «La justice ne l’emporte pas toujours du premier coup», relativisait Shashi Tharoor après l’échec de sa tentative. Mais combien d’essais manqués les LGBT indien.ne.s pourront-ils encore supporter?